CHAPITRE XI
assiégé, mais une ruse de guerre lui assura la conservation de sa conquête. Tandis que les Espagnols se disposaient à monter à l'assaut, un grand nombre de voiles parurent dans le fleuve, cinglant vers le rivage, au bruit des fanfares. Les assiégeants, ne doutant pas que les Hollandais allaient recevoir des renforts considérables, se retirèrent. Ils apprirent plus tard que la flotte signalée ne se composait que de quelques navires rassemblés dans les environs, et dont le comte de Nassau n'avait à espérer aucun secours.
Hulst fut menacé, à quelque temps de là, par les Confédérés, qui, le 2 juin 1638, s'avancèrent jusqu'à Callo, qu'ils prirent, mais dont ils furent délogés par les troupes de Ferdinand d'Autriche, nommé capitaine général du roi d'Espagne à la mort de l'infante Isabelle, survenue en 1633.
La Belgique, autrefois si industrieuse, n'était plus qu'un vaste champ de bataille. Vainement annonçait-on aux habitants d'Anvers, le 25 octobre 1640, que le roi d'Espagne leur ouvrait le commerce des Indes orientales, nul ne pouvait profiter d'une concession que les armements maritimes de la Hollande rendaient illusoire. L'Escaut, à partir de cette époque, ne tenait plus de place dans nos annales mercantiles, et la paix de Munster, signée en 1648, ne fit qu'établir officiellement sa déchéance.
L'Espagne, en souscrivant ce traité, acceptait sa défaite. Non seulement elle reconnaissait l'indépendance des Pro-
vinces-Unies , mais elle consentait à ce que l'Escaut, le Zwyn et le canal du Sas fussent fermés aux sujets belges. Les Hollandais, en se réservant le libre parcours du fleuve, obtenaient le monopole du commerce des denrées coloniales à Anvers, et dans toutes les localités placées dans le rayon de cette ville.
Là ne s'arrêtaient pas les concessions des ministres de Philippe IV. L'article 15 du même traité soumettait l'entrée et la sortie des navires, fréquentant les ports de Flandre, au même régime fiscal que ceux qui parcouraient l'Escaut. Toute concurrence était désormais impossible : la supériorité hollandaise était assise sur des bases solides et durables.
Les Anversois, dont les espérances avaient été succèssivement déçues, firent aussitôt des démarches auprès du gouvernement, afin d'obtenir, comme légère compensation à tant de pertes, la libre importation des draps d'Angleterre, moyennant paiement du seul droit de tonlieu. Celte faveur leur fut accordée, mais ils n'en jouirent que peu de temps, car elle fut révoquée dès le 29 août
La navigation sur l'Escaut, interdite vers le Nord à nos navires, avait encore quelque activité, à cette époque, dans le Hainaut. Une foule de barques, chargées de charbons de terre, remontaient le fleuve et ses affluents, approvisionnant le Cambrésis, la Picardie et l'Artois. Les états du comté venaient de promulguer des règlements relatifs