CHAPITRE VIII. lit
lion illégale de l'impôt du dixième denier soulevait la population entière contre l'administration du capitaine général, et avait poussé à son comble la haine qu'on portait aux Espagnols.
D'Albe, se voyant entoure d'inextricables embarras, finit par demander son rappel. Le roi venait de lui nommer pour successeur le duc de Medina-Cœli , lorsqu'une nouvelle imprévue se répandit tout à coup dans le pays, où elle excita une vive impression : la ville de la Brille était occupée par les Gueux! Peu de temps après, le retentissement de cette victoire provoquait une émeute parmi les habitants de Flessingue , qui , chassant leur garnison, appelaient à eux les farouches compagnons d'armes de Guillaume de la Marck et de Treslong.
Le triomphe de la réforme à Flessingue, en livrant Tune des embouchures de l'Escaut aux insurgés, plaçait entre leurs mains les destinées du commerce anversois. Les habitants de notre grande cité mercantile devaient arborer à leur tour l'étendard de la révolte, ou abandonner leur négoce aux nations voisines. La plupart des villes de la Hollande avaient embrassé avec enthousiasme la cause populaire. Les deux partis se livraient une guerre d'extermination dans l'Ile de Walcheren, où les royalistes ne tenaient plus que Middelbourg et Arnemuyden. La capture de Mons par Louis de Nassau, ce coup d'audace si admirablement réussi, et l'entrée du prince d'Orange en Belgique à la tête d'une armée, exaltaient les
espérances des protestants. Unis aux huguenots français, comptant sur l'appui du roi Charles IX lui-même, ils entrevoyaient déjà, dans un prochain avenir, la défaite totale de leurs cruels oppresseurs.
Le glas funèbre de la Saint-Barthélémy, dont le son lugubre annonçait à là France le triomphe d'une faction ambitieuse et antinationale, vient tout à coup dissiper ces illusions. Les défenseurs de Mons, abandonnés par le prince d'Orange, sont forcés de capituler; Malines, qui avait ouvert ses portes aux libérateurs, est livrée au pillage : les soldats espagnols régnent de nouveau en maîtres dans nos provinces, et ne se voient arrêtés que sur les confins de la Hollande, où de braves et hardis marins, leur disputant pied à pied un sol entrecoupé de canaux et de rivières, ont juré de s'ensevelir sous les ruines de leurs habitations plutôt que de se soumettre.
Le duc de Médina-Cœli , que Philippe II avait chargé de remplacer le duc d'Albe, était arrivé, sur ces entrefaites, en vue de Blankenberghe. La flotte castillanne, forte de 40 navires, cinglait vers l'entrée de l'Escaut, lorsque l'apparition de quelques bâtiments appartenant aux confédérés, engagea le duc à modifier ses plans. Il prit terre à l'Écluse avec une partie de son escadre, tandis que l'autre continuait le voyage, essuyait une furieuse canonnade à Flessingue , et jetait l'ancre à Rammekens. Une flottille de commerce, venant de Lisbonne, et qui suivait ces navires de guerre, fut moins heureuse, et tomba entre les