CHAPITRE X
cherchant à écarter, à l'aide de longues perches, cette sinistre machine, un jeune enseigne, apercevant le prince de Parme dans la foule, s'élance au devant de lui et le conjure de se retirer. Ne réussissant pas à se faire écouter, il se précipite à ses genoux, le supplie de ne pas s'exposer plus longtemps à d'inutiles dangers, et, le saisissant par un pan de son habit, cherche à l'entraîner vers le rivage.
Le prince, vaincu par l'insistance passionnée de cet homme, venait à peine de se retirer, accompagné de deux personnes de sa suite, lorsqu'un fracas épouvantable retentit tout à coup derrière lui, et le renversa sans connaissance au seuil du fort Sainte-Marie. Le brûlot venait d'éclater, soulevant autour de lui des vagues immenses, et détruisant la majeure partie de l'estacade gauche, ainsi qu'une partie du pont de bateaux, dont les débris furent lancés dans toutes les directions. Cinq cents hommes périrent dans cette terrible explosion, dont la secousse se fit sentir à trois lieues à la ronde.
L'armée espagnole se trouvait en ce moment dans la position la plus dangereuse, car l'étendue du désastre qu'elle venait de subir et la rapidité avec laquelle il s'était accompli, avaient énervé tous les courages. Le pont était rompu, et rien ne pouvait empêcher la flotte de Zélande de le traverser à pleines voiles. Quelques galères anversoises appareillèrent, au bruit de l'explosion , dans le but
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de porter à leurs alliés le signal de l'attaque, mais elles n'osèrent approcher du barrage, et revinrent avec la nouvelle qu'il n'avait subi aucune altération. Les Zélandais, qui craignaient d'aventurer leurs navires à proximité des batteries espagnoles, et ne voulaient point courir le risque de diminuer leurs propres moyens de défense au profit des Anversois, dont ils escomptaient déjà la succession commerciale, ne bougèrent point.
Tandis que les assiégés laissaient échapper l'occasion de vaincre leurs adversaires, le camp espagnol se remplissait de bruit et de mouvement. Le prince de Parme, mettant lui-même la main a l'œuvre, encourageait ses soldats à relever, en toute diligence, les débris du pont, et à masquer les effets du terrible choc qu'il avait subi. Un batelier de Lillo, se glissant entre les travailleurs, apporta enfin à Anvers des informations précises sur le désastre qui avait frappé l'armée royaliste, mais déjà celle-ci y avait remédié, et commandait de ses canons le cours du fleuve.
D'autres teniatives du raêmegenre, renouvelées à diverses . reprises, ne furent pas plus heureuses. Les défenseurs d'Anvers n'avaient plus qu'un parti à prendre, celui de s'emparer de la digue de Cauwenstein, ou du moins delà percer, afin d'inonder le pays jusqu'à Berg-op-Zoom, et de rétablir, par ce moyen, les communications interrompues. Farnèse avait prévu ce mouvement, et pour le faire échouer, avait fait bâtir les forts de Sainte-Croix» de