CHAPITRE X
adversaires, comprit qu'il De lui restait plus qu'une ressources, celle de rétablir à quelque prix que ce Tût la libre navigation du fleuve.
Les états de Zélande ordonnaient, vers le même temps, à l'amiral de Treslong de se porter au secours des assiégés. Celui-ci tardant à obéir, ou l'accusa de trahison, et le comte Justin de Nassau lui fut donné pour successeur. La flotte hollandaise, mettant enfin à la voile, arriva devant Liefkenshoek — où quelques vaisseaux de Lillo vinrent la rejoindre — et elle canonna le fort avec tant de vigueur, qu'elle ne tarda pas à l'emporter d'assaut. L'île de Doel fut aussitôt occupée par les confédérés.
Cet exploit eut été décisif, si le défaut d'entente préalable avec les Ànversois n'en avait paralysé l'effet. Ces derniers, adoptant les plans d'un ingénieur italien, nommé Frédéric Giambelli, espéraient détruire le barrage espagnol à l'aide de brûlots. Deux vaisseaux, la Fortune et Y Espérance furent consacrés à cet usage. On les remplit de quelques milliers de livres de poudre, qu'on recouvrit ensuite de grandes dalles, enlevées aux cimetières ou au pavement des églises. Ils devaient être précédés par quarante bateaux plats, chargés de matières inflammables, et destinés à détourner l'attention de l'ennemi, en lui faisant supposer que les assiégés n'avaient d'autre intention que de mettre le feu à ses ouvrages.
Les préparatifs de l'expédition étant achevés, la flottille descendit lentement l'Escaut, durant la nuit du 4 au
5 avril, sous la conduite de l'amiral anversois Jacob Jacobszoon. A l'aspect de ces barques enflammées que le vent et la marée poussaient vers Calloo, l'alarme se mit dans le camp du prince de Parme. Aux lueurs sinistres qui brillaient sur les vagues, illuminant au loin le fleuve, on pouvait apercevoir le pont espagnol, rempli de gens armés, accourant au combat. Une vive anxiété, que la grandeur imposante de cette scène extraordinaire rendait plus profonde, faisait battre tous les cœurs. Le prince, entouré de quelques-uns de ses officiers, était venu prendre sa place dans les rangs.
La flottille anversoise approchait. Elle n'était plus qu'à deux mille pas du barrage, lorsque ceux qui la conduisaient allumèrent les mèches, placèrent les deux brûlots au milieu du courant, abandonnèrent les autres embarcations, et se hâtèrent de rentrer au port.
L'absence de direction livrait l'armement aux caprices des flots. Quelques barques, entraînées à la dérive, allèrent échouer, incendiées, sur les rives; d'autres se brisèrent contre les poutres flottantes qui entouraient les ouvrages espagnols. Le premier des grands brûlots, la Fortune, fut jeté par un coup de vent sur la côte de Flandre, et y fit explosion. L'autre alla plus loin, rompit les premiers obstacles, s'élança avec violence contre le pont, et causa aux Espagnols une frayeur réelle, car les flammes qui en jaillissaient menaçaient le pilotis.
Tandis que les soldats se penchent sur les parapets,