CHAPITRE V
chaque baril, l'un parmi l'autre, étant livré au prix de 25 couronnes, l'ensemble de ces opérations équivalait donc, annuellement, à un capital d'un million de couronnes d'or. Le pastel de France était non moins recherché, et l'on en importait pour une valeur de 300,000 couronnes; le chiffre des transactions relatives au sel de brouage montait à 180,000 couronnes environ.
Le tableau qui précède nous donne déjà une idée des rapports commerciaux établis entre Anvers et l'Angleterre. Les Anglais apportaient dans les Pays-Bas, outre leurs draps , des franges pour ameublement, des laines superfines, du safran, de Fêlai n, du plomb, des cuirs, des pelleteries, des peaux de béliers et de lapins, de la bière, du fromage et des vins du Levant. Les événements que nous avons rapportés plus haut, et particulièrement l'insistance avec laquelle les négociants des deux États réclamaient le maintien de leur neutralité commerciale, nous permettent d'apprécier les avantages mutuels qui en résultaient.
La compagnie des marchands aventuriers, qui avait ses comptoirs à Londres et à Anvers, s'était assuré, par ses immenses capitaux et son influence, le monopole de ce trafic, qu'elle cherchait à se réserver à l'exclusion des autres négociants anglais.
Parmi les étrangers qui fréquentaient les marchés anversois, nous citerons encore les Écossais. Ils y apportaient des peaux de moutons et des pelleteries fines, par-
ticulièrement des martres d'une grande beauté, beaucoup de cuirs forts, de la laine et des draps de très médiocre qualité. L'Ecosse étant un pays pauvre, dont les approvisionnements se faisaient plutôt en France et en Angleterre qu'en Belgique, les expéditions qu'on y envoyait de cette dernière contrée étaient relativement peu considérables, et ne comprenaient que certains articles, tels que des épices, du sucre, de la garance, quelques étoffes de soie, toutes sortes de camelots et de tissus de laine, de la toile et des quincailleries.
Nous recevions d'Irlande des cuirs écrus et préparés de toutes espèces, de belles pelleteries, quelques gros draps et autres objets de peu de valeur. On y apportait les mêmes denrées qu'en Ecosse, car l'Irlande aussi s'approvisionnait en Angleterre.
L'Espagne doit occuper une place importante dans notre statistique. Ses bâtiments de commerce arrivaient en flottilles dans les Pays-Bas, apportant à Anvers des bijoux, des pierreries et des perles fines venant du Pérou et des Indes orientales, de l'or et de l'argent en lingots, dé la cochenille, de la salsepareille, des bois exotiques, du safran, des drogueries, de l'écarlate, des soieries, du velours de Tolède, des taffetas, du sel, de l'alun de Mazeron, de la laine, des cuirs secs, des vins, des huiles fines, des huiles grasses pour la tisseranderie, des draps, du vinaigre, du miel, du sirop de gomme, du savon, des dattes, des figues, des raisins et des amandes. Les fruits