‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 60 sur 136 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

sait entendre de nouveau sur les bords du fleuve, dans la direction de Lillo. La ville d'Anvers venait il être rançonnée par les soldats espagnols, qui s'étaient fait payer leur solde arriérée par les habitants, et le vice-amiral de Haemstede, craignant que les mutins ne se servissent des Wvires qu'il avait sous sa garde, avait pris le large, et s'était vu brusquement attaqué par Boisot et ses Zélandais. Ceux-ci, après une lutte fort vive, contraignaient leurs adversaires à virer de bord, leur donnaient la chasse sans se laisser arrêter par le feu du fort d'Oordam, leur coulaient à fond cinq bâtiments, en brûlaient quatre autres, capturaient le vaisseau amiral, et mettaient le reste de l'escadre ennemie hors d'état de tenir la mer.

Requesens mourut presque subitement, le 5 mai 1576, à Bruxelles. Sa mort fut suivie d'un bouleversement général. Le conseil d'État s'empara de l'autorité, que le roi consentit à lui laisser. Deux partis s'y disputaient le pouvoir, et la politique espagnole y avait ses partisans ainsi que la cause nationale : l'anarchie régnait dans les deux camps.

Les troupes étrangères , qui n'avaient plus été payées depuis vingt-deux mois, s'insurgèrent bientôt ouvertement contre leurs chefs. Le conseil y répondit par une sentence d'expulsion, et se disposa à l'exécuter par la force, en provoquant l'armement général du pays et la convocation des états-généraux. Une division de l'armée rebelle s'était établie à Alost, d'où elle mettait à contribution toute la

contrée environnante; l'autre était cantonnée du côté de Maestricht.

Les étals travaillaient à se rendre maîtres des citadelles de Gand et d'Anvers, lorsqu'on apprit qu'un détachement de cavalerie, venant d'Alost, était arrivé à Beveren, avait passé l'Escaut à Burgt, et s'était jeté sur Lierre et Hérenthals.

L'inquiétude était grande parmi la population anversoise. On s'attendait à chaque instant à être attaqué par les Espagnols. M. de Champaigny, qui gardait la ville, n'avait pas assez de soldats, disait-on, pour la défendre.

Ces prévisions n'étaient que trop fondées. L'élu des insurgés, Jean de Navaréze, venait en effet de décider ses compagnons à marcher sur Anvers. Arrêté quelque temps sur les rives du fleuve, qu'il n'avait pu traverser faute d'embarcations, ce retard même avait servi ses projets, en lui permettant d'opérer sa jonction avec Alphonse Vargas, Julien Romero, Antoine d'Oliveira et François Baldez, accourus de Maestricht avec cinq cents chevaux.

Les états, avertis du danger dont était menacée la plus belle et la plus riche cité des provinces belges, y envoyèrent en toute hâte le comte Philippe d'Egmont, avec quarante cornettes de Wallons, et le marquis d'Havre, avec quelques bandes de cavalerie. Champaigny conseillait d'investir la citadelle par l'intérieur, pour lui couper les communications, tandis qu'il la tiendrait en respect du côté de la ville. Ce prudent avis, dont la suite des évé-

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