CHAPITRE IX
états, décrétait la démolition de la partie de la citadelle dirigée vers la ville, et qui n'était point nécessaire à sa défense. Celte œuvre de destruction fut exécutée par une foule enthousiaste, à laquelle se mêlaient joyeusement des gens de tous rangs , également désireux d'arracher une pierre ou de porter un coup de pioche à ces fortes murailles, à l'abri desquelles le duc d'Albe avait cru pouvoir élever un monument durable à sa gloire.
L'exécution ferme et loyale du traité de Gand , en resserrant les liens qui rattachaient entre elles les diverses provinces des Pays-Bas, pouvait seule assurer le maintien de leur autonomie , et l'établir sur une base solide. De nombreuses causes de dissentiment tendaient malheureusement à neutraliser les bons effets de la pacification. La haute noblesse et le clergé étaient hostiles à Guillaume d'Orange, l'une par jalousie, l'autre à cause de la conversion du prince au luthérianisme. Ces deux factions, trop faibles pour résister isolément à l'élan qui portait le peuple vers le véritable chef de la révolution, s'unirent pour offrir le gouvernement à l'archiduc Mathias, frère de l'empereur Rodolphe.
L'archiduc venait à peine d'arriver en Belgique, que don Juan prenait l'offensive et battait l'armée des états à Gembloux, sans retirer néanmoins de grands avantages de ce triomphe stérile. Paralysé dans ses projets par la difficulté de se créer des ressources suffisantes pour continuer vigoureusement la guerre, il expira peu de temps
après à Nainur, avec le chagrin d'avoir perdu, en quelques mois, toute la popularité que la glorieuse victoire de - Lépante avait jadis attachée à son nom.
Il n'entre pas dans notre plan d'écrire l'histoire des provinces belges au seizième siècle. Nous nous bornerons à en indiquer quelques points saillants, nécessaires à l'exposition de notre sujet. La ville d'Anvers, défendue par de solides remparts, et que le voisinage de l'Escaut permettait de ravitailler sans difficultés, devenait, après la défaite de Gembloux, le dernier boulevard des libertés nationales. L'archiduc Mathias, que sa jeunesse et son inexpérience rendaient incapable de jouer un rôle politique, s'y était retiré avec les membres des états. Le prince d'Orange se trouvait au milieu d'eux, travaillant vainement à opérer un rapprochement entre les partis, toujours divisés sur la question religieuse. Une faction puissante, désespérant désormais de combattre la prépondérance de Guillaume de Nassau par celle de Mathias, commençait à tourner ses vœux vers le duc d'AIençon, fils de Catherine de Médicis, et le pressait de se rendre dans les Pays-Bas.
Tandis que la discorde régnait parmi les défenseurs de cette malheureuse contrée, l'armée espagnole, dont le chiffre s'accroissait rapidement, acquérait plus de force et de cohésion sous le commandement d'Alexandre Farnèse, prince de Parme. Le nouveau gouverneur général, aussi habile diplomate qu'excellent tac-