‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 48 sur 136 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

plus tard le seigneur de Glayon, le duc d'Acrschot et le comte de Homes. Ce dernier, alors chef de l'amirauté, ne devait entrer en fonction qu'après avoir accompagné son souverain à Madrid.

Le roi s'embarqua le 25 août 1559. Sa flotte, rassemblée à l'embouchure de l'Escaut, était composée de vingt navires d'Espagne et de Biscaye, de trente hulques, et de quarante bâtiments d'un moindre tonnage. La traversée, d'abord assez favorable, se termina d'une manière désastreuse. Une tempête terrible s'éleva tout à coup, tandis que l'escadre se trouvait en vue du port de Laredo,el causa la perte d'un grand nombre d'embarcations. Le roi lui-même courut d'imminents dangers, et le navire qu'il montait sombra au moment où il venait de le quitter. La mer engloutit une grande partie des riches joyaux et des belles tapisseries qu'il rapportait de Flandre.

Pendant que Philippe II abordait dans son royaume, uoe sourde agitation se manifestait dans nos provinces. L'arrogance des Espagnols y excitait d'universelles clameurs, et soulevait le mécontentement général. La haute noblesse, négligée par le souverain, se plaignait d'avoir été systématiquement écartée des affaires publiques ; le clergé, menacé de la perte d'une partie de ses bénéfices par la création de quatorze nouveaux évêchés, désapprouvait vivement une politique qui tendait à le dépouiller; les bourgeois et le peuple, maltraités par une avide soldatesque, effrayés de l'extrême sévérité des édits promulgués

contre rhérésie, réclamaient à grands cris le renvoi des bandes d'ordonnance, et la révocation des pouvoirs exorbitants accordés aux inquisiteurs. Les persécutions religieuses ruinaient leurs marchés, ouverts jusqu'alors à toutes les nations de l'Europe , et les exposaient à une décadence inévitable.

La réforme, proscrite en Belgique et en Hollande, n'était-elle pas triomphante, en effet, dans une partie de l'Allemagne, et en Angleterre, et en Ecosse? Fallait-il fermer l'Escaut et la Meuse aux navires étrangers, à cause des opinions hétérodoxes de ceux qui les montaient? Les habitants des Pays-Bas devaient-ils renoncer à ces principes de tolérance et de liberté, dont l'action avait été si féconde, et qui avaient fait passer entre, leurs mains le sceptre du commerce et de l'industrie ?

Ces sentiments d'opposition, en se répandant de plus en plus, eurent enfin leur écho à la cour de la régente. Deux partis s'y formèrent : l'un, représentant l'élément national, reconnaissait pour chefs le prince d'Orange, le comte d'Egmont et l'amiral de Homes; l'autre, entièrement dévoué à la politique espagnole , subissait l'influence de Granvelle, du président Yiglius et de comte deBerlaymont.

Durant tous ces troubles, on inaugura le nouveau canal allant d'Anvers à Bruxelles. Une barque richement ornée quitta les bords du l'Escaut le 10 octobre 1561, et arriva bientôt après dans la capitale du Brabant. Son équipage fut reçu avec enthousiasme par les Bruxellois, qui offri-

Page 1