CHAPITRE VIII
mains des Gueux , qui y recueillirent un butin considérable.
La possession des îles de Walcheren, de Sud-Beveland, de Schouwen et de Tholen, qui, par leur situation, commandaient le cours de l'Escaut, était d'une grande importance au point de vue militaire. Les patriotes, désirant occuper la Zélande le plus tôt possible, mirent le siège devant Tergoes, le 22 août 1572. La ville était défendue par une faible garnison, et réclamait de prompts secours. Les Espagnols, ne pouvant la ravitailler par mer, adoptèrent un projet des plus hardis, dû à un Flamand, le capitaine Plomaert, tout dévoué à la cause royale.
L'Escaut, comme on le sait, se divise en deux bras à une certaine distance d'Anvers. Les îles zélandaises, basses et en partie submergées, s'étendent entre les deux courants. Le capitaine Plomaert, connaissant parfaitement le lit du fleuve, savait que les plaines du Sud-Beveland, dont Tergoes est le chef-lieu, étaient séparées de la terre ferme par des eaux peu profondes, particulièrement à marée basse. Accompagné de deux paysans riverains, il chercha à les traverser à pied, et parvint sur l'autre rive après avoir fait environ trois lieues sur ce terrain fangeux, sans cesse balayé par les flots de la mer du Nord. Un vieil Officier espagnol, le colonel Mondragon, informé du résultat de son entreprise, rassembla aussitôt trois mille Espagnols, Wallons et Allemands, se rendit à Aggier, près de Bergop-Zoom , et, se plaçant avec les siens sous la direction
BI8TOIBB DB L'BSCAUT. 10
il4 HISTOIRE DE LESCAUT.
de Plomaert, entreprit ce dangereux passage. Tous entrèrent dans l'Escaut où ils enfonçaient jusqu'à la ceinture, et parfois jusqu'au dessus des épaules. Plusieurs se noyèrent durant le trajet, mais le plus grand nombre, après avoir lutté durant près de cinq heures contre le flux, tantôt marchant péniblement sur l'argile limoneuse, tantôt nageant sur les vagues, parvinrent à l'autre bord. Leur succès causa un grand émoi parmi les assiégeants , qui se retirèrent dans leurs vaisseaux, abandonnant Tergoes aux Espagnols.
Ce fut l'un des plus brillants fait d'armes de cette terrible guerre. Le duc d'Albe en effaça bientôt la gloire par les massacres de Naarden et de Haarlem, exécutés par ses ordres. 11 ne devait plus faire un long séjour dans les Pays-Bas. Le duc de Médina-Cœli ayant refusé de lui succéder, Philippe II venait de faire choix d'un autre capitaine général , en la personne de don Louis de Cuniga y Requesens, grand commandeur de Castille. Ce dernier fit son entrée à Bruxelles, le 17 novembre 1573. Son prédécesseur lui remit aussitôt le pouvoir et partit pour l'Espagne, chargé des malédictions de tout un peuple, dont l'énergique rébellion survivait à son despotisme.