CHAPITRE X
L'entreprise présentait de sérieuses difficultés, car, dès cette époque, Anvers était une place forte de premier ordre. Défendue, d'un côté, par de hautes murailles et des fossés profonds, elle était protégée, de l'autre, par les eaux larges et rapides de l'Escaut. Le prince ne pouvait espérer s'en rendre maître qu'en lui coupant toute communication avec la Zélande, et il n'avait point de flotte à opposera celle des confédérés. Les Anversois, dirigés par Marnix de Sainte-Aldegonde, travaillaient activement à augmenter leurs moyens de résistance. Us avaient établi des batteries à Lillo, sur la rive droite du fleuve, à trois lieues au dessous de leur cité, et commençaient à élever, sur la rive opposée, le fort de Liefkenshoek.
Alexandre Farnèse était décidé à se rendre maître de ces deux positions, si importantes au point de vue stratégique. Resserrant peu à peu ses divers corps d'armée autour de la ville, il établit son quartier général à Beveren, tandis que deux de ses lieutenants, Mansfelt et Mondragon, traversaient l'Escaut et plaçaient leur camp près de Stabroek, afin d'arrêter les convois venant de ce côté. Le marquis de Roubaix était chargé de diriger l'attaque sur Liefkenshoek, et il la conduisit avec un tel succès, qu'il ne tarda pas à s'en emparer. Sa victoire marquait une date néfaste pour le pays: le même jour, le prince d'Orange tombait à Delfl sous les coups d'un obscur assassin, dont Philippe II allait anoblir les descendants.
Les Espagnols, triomphants à Liefkenshoek, rencon-
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Irèrent plus d'opposition de l'autre côté du fleuve; La garnison de Lillo, mieux préparée au combat, repoussa bravement les assiégeants, fit quelques vaillantes sorties, et, secondée par l'habileté de ses artilleurs, ruina tous les travaux de l'ennemi. Une inondation, occasionnée par l'ouverture des écluses, força enfin celui-ci à se retirer, avec une perte de 2,000 hommes.
Le prince de Parme, sans se laisser décourager par cet échec, changea de tactique, et conçut l'idée de fermer l'Escaut à l'aide d'un pont, construit de manière à braver toute attaque : projet gigantesque , qui fut d'abord traité de chimérique par les officiers les plus expérimentés. Il leur semblait impossible de maîtriser un fleuve dont la largeur était évaluée à 2,400 pieds, et qui subissait l'action puissante des marées. Le transport des matériaux nécessaires à une telle entreprise présentait , d'ailleurs, des difficultés réelles, encore augmentées par le dangereux voisinage de la flotte zélandaise.
Ces critiques n'arrêtèrent pas le général espagnol, qui donna l'ordre aux ingénieurs Barocci, Platon et Soete, de se mettre à l'œuvre.
Ils construisirent d'abord deux forts à la hauteur de Calloo et d'Ordam, l'un sur la rive flamande, l'autre sur la rive brabançonne. Le premier reçut le nom de fort Sainte-Marie, et fut armé de quinze canons; le second, appelé fort Saint-Philippe, était moins considérable et ne portait que douze pièces d'artillerie.