CHAPITRE XIII
cation du canal latéral de la Haine. Il dirigea le tracé par la ligne la plus courte, de Mons à Condé, de clocher en clocher, ce qui était une faute, car l'économie véritable du projet consistait à rapprocher le plus possible la nouvelle voie navigable des charbonnages, afin de diminuer les frais de transport. Ces travaux furent commencés avec solennité le 18 octobre 1807, et terminé le 19 octobre
Le général Bonaparte, nommé premier consul de la république, le 24 décembre 1799, et qui s'était fait conférer cette dignité à vie, en 1802, arriva à Anvers Tannée suivante, accompagné des ministres de l'intérieur et de la marine. Les hostilités maritimes étaient sur le point de se renouveler entre la France et l'Angleterre, dont la flotte avait été portée à 801 navires de tous tonnages.
Le premier consul venait de s'embarquer sur l'Escaut pour en explorer les deux rives, lorsque se tournant vers l'un des hommes de l'équipage :
— Quelle est la profondeur du fleuve? lui demanda-t-il brusquement.
On lui répondit qu'elle était de vingt-deux pieds. — Et quel est cet édifice, reprit-il, que j'aperçois là-bas, vers la droite?
— Un ancien cojivent, acheté par un négociant de la ville, M. H... S...
Ces renseignements parurent satisfaire Bonaparte, qui cessant d'interroger les gens du bord, s'adressa à l'amiral
Decrès, ministre de la marine, pour s'informer si vingideux pieds d'eau suffisaient pour la mise à flot de navires de 74. Surla réponse affirmative de l'amiral, le ministre de l'intérieur fut chargé aussitôt de traiter avec M. H... S..., et lui acheta sa propriété au prix de 400,000 francs. On fil, en outre, l'acquisition d'un vaste terrain, situé sur les bords de l'Escaut, et destiné à recevoir les cales de vingt vaisseaux de ligne.
Il ne suffisait pas cependant d'avoir un arsenal et des chantiers : il fallait des matériaux à mettre en œuvre. Les agents français apprirent qu'un marchand possédait, à peu de distance d'Anvers, des magasins renfermant une quantité considérable de bois de construction. L'amiral Decrès voulait s'en emparer, mais le premier consul insista pour que l'achat s'en fit de gré à gré. Dans l'intervalle, l'administration du bagne de Brest recevait Tordre d'expédier immédiatement 500 forçats sur Anvers. Ils devaient être logés dans l'ancien couvent dont il vient d'être question, et commencer les premiers travaux.
Quelques heures avaient suffi pour prendre toutes ces dispositions, que Bonaparte rattachait à son plan de défense contre la Grande Bretagne. Son but était de créer, à l'intérieur du pays, hors de l'atteinte des escadres ennemies, un grand port militaire consacré spécialement aux constructions navales. Ce qu'il fit à Anvers pour le Nord de la France, il voulait également le tenter dans le Midi, * Bruno, petite ville située à l'embouchure du Rhône,