CHAPITRE XII
dance belge. Au lieu de se hâler de revendiquer des droils de nationalité que la conquête ne peut prescrire, et de maintenir la monarchie, en déférant la couronne à un prince de la famille impériale — combinaison qui leur eût assuré des alliés — ils laissèrent le temps à leurs, adversaires de réunir des forces nouvelles, et de rentrer dans le pays en triomphateurs, après l'avoir abandonné en vaincus.
Leur séjour n'y fut pas de longue durée. L'esprit révolutionnaire, comprimé en Belgique, se développait en France avec une incroyable vigueur, ébranlant la vieille Europe, dont il allait bientôt changer les destinées. Les républicains pénétrèrent dans notre pays en 1792, et, le 25 novembre de la même année, le général Labourdonnaye faisait publier un décret de la convention nationale, proclamant le grand principe de la liberté de l'Escaut.
Les considérants de ce décret sont remarquables, et sont pleins de cet enthousiasme fiévreux qui agitait le monde à cette époque :
« Considérant que les fleuves sont la propriété cora- « mune de tous les pays qu'arrosent leurs eaux;
« Qu'une nation ne saurait, sans injustice, prétendre à « conserver seule la navigation d'un fleuve, ni empêcher « les peuples qui habitent dans l'intérieur du pays de « jouir des mêmes avantages;
« Qu'un tel droit était un reste de servitudes féodales, « ou, tout au moins, une monocratie odieuse, que la
« lui avez donnée pour là partie financière» n'a plus vu de « remède que dans la possession des richesses de cette « fertile contrée. Il vous a proposé le fatal décret du 15 dé- « cembre; vous l'avez accepté unanimement, et cepenu dant chacun de ceux d'entre vous avec qui j'en ai parlé, « m'a dit qu'il le désapprouvait et que le décret était in- * juste...
« D'après vos ordres le pouvoir exécutif a envoyé au « moins trente commissaires; le choix est très mauvais, < et, à l'exception de quelques gens honnêtes qui sont « peut-être regardés comme des citoyens douteux, parce « qu'ils cherchent à mitiger l'odieux de leurs fonctions, « la plupart sont, ou des insensés, ou des tyrans, ou des a hommes sans réflexion qu'un zèle brutal et insolent a a conduit toujours au delà de leurs fonctions... »
La domination française ouvrait l'Escaut à nos navires de commerce, mais elle pesait lourdement sur le pays dont elle comprimait les tendances propres, le génie individuel. Les Belges, après tant de glorieux travaux continués avec persévérance durant des siècles, dans les arts, dans les lettres, dans le commerce et dans l'industrie, pouvaieut, à juste titre, de réclamer leurs droits de nationalité.