CHAPITRE VIII. i
magistrats municipaux s'en étaient plaint à Marguerite de Parme :
« Nous ne pouvons délaisser, lui écrivaient-ils, en « l'acquyt de notre serment, de supplier Vostre Àlteze de « ne prendre de mauvaise part que, en ceste cause de si « grande importance et perplexité, dont aussy dépend « nostre honneur et vaillant, et la conservation ou l'en- « thière ruyne et désolation de la ville, ainsi que de tout « le pays de Sa Majesté, nous remonstrions ce que nous « entendons des marchans, bourgeois et inhabitants, « convenir pour le bien d'icelle. L'érection de la citadelle « causeroit la retraite de plusieurs marchans, bons et « riches, qui toutefois es derniers troubles, se sont avecq « nous lenuz en dévotion de Sa Majesté. EUe serviroit « comme Hz disent, pour la diffidence que on auroit d'eulx, « ou pour introduire nouvelletez dedans la ville, par es- « trangiers, et une espèce de servitude, laquelle causeroyt « la retraicte de tous ceulx que la liberté a attiré.... (1) ».
Ces derniers mots résumaient, en effet, la pensée publique. Prêts à défendre leurs libertés contre les ennemis du dehors, les Anversois refusaient de concourir à l'érection d'une forteresse, destinée à abriter leurs oppresseurs.
La puissance des communes était brisée, et le duc d'AIbe fit mettre immédiatement la main à l'œuvre. On
(1) Musée Brit. MS. Galba, c. III, fol. CXI.
108 HISTOIRE DE l/ESCAUT.
s'empara d'un large terrain , situé au Kattendyk, couvert de jardins, de maisons de plaisance et de moulins. Toutes ces constructions furent démolies, sur un espace de quinze à vingt mille verges, et bientôt 2,000 hommes travaillèrent sans relâche à y élever le nouveau château, qui j avait la forme d'un pentagone régulier, dont les angles I étaient protégés par des bastions. L'un de ces bastions I reçut le nom de l'ingénieur Pacheco, qui dirigeait les travaux. L'ouvrage entier fut terminé en moins de deux ans, , et coûta 1,400,000 florins, dont 400,000 furent mis à ! charge de la ville. Les anciens remparts, à partir de la tour de Groonenbourg, avaient été abattus, et rien n'empêchait les Allemands et les Espagnols en garnison au château, d'entrer dans Anvers, l'épée au poing, à la première alarme.
C'était le règne de la terreur, et l'excès de la répression pouvait seul retremper l'énergie nationale. La fibre popu- | laire, après quelques vibrations profondes, à la mort tra- i gique des comtes d'Egmont et de Homes, retomba dans le marasme après la défaite du comle Louis de Nassau, et la dispersion de l'armée réunie en Allemagne par le prince d'Orange. Le duc était retourné triomphant à Bruxelles, après s'être fait ériger une statue colossale à Anvers, lorsqu'un débat, survenu entre la reine Elisabeth et lui, à cause de la saisie d'un navire à bord duquel se trouvait une somme considérable en espèces, porta un coup désastreux au commerce anversois.