‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 40 sur 136 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

frais ou secs faisaient l'objet d'un trafic très important, de même que les vins et les sucres des îles Canaries.

Les Espagnols, qui avaient d'abord fourni beaucoup de vif argent aux Anversois, leur en achetaient à celte époque, les mines dont ils l'extrayaient étant épuisées. Nos marchands leur livraient en outre du cuivre, du bronze et du laiton, — tant ouvragé qu'en lingots, — de l'étain, du plomb, des draps flamands et anglais, des étoffes de laine de diverses qualités et de tous prix, des ostades et des demi-ostades, des tapis et surtout une quantité de grosses toiles et de tissus, des camelots de tous genres, du lin, du fil, de la cire, du goudron, de la garance, de la rue, du soufre, parfois du seigle et du froment, de la viande et du poisson salé, du fromage, du beurre, des quincailleries en métal, des merceries en soie et en filoselle, de l'argenterie, des armes, des meubles et des ustensiles de ménage. Les laines espagnoles se vendaient à Bruges, qui en avait conservé l'étape, et Ton en débarquait annuellement près de 40,000 sacs, c'est à dire pour un millier de couronnes d'or. Ce chiffre s'abaissa cependant plus tard, quelques tisseranderies s'étant établies en Espagne même, à 25,000 sacs, ce qui représentait encore un capital, — chaque sac étant estimé à 25 couronnes environ, — de 650,000 couronnes.

Un auteur contemporain , résumant la longue liste que nous venons de présenter au lecteur, affirme que le total des sommes importées chaque année à Anvers, montait à

500 millions d'argent ou 135 millions d'or, non compris le change sur les espèces métalliques. Les assurances maritimes y étaient établies depuis longtemps, et y avaient été organisées par le négociants eux-mêmes, qui se garantissaient mutuellement certains dédommagements en cas de pertes.

On peut se faire une idée, d'après ce qui précède, de l'activité de la navigation de l'Escaut durant le règne de Charles-Quint. Le jésuite Scribanius, qui écrivait dans les premières années du siècle suivant, confirme, sous ce ce rapport, le témoignage des historiens anversois: « J'ai « vu, nous apprend-il, jusqu'à 2,500 navires dans l'Es- « caul, dont les derniers restaient deux ou trois semaines « à l'ancre avant de pouvoir s'approcher des quais et « décharger leurs cargaisons. Il n était pas de jour qu'il « n'entrât dans le port ou n'en sortît plus de 500 bâti- « ments. J'ai même ouï conter que parfois environ 400 « voiles y avaient été poussées à la fois par la marée. »

Anvers avait prospéré jusqu'alors, grâce à ses libertés communales, à ses foires privilégiées, à son admirable situation et à l'intelligence de ses habitants. Il nous reste à retracer un tableau plus sombre, celui de la décadence graduelle de celle grande cité de commerce, ruinée par la guerre, les exactions de la fiscalité impériale, les monopoles et les prohibitions, la création du système colonial, et les violences des inquisiteurs, bourreaux armés d'une religion de paix et de miséricorde*

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