CHAPITRE VII
rent anx marins qui le composaient une pièce d'orfèvrerie, exécutée en argent, et ayant la forme d'un vaisseau naviguant toutes voiles déployées.
Quelques mois plus tard, en 1562, les Anversois rendaient aux principales cités du pays, le brillant accueil qui leur avait été fait par les Brabançons. Un concours général .des chambres de rhétorique, annoncé avec beaucoup d'éclat, attira à celte époque un grand nombre d'étrangersàAnvers.Treizecentquatre-vingt treize rhétoriciens, tous à cheval, vêtus de soie et de velours, firent, à cette occasion, leur entrée solennelle en cette ville. Leur cortège comprenait trente-trois chars de triomphe, et cent quatre-vingt dix chariots, montés par des confrères des serments, portant des flambeaux allumés.
Ces pompeuses cérémonies, si conformes aux habitudes flamandes, ne détournaient point l'esprit public de préoccupations d'un autre ordre. Granvelle, devenu cardinal et prince de l'Église, régnait presque despotiquement au nom de la régente, et était devenu l'objet de la haine populaire. Certain de la faveur du maître, il n'avait qu'un but, celui de ramener nos provinces à l'unité du catholicisme, et d'anéantir la puissance co-adminisirative des nobles et des états.
Philippe, tout en appuyant son ministre, ménageait ses adversaires. Décidé à extirper l'hérésie par le fer et par le feu, il voulait, avant de jeter le masque, réunir toutes ses forces, ne frapper qu'à coup sûr, et, foulant aux pieds les
privilèges surannés des communes belges, établir solidement le pouvoir monarchique sur les débris de leurs vieilles libertés.
Les réformés, déjà nombreux à Anvers, étaient exposés aux plus cruelles persécutions dans le reste du pays, et émigraient en foule en Angleterre. Ils portaient à l'étranger leur activité industrielle, le secret de nos procédés de fabrication, leur expérience des grandes affaires. La reine Elisabeth, en les accueillant, jetait les bases de la grandeur future de l'empire britannique, et acquérait des titres sérieux à la reconnaissance de ses sujets.
Les Anglais, qui venaient de fonder la bourse de Londres en prenant celle d'Anvers pour modèle, devenaient des concurrents redoutables. Déjîi les riverains de l'Escaut, au retour de leurs voyages de l'autre côté de la Manche, se plaignaient de ne plus y recevoir le même accueil, et d'y subir même des violences contraires aux traités. Des pirates s'étaient établis à l'embouchure de la Tamise, et arrêtaient fréquemment les navires belges et hollandais. Les Hanséates partageaient le mécontentement de nos marchands, ayant été privés, sous le gouvernement d'Elisabeth, de tous les privilèges qu'ils avaient obtenus sous la reine Marie.
La mise en vigueur de nouveaux règlements de douane, décrétés en 1563, détermina une crise, depuis longtemps prévue, entre les deux nations. Exposons, en peu de mots, l'origine de ce conflit.