CHAPITRE X. 15S
Sur ces entrefaites, l'armée royale soumettait le pays environnant. Elle s'emparait du Doel, le 11 juillet, et s'établissait, le 15, à Zwyndrecht, occupant à peu de temps de là Oorderen et le Boerenschans. La prise de Vilvorde la rendit maîtresse de la navigation entre Bruxelles et Anvers, et celle de Termonde interrompit toute communication entre cetle dernière ville et Gand.
Les Ànversois qui recevaient des approvisionnemenls considérables de la Zélande, n'attachaient qu'une médiocre importance à ces manœuvres, et ne croyaient point avoir jamais à souffrir de la disette. Marnix de Sainte- Aldegonde leur avait vainement conseillé de percer la digue de Blauw Garen, entre Santvliet et Lillo, afin d'attirer sur les terres voisines les eaux de l'Escaut oriental, et d'ouvrir, par ce moyen, une nouvelle route aux convois maritimes, dans le cas où les Espagnols parviendraient à bloquer le fleuve : l'opposition de la corporation des bouchers, qui refusaient de laisser inonder certaines prairies servant de parc au bétail, avait fait rejeter ce projet, dont l'exécution eût causé les plus grands embarras aux assiégeants.
Ceux-ci, après s'être fortifiés à Calloo et à Oordam, avaient formé, en partant de ces deux points opposés, une estacade dans le fleuve, et la prolongeaient aussi loin que le permettaient la profondeur des eaux et la violence du courant. Un espace de six cents pas restait ouvert entre les deux jetées, et rendait le blocus incomplet. Il fut
fermé à l'aide de trente-deux gros bateaux, de soixantesix pieds de long sur vingt de large, reliés les uns aux autres par de fortes chaînes, et placés à la distance de vingt-deux pieds l'un de l'autre, afin de ne pas offrir trop de résistance aux vagues. Chacun de ces bateaux était fixé par deux bonnes ancres, portait un équipage de trente-quatre hommes, et était armé, à la poupe et à la proue, d'une pièce de canon. Ils furent recouverts d'un tablier de planches, garni de parapets semblables à ceux des estacades.
Le prince de Parme, après avoir fait élever ce remarquable ouvrage, s'appliqua à le perfectionner. Comme on prévoyait que les ennemis dirigeraient tous leurs efforts vers le milieu du pont, moins bien défendu que ses extrémités, il fit placer au centre de l'Escaut un certain nombre d'embarcations, attachées trois à trois par des mâts hérissés de pointes de fer, présentant aux assaillants un rempart formidable. Quarante vaisseaux de guerre, rangés sur les deux rives, étaient destinés à protéger l'ensemble des travaux.
Ces opérations furent terminées le27 février 1585, après sept mois de siège. Un découragement profond avait remplacé, à Anvers, la confiance qu'on y montrait au commencement de la campagne. Déjà Bruxelles avait ouvert ses portes aux Espagnols, et, parmi les villes de l'intérieur du pays, Malines était la seule qui ne se fût pas encore soumise à leur autorité. Marnix, effrayé des progrès de ses