CHAPITRE IX
injustement, un mois plus tard, d'avoir armé la main de l'Espagnol Jauregui pour attenter aux jours du prince d'Orange. Ce dernier, malgré les intrigues qui se croisaient autour de lui, était toujours le véritable chef de la révolution.
Dans l'intervalle, les opérations militaires s'étaient ralenties dans les Pays-Bas. Le prince de Parme avait cependant transporté son camp sur les bords de l'Escaut, et s'était emparé d'Audenarde au commencement du printemps. Le duc d'Anjou, de son côté, ne se pressait pas d'entrer en campagne. Il se plaignait des entraves imposées à son pouvoir, de l'insolence des états et des tracasseries qui lui étaient suscitées par le grand conseil. Cédant aux excitations de son entourage, il finit par se persuader qu'il aurait bientôt raison de toutes ces résistances, s'il parvenait à se rendre maître de quelques places de guerre, et particulièrement d'Anvers, alors la métropole politique des provinces belges. S'étant arrêté à ce plan, il ordonna à tous les commandants des garnisons françaises de se mettre en possession, par force ou par ruse, des villes qu'ils occupaient, et réserva pour lui-même la réduction d'Anvers.
De nouvelles scènes de violence et de carnage allaient se passer sur les rives de l'Escaut, et l'opinion publique y élait préparée dès le commencement de l'année 1583, malgré le secret dont les conspirateurs avaient entouré leurs délibérations.
Le 17 janvier, vers une heure de l'après-midi, le duc | monta à cheval , et 1 , s'étant mis à la tête de ses gardes et de quelques cavaliers, marcha vers la porte de Kipdorp.
Cette porte donnait sur la route de Borgherhout, où se | trouvait le camp français. Le duc venait de la traverser, lorsqu'un de ses gentilshommes, le comte de Rochepot, ! s'arrêta tout à coup en prétendant s'être blessé à la jambe. L'officier qui commandait le corps-de-garde s'étant approché à ces xnots, fut frappé d'un coup d'épée, tandis que les assaillants se ruaient sur les hommes du poste et les mettaient en fuite. Le duc, se haussant sur ses étriers, i éleva la voix au sein du tumulte : Marchez, marchez, ! mes amis ! cria-t-il à ceux qui l'entouraient, et ne pillez ' point! Puis il partit au galop vers Borgerhout.
L'armée française, composée de 17 enseignes d'infanterie et de quelques piqùiers à cheval, s'avançait en même temps vers la ville. Tous y pénétrèrent sans difficulté; puis se divisant en plusieurs détachements, longèrent les remparts en se dirigeant vers la porte Rouge et celle de l'Empereur, ou se mirent à courir vers la place de Meir. On entendait partout leur^ cris de ralliement : Ville gagnée, ville gagnée! Vive la Messe! Tue, lue, tue!
Les circonstances étaient favorables aux Français, car les rues étaient presque désertes, et leur attaque avait été si soudaine et si brusque, que son succès paraissait assuré. Bientôt cependant ils rencontrèrent quelque résistance,