CHAPITRE X!. US
époque, dans les Pays-Bas septentrionaux et en Angleterre. Les villes de Middelbourg, d'Amsterdam, de Rotterdam et de Londres, furent bientôt peuplées de Belges, que les malheurs de la guerre et les persécutions religieuses chassaient de leur patrie. Ils y introduisirent la fabrication des serges, des damas et d'une foule de riches étoffes. Des toiles flamandes se débitaient à Harlem, et presque tous nos marins allèrent rejoindre les confédérés.
Le 9 novembre 1585, huit ans après la démolition de la citadelle d'Anvers, on commença à la reconstruire. La ville dut en supporter les frais, qui s'élevèrent à la somme de 70,000 florins. On imposa ensuite aux Anversois le rétablissement des digues qu'ils avaient percées durant le siège. Cette mesure ne fut point néanmoins suivie d'exécution, car les polders demeurèrent encore inondés pendant plusieurs années.
La guerre se prolongeait entre l'Espagne, les Provinces- Unies et la Grande Bretagne. Alexandre Farnèse, informé par Philippe II, qu'une flotte considérable, Y Invincible Armada, allait être envoyée sur les côtes d'Angleterre, où les Espagnols se proposaient de débarquer, rassembla quelques navires dans l'Escaut, afin d'appuyer cette expédition. Trois vaisseaux, armés de huit cents tonneaux, parfaitement construits, stationnaient devant Anvers. Il s'y trouvait, en outre, onze bâtiments de trois à quatre cents tonneaux, huit embarcations plus légères, de quarante à cinquante tonneaux, et vingt-six barques, consa-
crées au transport des vivres et des munitions destinés aux troupes. D'autres villes riveraines, telles que Termonde et Gand, avaient également été appelées à fournir des bateaux de charge.
\J Armada parut dans la Manche en juillet 1588, et y. éprouva une défaite complète. Tandis que les grands vaisseaux qui la composaient, constamment poursuivis durant leur marche, semaient de leurs débris les côtes d'Angleterre et d'Irlande, l'armée de Farnèse condamnée à l'inaction, se trouvait bloquée dans nos ports. La flottille anversoise ne quitta point l'Escaut, entièrement abandonné par ceux qui y avaient entretenu si longtemps le mouvement et l'animation.
Alexandre Farnèse mourut à Arras le 3 décembre 1592, après avoir fait d'inutiles tentatives pour réduire la Gueldre, défendue par Maurice de Nassau.
La misère faisait des progrès effrayants dans les provinces belges, amenant à sa suite l'abaissement de l'esprit public. Vaincus et humiliés, les Anversois n'en firent pas moins une entrée solennelle à l'archiduc Ernest, successeur du duc de Parme. L'émigration avait épuisé les forces vives de la nation, la livrant, passive et inerte, à l'influence étrangère.
Cette situation se maintint jusqu'en 1598. Tous les projets de Philippe II avaient successivement échoué. Son trésor était vide, sa marine anéantie, tandis que la puissance de ses adversaires n'avait fait qu'acquérir plus