‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 50 sur 136 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La grande compagnie anglaise des marchands-aventur riers, dont le siège principal était alors à Anvers, y payait des redevances assez modérées. Un droit de barrière ou de toi, outre la gabelle de Zélande, formait la seule rétribution prélevée, au nom du souverain, sur la navigation de l'Escaut. Les marchandises qui entraient et sortaient des entrepôts anversois, par la voie de terre, étaient franches à l'entrée comme à la sortie. Le droit de loi rapportait de dix-huit à vingt mille écus par an, soit 125,000 florins environ ; la gabelle — qu'on réclamait à Anvers pour ne pas entraver les expéditions — montait annuellement, en moyenne, à 20,000 ducats. La ville avait reçu l'autorisation d'établir, à titre de revenu municipal, certaine taxe locale sur les boissons spirilueuses, évaluée, pour les vins, à 80,000 écus, et, pour les bières, à 80,000 ducats.

Les Anglais, de leur côté, avaient accordé maintes faveurs aux Belges, aux Hollandais et aux Osterlings qui fréquentaient leurs ports de commerce. Devenus leurs rivaux, ils changèrent de lactique, et, dans le but de favoriser leur propre marine, haussèrent les péages auxquels les marchandises exportées par des navires étrangers se trouvaient assujetties, jusqu'à concurrence de 6 1/4 p. c.

Cette mesure, qui tendait à la ruine des armateurs anversois, excita les réclamations de ces derniers. La régente, se rendant à leurs vœux, envoya bientôt en An-

vement populaire. Philippe II, sans se laisser émouvoir par ces signes précurseurs d'un orage , persévérait dans son système répressif.

Les événements se pressent dès lors avec rapidité. Au mois de février, Marnix de Sainte -Aldegonde rédige le fameux Compromis des nobles , cette glorieuse ligue des classes supérieures contre l'inquisition d'Espagne. Les confédérés, conduits par Henri de Brederode et Louis de Nassau, présentent à Marguerite de Parme, le 5 avril, leur humble requête pour l'abolition des édits contre les protestants et la suppression des nouveaux évêchés. Insultés par le comte de Berlaymont, ils relèvent avec orgueil l'injurieuse épithèle dont il les gratifie, et le cri de « vivent les gueux » devient le signe de ralliement du parti patriotique.

L'opposition n'était point sortie, jusqu'en ce moment, des voies légales. Ennemis de l'intolérance religieuse, les gentilshommes belges et hollandais, obéissant aux exhortations du prince d'Orange, du comte d'Egmont, de Louis de Nassau et de Marnix , se déclaraient en tout fidèles au roi, jusqu'à porter la besace.

Cette situation ne pouvait être de longue durée. Les luthériens et les calvinistes, de plus en plus nombreux à Anvers , se rendaient en armes hors de la ville, et assistaient ouvertement au prêche. On chantait les psaumes de Clément Marot en pleine place publique, et l'autorité, sans force devant de pareilles manifestations, n'osait

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