CHAPITRE VIII
Les marchands anglais, brusquement arrêtés, dans tout le pays, furent traînés en prison, tandis qu'on vendait leurs biens à l'encan. Le gouvernement britannique, ayant été informé de cette violation du droit des gens, y répondit aussitôt par des représailles, et toutes relations se trouvèrent momentanément interrompues entre les deux contrées. Les sujets de la reine, abandonnant les rives de l'Escaut, rouvrirent à Hambourg les marchés qu'on leur fermait en Belgique.
Cette rupture, entièrement provoquée par le duc d'AIbe, était extrêmement impolitique. Une foule de bannis, chassés de leurs foyers par la perspective de Téchafaud ou du bûcher, s'étaient réfugiés sur l'Océan, où ils bravaient ouvertement la puissance espagnole. Déjà les Gueux de mer, sous les ordres d'Adrien de Berghes, seigneur de Dolhain, avaient capturé beaucoup de navires, et causé des préjudices considérables aux armateurs d'Anvers et d'Amsterdam. Les dissentiments survenus entre le capitaine général et la reine Elisabeth, allaient leur ouvrir les ports britanniques, et leur permettre d'y augmenter leurs forces, déjà si redoutables.
Les avertissements n'avaient pas manqué au duc d'AIbe, mais celui-ci songeait moins en ce moment à poursuivre les Gueux, qu'à protéger le départ pour l'Espagne de l'archiduchesse Anne d'Autriche, fiancée de Philippe IL Cette princesse vint à Anvers, le 21 août 1570, et y logea dans la maison des Osterlings. Elle était accompagnée de ses
deux frères, les archiducs Albert et Wenceslas. Une flotte considérable, équipée avec le plus grand soin, l'attendait à l'embouchure de l'Escaut, d'où elle mit à la voile le 15 septembre.
Un mois plus tard, la veille de la Toussaint, un effroyable ouragan soulevait les eaux du fleuve, les précipitait sur les iles de la Zélande, nivelait les digues, broyait les écluses, laissant sur son passage la ruine et la mort. Les travaux exécutés au Sas-de-Gand furent détruits, et les Gantois virent remonter le flot limoneux de l'Escaut jusqu'à la porte de l'Empereur. Le Brabant eut moins à souffrir; mais à Anvers plusieurs vaisseaux furent engloutis , cinq cents moutons et beaucoup de chevaux périrent dans leurs étables, et quelques victimes humaines furent suffoquées dans les caves de la ville.
Tous les maux accablaient à la fois nos malheureuses provinces. La mer du Nord était pleine de corsaires, et le duc d'Albe comprit enfin qu'il était temps d'agir contre eux. Il rentra en négociations avec le gouvernement anglais, et en obtint la promesse que les Gueux ne seraient point admis à se ravitailler dans les ports britanniques. Il tenta des démarches semblables à Emden et en Allemagne, où l'on fit également droit à ses demandes. Dans l'intervalle, le comte de Boussu et ses lieutenants croisaient le long des côtes, dont ils défendaient les approches. Désavoué par les princes protestants, les Gueux n'en continuaient pas moins leur œuvre sanglante. L'inlroduo