‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 5 sur 136 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de l'Elbe au littoral de la Flandre, et occupaient les deux rives du bas Escaut. Quelques missionnaires, tels que saint Éloi, évêque de Noyon, ou saint Willebrord, l'apôtre de la Frise, osaient seuls parcourir cette contrée submergée, toute parsemée d'ilôts et de marais couverts de roseaux.

La prospérité de la dynastie mérovingienne, menacée par l'ambition des grands vassaux, disparaît à la mort de Dagobert I e '. Ses successeurs, trop faibles pour exercer l'autorité par eux-mêmes, l'abandonnent aux maires du palais, qui finissent par s'en emparer entièrement. Le dernier descendant de Clovis, Cbildéric III, termine ses jours dans un monastère, tandis que le duc des Francs, Pépin le Bref, se fait acclamer à Soissons, le 1 er mars 741.

Les Saxons, dans l'intervalle, avaient étendu leurs établissements. Une de leurs tribus, les Ganerbiens ou Anver pi en s, choisissant sur la rive droite de l'Escaut un terrain ferme et solide, d'une défense facile, y jette les fondations du Castrum Antverpis, sorte de camp retranché, que de solides murailles protégeaient du côté des terres, et où commandait le chef Rohingus, qui s'intitule prince d'Anvers, en 726, dans un diplôme daté de Weimodum, aujourd'hui Brème sur le Wéser. Le Castrum Antverpis était l'un des avant-postes d'une redoutable confédération, comprenant les peuplades saxonnes, les Angles, les Jutes et les Frisons, c'est à dire les plus cruels ennemis des Francs. Leurs attaques incessantes excitent

enfin l'attention de Charlemagne, l'illustre successeur de Pépin le Bref, et l'obligent à prendre les armes.

Une guerre acharnée s'allume dans le Mord. Vaincus et décimés par les troupes francques, les Saxons, à peine soumis, reprennent leurs habitudes de déprédation, relèvent leurs idoles, massacrent les prêtres qu'on leur a imposés et recommencent la lutte. Poursuivis, traqués, abattus à coups de lances par leurs ennemis, ils se réfugient sur les flots, dirigent leurs barques vers la haute mer, puis, la nuit venue, reparaissent à proximité des côtes, où ils exercent à leur tour de terribles représailles.

Des mesures de défense devenaient nécessaires, et Charlemagne, non content d'ordonner la construction d'un certain nombre de bateaux, établit des postes à l'embouchure des fleuves, et imposa aux riverains l'obligation de se lever en masse quand leur aide serait requise. Il vint lui-même sur les bords de l'Escaut, où il avait fondé des ateliers de construction navale « in loco qui Ganda vocatur ». Des moines de l'ordre noir, c'est à dire des disciples de saint Benoît, travaillaient vers le même temps à répandre le christianisme dans les environs de Deurne. Ils y élevèrent une digue, qui se prolongeait jusqu'à Eyendyck, et pour l'entretien de laquelle on leur paya un droit de barrière. Les polders de Merxem, d'Eeckeren, de Wilmaersdonck, d'Oorderen et d'Austruweel furent mis à sec par leurs soins.

Charlemagne, après avoir employé le fer et le feu

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