‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 52 sur 136 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Combats sur les bords de l'Escaut. — Lo prince d'Orange à Anvers. — Soumission de cette ville. — Dissimulation de Philippe II. — Arrivée du duc d'Albe. — Son administration. — Construction de la citadelle d'Anvers. — Remontrances des Anversois à ce sujet. — Rupture commerciale avec l'Angleterre. — Une flotte royale en Zélande. — Crue extraordinaire du fleuve. — Les Gueux de mer.— Us occupent la Brille et Flessiogue. — Blocus des bouches de l'Escaut. — Espérances des protestants. — La Saint-Barthélémy — Combats navals dans l'Escaut. — Exploit de Plomaert et de Mondragon. — Départ du duc d'Albe.

Un détachement de six cents volontaires anversois, commandé par Marnix de Tholouse, remonta l'Escaut au commencement de Tannée 1567, afin de tenter un débarquement dans Tile de Walcheren. Déjà la guerre civile avait éclaté dans le Hainaul, où les habitants de Valenciennes défendaient héroïquement leurs vieilles libertés. Les confédérés firent voile pour la Zélande et, ayant reçu des renforts du gouverneur de Middelbourg, croisèrent quelque temps en vue àes côtes, trop bien gardées pour leur permettre d'y prendre terre.

Frustrés dans leur espoir, ils revinrent vers Anvers, cinglèrent devant la ville , et s'arrêtèrent à Austruwel , où

HISTOIRE Dl L'MCAUT. 9

ils comptaient attendre les secours qui leur avaient été promis par le comte de Brederode.

La position était bien choisie, car elle était défendue d'un côté par le fleuve et ses digues , et de l'autre par le village. Quelques fortifications , construites à la hâte et entourées d'une tranchée, protégeaient le front des troupes. Les mécontents pouvaient désormais déployer leur bannière : leur camp était un lieu d'asile pour les victimes, et une menace pour les oppresseurs.

La régente, sentant la nécessité d'une prompte intervention, chargea Philippe de Lannoy, seigneur de Beauvoir, d'aller déloger les rebelles. Celui-ci, à la tête d'une partie des gardes royales et de quatre cents Wallons, attaqua, le 15 mars 1567, les retranchements d'Austruwel, et les emporta d'assaut malgré les efforts du jeune seigneur de Tholouse, qui resta parmi les morts.

Tandis que les vainqueurs, enivrés de leur triomphe, précipitaient leurs adversaires dans l'Escaut ou les faisaient périr sous les ruines des habitations incendiées, une foule frémissante remplissait les rues d'Anvers , demandant à grands cris qu'on la menât contre les soldats de Lannoy. Cette résolution était pleine de périls, car l'issue d'un pareil combat était incertaine, et une défaite exposait la plus riche cité du Brabant à la dévastation et à la ruine. Il fallait résister à cette impulsion généreuse, qui ne pouvait avoir pour résultat que d'affaiblir un parti déjà cruellement éprouvé, et faire entendre des

Page 1