CHAPITRE XI
de développement. Les Hollandais, abandonnant le port de Lisbonne, d'où il les avait exclus, allaient chercher jusqu'aux Indes les produits de l'Orient, et y Tondaient un empire, sur les ruines de celui des Portugais; la France se relevait sous l'administration habile'de Henri IV; les officiers de la reine Elisabeth, dont le triomphe était désormais assuré, poursuivaient leurs victoires sur toutes les mers. Quelques succès inespérés ayant rétabli un moment le prestige de l'Espagne, le roi en profita pour traiter avec la France, en érigeant les Pays-Bas en souveraineté indépendante. Il les destinait à sa GUe, l'infante Isabelle, dont il accorda la main à l'archiduc Albert d'Autriche.
Ce mariage, frappé de stérilité, n'assurait point l'autonomie de la Belgique, qui devait retourner à ses anciens possesseurs dans le cas où l'infante décéderait sans héritiers. On en reçut néanmoins la nouvelle avec joie, tout changement paraissant préférable à l'état de prostration qui pesait si lourdement sur le pays.
Les premiers actes de l'infante Isabelle, imposés par l'Espagne, n'annonçaient point une rénovation commerciale. On avait publié sous son nom, en février 1599, une défense générale d'exporter ou d'importer, directement ou indirectement, des marchandises vers les provinces rebelles. La cour espagnole, en cédant les anciens États de la maison de Bourgogne, à l'infante, avait interdit à leurs habitants tout négoce avec les Indes. Quelques An-
versois, qui s'étaient associés avec des négociants hollandais pour rouvrir des relations clandestines avec l'Orient, furent condamnés aux galères. D'autres, plus influents et plus riches, s'étant rendus coupables du même délit, ne réussirent à désarmer la rigueur du gouvernement qu'en payant une amende de plus de six cent mille dueats.
Les Hollandais, appuyés par l'Angleterre, n'avaient point déposé les armes, et, peu après l'avènement des archiducs, l'Escaut Tut le théâtre de nouveaux combats. Le prince Maurice de Nassau, partant pour la Flandre, débarqua dans le havre de Philippine, sur les rives du fleuve, quelques jours avant la bataille de Nieuport. Il avait laissé en Zélande une cinquantaine de bateaux, chargés de vivres et de bagages, avec ordre de le suivre. Cette flottille, escortée par un navire de guerre, mit à la voile le 25 juin 1600, et, arrivée à la hauteur de Blankenberghe, se vit tout à coup arrêtée par un calme complet. La garnison de l'Écluse, espérant profiter de cette circonstance, se jeta dans quatre galères, vint attaquer le convoi, et s'empara d'un grand nombre des barques qui le composaient. Les soldats, enhardis par ce succès, assaillirent le lendemain une escadre plus considérable, commandée par un amiral, et composée de 42 bâtiments de guerre et de quatre transports. Cette fois, néanmoins, les marins du Nord eurent leur revanche, et défirent complètement leurs adversaires.
Parmi les bâtiments hollandais qui luttèrent, en cette