‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 61 sur 136 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

nements ne tarda pas à démontrer la sagesse, fut malheureusement rejeté.

Les troupes nationales étaient massées sur l'esplanade, et avaient élevé des barricades à rentrée de toutes les rues aboutissantes. Cbampaigny fit dresser en outre, au jardin des Escrimeurs, une batterie dont le feu était dirigé contre la citadelle.

Le 4 novembre , vers une heure après midi , les Espagnols sortirent de la forteresse en belle ordonnance, et assaillirent avec impétuosité les retranchements qui leur étaient opposés. Leur irrésistible élan les conduisit bientôt dans la tranchée, où les Allemands et les Wallons de Champaignyet de d'Egmont les arrêtèrent pendant quelque temps. Ces derniers, impressionnés par la terreur panique des bourgeois, et la vue des incendies qui s'allumaient de tous côtés, finirent cependant par lâcher pied. L'infanterie espagnole, secondée par des escadrons d'hommes à cheval, fondit sur les fuyards, et les poursuivit jusqu'à la place de l'hôtel de ville.

Cet édifice, ainsi que toutes les maisons voisines, était rempli de gens armés qui accueillirent les Espagnols par une vive fusillade. Déjà ceux-ci reculaient en désordre, décimés par les balles, lorsque quelques-uns des leurs, munis de torches et de pièces d'artifice, mirent le feu à tout le quartier, et forcèrent les derniers défenseurs de la cité à fuir à leur tour.

La victoire demeurait à la soldatesque. Une foule

d'aventuriers de toutes les nations, dont les camps étaient Tunique refuge, excités parla soif de l'or, ivres du sang déjà répandu , se trouvaient les maîtres d'une grande et belle ville , dont les vastes entrepôts étaient connus du monde entier, et qui renfermait d'immenses richesses. Us se ruèrent aussitôt sur les habitations, répétant de rue en rue les mêmes violences, égorgeant tous ceux que le désespoir armait de courage et d'énergie, pillant et volant ceux qui leur demandaient grâce, infligeant des tortures inouïes aux bourgeois opulents qu'ils soupçonnaient d'avoir caché leurs trésors. Ces scènes terribles , dont il est impossible de retracer toutes les horreurs, durèrent pendant trois longues journées, et coûtèrent la vie à sept mille personnes. Les négociants étrangers ne furent pas plus épargnés que les Anversois : Allemands, Anglais, Italiens, Portugais tous subirent le même sort.

Les soldats ne rentrèrent à la citadelle que le 6 novembre, épuisés de fatigue, rassasiés de carnage et de rapines. Les pertes produites par le pillage montaient à plus de 2 millions d'écus d'or (1), et à une somme équivalente en bijoux , en vaisselle d'or et d'argent et en marchandises précieuses.

Cet horrible attentat, exécuté au nom de Philippe H, ne pouvait avoir que des conséquences désastreuses pour

(1) L'écu d'or ou réal de Charles V était taillé sur 46 au marc, et valait environ 4 florins et demi. Le prix du marc d'or était de 200 florins ou de 428 francs.

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