CHAPITRE VI
tembre 1549. Charles-Quint venait présenter aux Anversois son bien-aimé fils Philippe, leur futur souverain.
La magnificence du cortège impérial justifiait un pareil empressement. Quatre mille bourgeois à pied, uniformément vêtus de pourpoints blancs, d'étoffes riches et variées, et de hauts-de-chausses de drap écarlate à crevées de satin, allèrent au devant des princes, suivis d'un corps de hallebardiers , équipés à leurs frais. Huit cent quatrevingts bourgeois à cheval , accompagnés d'un grand nombre de laquais, précédaient les magistrats municipaux. Les négociants étrangers, groupés par nations, fermaient la marche. La ville entière était décorée avec le plus grand luxe. De la porte Saint-Georges, par laquelle l'empereur devait faire son entrée, à l'abbaye de Saint- Michel où il allait descendre, s'étendait une double colonnade, composée de deux mille deux cents colonnes, de trente pieds de hauteur, ornées de guirlandes, de festons, d'écussons et de peintures allégoriques.
A chaque carrefour s'élevaient des arcs de triomphe. La ville en avait fait construire trente-trois, et cinq autres avaient été édifiés par les marchands étrangers. Celui des Génois avait cent pieds de haut, et représentait toutes les divinités de l'Olympe. Il était cependant éclipsé par celui des Florentins, qui avait cent pjeds de profondeur sur soixante de haut et cinquante de large. Ce monument, orné de statues et de devises, était consacré aux grands hommes de Florence. L'ancienne république, si souvent
menacée parles armes impériales, dressait son panthéon immortel sur le passage de l'héritier des Césars.
L'allégresse publique, encore bruyante autour de Charles- Quint, se glaçait autour du prince qui devait lui succéder. L'infant Philippe , soumis dès son enfance à une discipline rigoureuse, sans cesse entouré de gentilshommes espagnols, plein de réserve, inhabile à tous les exercices de corps, n'était doué d'aucune de ces qualités brillantes qui captivent l'esprit des peuples. Empressé de se soustraire aux ovations dont il était l'objet, il quitta bientôt les Pays-Bas, où Ton se préparait de nouveau à la guerre.
Henri II, en succédant à François I er , avait adopté sa politique à l'égard de la maison de Habsbourg. La flotte royale, commandée par l'amiral de la Garde, parut bientôt sur la côte de la Flandre, tandis qu'une armée française se jetait brusquement sur le Luxembourg. Des scènes de pillage ayant eu lieu à l'embouchure de l'Escaut, les marchands anversois se virent forcés de faire escorter par des navires impériaux — dont ils payaient les deux tiers des frais d'équipement — les riches hulques qu'ils envoyaient périodiquement en Biscaie.
Entravé vers le Nord, le mouvement commercial qui se faisait sur l'Escaut §e développait du côté du Midi, L'extraction du charbon de terre occupait déjà, dans le Hainaut, une nombreuse population ouvrière. Les barques "aviguant sur la Haine, mieux construites, pénétraient