‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 53 sur 136 · CHAPITRE VIII. 10S · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. 10S

paroles sages et fermes à une multitude égarée. Le prince d'Orange, alors à Anvers, n'hésita pas à accepter cette tâche, et harangua les calvinistes à la Porte-Rouge. Accueilli avec des cris de colère et de rage, menacé de mort par un fanatique, il parvint néanmoins à faire entendre raison au plus grand nombre. Cinq cents hommes à peine franchirent l'enceinte de la cité, pour y rentrer bientôt poursuivis par les bandes victorieuses du seigneur de Beauvoir.

Nous passerons rapidement sur ces sanglants épisodes, pour nous borner à en consigner les conséquences. Tandis que les protestants se réunissaient pour courir vers Austruwel, les catholiques, excités par le triomphe de leur parti, s'organisaient à leur tour. Le massacre commencé sur les bords de l'Escaut était sur le point de se renouveler daus les rues d'Anvers, autrefois si gaies et si animées. Le prince intervint de nouveau, et réussit, à force d'activité et de présence d'esprit, à empêcher ces combats fratricides.' Un accord provisoire fut agréé par les deux partis. Il fut convenu que tout citoyen demeurerait libre dans sa croyance, sans être inquiété; que chacun respecterait la Joyeuse entrée et les privilèges de la ville; que tout ce qui s'était passé serait pardonné et oublié; que les clefs seraient remises aux mains du burggraef ; que les gouverneurs, les magistrats et les capitaines de la garde urbaine feraient le serment d'observer ces différents points.

Ces conditions de paix étaient basées sur un principe

éminemment chrétien, celui d'une tolérance réciproque. La gouvernante, dirigée par les avis secrets qu'elle recevait de Philippe H, y refusa néanmoins sa sanction. Les derniers événements avaient relevé son autorité, et il lui tardait de reprendre l'offensive. Les protestants venaient de perdre Valenciennes, qui s'était soumise aux soldats de Noircarmes, et déjà beaucoup de nobles, parmi lesquels se trouvaient d'Eginont et de Hornes, s'effrayaient des mouvements séditieux des hérétiques, et leur refusaient tout appui.

Il fut bientôt question d'installer à Anvers une garnison étrangère, dans le but d'y prévenir, disait-on, le retour des scènes regrettables qui y avaient suivi le combat d'Austruwel. Une foule de négociants avaient fermé leurs comptoirs, et se retiraient à Malines, à Bruges ou en Angleterre. Le prince d'Orange les suivit bientôt dans l'exil, entraînant sur ses pas de nouveaux émigrants. Quelques jours après son départ, le comte de Mansfelt faisait son entrée à Anvers à la tête de huit compagnies wallonnes, et y rétablissait le culte catholique. Les temples protestants furent rasés, les prêches interdits, et un serment de fidélité au roi exigé de tous les habitants. Dans l'intervalle, le bruit courait que Pilippe II se disposait à se rendre en personne dans les Pays-Bas, afin d'y rétablir l'ordre, troublé par les sectaires. Ce voyage n'était nullement décidé, mais il servait les desseins du monarque, qui, tout en préparant une armée contre les rebelles, vou-

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