‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 86 sur 136 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

envahir la Hollande. La France se montrait hostile aux prétentions de Joseph II, vivement appuyées, d'un autre côté, par la Russie. La paix de l'Europe semblait compromise, lorsque l'empereur, acceptant la médiation de Louis XVI, revint sur ses premières décisions. Il réclama une indemnité en paiement des dommages causés aux riverains par les Hollandais; une somme de 12,000,000 de florins pour la cession de Maestriçht; l'abandon, en sa faveur, de deux seigneuries situées au delà de la Meuse, et le droit, pour les navires autrichiens, de naviguer sur l'Escaut moyennant une légère redevance.

Une convention préliminaire fut signée, vers la fin de Tannée, à Paris. La Hollande acquérait Maestriçht moyennant 9,500,000 florins, accordait 500,000 florins à ceux qui avaient souffert des inondations, et cédait le comté de Dahlem à l'Autriche. Les limites de la Flandre devaient être les mêmes qu'en 1664, et la souveraineté de l'Escaut était réservée aux Hollandais à partir de Saftingen, jusqu'aux embouchures du fleuve. Ils s'engageaient à évacuer les forts de Kruischaus, de Lillo, de Liefkenshoek et Frédéric Henri, tandis que l'empereur renonçait aux villages de Bladel et de Reussel.

On échangea les ratifications du traité, le 8 novembre 1785, à Fontainebleau. La liberté de l'Escaut s'y trouvait condamnée par cette clause formelle : « que la partie « du fleuve appartenant aux états généraux serait tenue « close de leur côté, ainsi que les canaux du Sas, du

« Zwyn et autres bouches de mer y aboutissant, confor- « mément au traité de Munster, »

Telle fut l'issue de cette triste tentative, dont le souvenir allait bientôt s'effacer au sein des agitations d'une guerre civile.

Joseph II, en montant sur le trône, s'était imposé la tâche de réorganiser entièrement le gouvernement des provinces qu'il était appelé à régir. Sa précipitation à opérer des réformes lui avait fait de nombreux ennemis dans les Pays-Bas. Le clergé, particulièrement menacé par le génie novateur du monarque, associa habilement la défense de ses privilèges à celle des libertés publiques. Une sourde agitation, présage d'événements plus graves, régnait dans le Brabant. Les uns s'élevaient contre l'empereur au nom des préjugés religieux; les autres l'accusaient de marcher au despotisme en invoquant la liberté.

La crise éclata en 1789. Les Brabançons, poussés à bout par les provocations des soldats du général autrichien d'Alton, parvinrent, dans un dernier et vigoureux effort, à secouer la domination impériale. D'Alton prit la fuite, poursuivi, d'un côté par le duc d'Arenberg, de l'autre par le général Yander Mesch; Bruxelles était au pouvoir des patriotes.

Ceux-ci ne surent point profiter de leurs succès. Leurs chefs n'avaient l'intelligence d'aucune des conditions 'Vordre européen qui auraient pu consolider l'indépen-

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