CHAPITRE XI
à ces transports, lorsque la cession de Condé à la France, en 4655, paralysa cette industrie et en arrêta l'extension.
Dans l'intervalle, de grands événements s'accomplissaient en Europe. Le cardinal Mazarin , adoptant la politique de Richelieu , s'entendait avec Cromwell , dont la main venait de signer l'arrêt de mort de Charles I er , pour porter de nouveaux coups à l'Espagne. Tandis que deux armées ennemies s'avançaient vers Dunkerque, une terrible inondation bouleversait les rives de l'Escaut, envahissait les quais d'Anvers, et se répandait comme un torrent jusqu'à l'église de Notre-Dame. Le nom de ce beau fleuve, jadis si fréquemment répété, ne se mêlait plus qu'au souvenir de désastreuses calamités.
La suprématie française succédait insensiblement à celle de l'Espagne. Au moment où la plupart des États européens étaient affaiblis par des discordes intestines, la France, unie et forte sous le sceptre de Louis XIV, allait entrer avec son jeune et ambitieux monarque, dans la carrière des conquêtes. Philippe IV étant mort en 1667, Louis XIV, alléguant la loi civile des Pays-Bas, prétendit que sa femme, fille aînée du défunt, devait succéder de préférence au fils cadet. Elle avait, il est vrai, renoncé à la succession, mais la dot promise n'avait pas été payée. L'armée française entre en Flandre dans toute la pompe du nouveau règne : Turenne en tête des troupes, puis le roi, les ministres, les dames dans les carosses dorés de la cour. Vauban, à mesure que l'ennemi se retire, s'établit
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dans les places et les fortifie. La Flandre fut prise en deux mois, et la Franche-Comté en dix-sept jours.
Un rapprochement s'opéra entre l'Espagne et la Hollande, après la paix d'Aix-la-Chapelle, tandis que l'Angleterre s'unissait plus intimement à la France. Louis XIV, renouvelant les hostilités, fit envahir de nouveau les Pays- Bas, et cent mille hommes se dirigèrent vers les Provinces- Unies, qui n'avaient à leur opposer que cinq mille soldats. Les Hollandais, désespérant un moment du sort de leur république, songèrent d'abord à se réfugier sur les flots, et à aller chercher une patrie dans un autre hémisphère. Ce projet ne tarda pas cependant à être abandonné : une réaction s'opéra , le peuple se jeta furieux sur ceux qui le lui avaient conseillé, et confia toutes les forces de la nation au jeune Guillaume d'Orange.
Ce général de vingt-deux ans, persévérant et énergique comme son aïeul le Taciturne, ne recula pas devant la mission qui s'offrait à lui. II fit ouvrir les écluses, opposa les vagues furieuses aux (roupes françaises, et ordonna à l'amiral Ruyler de ranger sa flotte triomphante dans la plaine inondée d'Amsterdam.
La lutte ne tarda pas à s'étendre. L'Espagne et l'Autriche étaient en armes , et Guillaume parvint à détacher l'Angleterre de la France. On se battait encore Lorsque huit navires de guerre parurent dans I Escaut, venant de la Zélande. Ils étaient chargés de soldats espagnols. La même année, eu 1674, Condé remportait la victoire de