CHAPITRE TOI
lait les laisser dans l'expectative, en leur faisant espérer un changement dans la direction des affaires. Quatre grands navires, commandés par le seigneur de Cathem, quittèrent Anvers, le 12 août 1567, pour aller croiser sur les côtes de la Grande Bretagne, en attendant l'arrivée de l'escadre royale.
Les Pays-Bas, ruinés par tant de commotions, allaient recevoir, non une visite royale , mais celle d'un farouche homme de guerre, commandant à dix mille vétérans, pour lesquels tout étranger était suspect d'hérésie, et qui fondaient leurs meilleures chances de fortune sur le pillage des villes industrieuses de la vieille Flandre. Le duc d'Albe, leur chef, l'un des plus habiles généraux que l'Espagne possédât à cette époque, les surpassait encore en avarice et en cruauté.
Sa réputation l'avait précédé dans nos provinces, où il arriva avec ses troupes dans le courant du mois d'août. Marguerite de Parme, qui s'était vivement opposée à sa venue, comprit, en présence des pouvoirs illimités accordés au capitaine général, qu'elle n'avait plus qu'à se retirer. Elle attendait encore ses lettres de rappel, que déjà le duc d'Albe exécutait l'ordre royal en faisant arrêter les comtes d'Egmont et de Homes, dont la popularité était le plus grand crime, et auxquels Philippe II n'avait point pardonné leurs relations avec le parti national. Cet événement, qui inaugurait l'établissement d'un despotisme inconnu dans nos provinces, y excitaune émotion profonde.
La création du Conseil des troubles, dont le pouvoir s'étendait sur la fortune et sur la vie de tous les citoyens, les ordonnances qui remettaient en vigueur les placards impériaux, portèrent la terreur à l'extrême. Des milliers d'individus passaient la frontière et fuyaient vers l'étranger. Une stagnation complète régnait dans les affaires, l'industrie chômait, la bourse d'Anvers était abandonnée, et les navires de commerce, évitant l'embouchure de l'Escaut, tournaient leurs voiles blanches vers l'Angleterre, où les lois internationales étaient encore respectées, les droits privés garantis, les libertés publiques sauvegardées.
Le duc d'Albe visita les bords de l'Escaut le 24 octobre, escorté de trois cents lanciers à cheval et de mille fantassins. Il était venu à Anvers pour y choisir l'emplacement d'une citadelle, qu'il se proposait d'y bâtir, afin d'assurer un asile à ses soldats, dans le cas où les habitants de la grande cité commerciale, exaspérés par les persécutions et les supplices, se lèveraient en masse contre sa tyrannie.
Les Anversois ne se trompèrent pas sur le caractère de cette mesure. Disposés aux plus grands sacrifices pour soustraire leur belle ville aux calamités d'une invasion étrangère, ils avaient été les premiers à l'entourer de remparts fortifiés et de solides bastions. Les plans du duc d'Albe excluaient toute idée de patriotisme, et furent accueillis par quelques courageuses protestations. Déjà les