‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 90 sur 136 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

qu'il entendait relier à Arles au moyen d'un immense canal.

Ces préparatifs excitèrent un moment les alarmes des négociants d'Anvers, qui considéraient la transformation de leur cité en place de guerre comme nuisible à leur commerce. On les rassura en leur promettant de séparer complètement le port marchand des bassins destinés à la flotte.

Peu de temps après la visite de Bonaparte à Anvers, une commission, composée de marins et d'ingénieurs, à la tête desquels se trouvait le ministre de la marine, se présentait aux Tuileries. Le ministre redoutant les dépenses excessives que nécessitaient les travaux d'Anvers, avait pris toutes ses précautions pour amener Bonaparte à transporter l'arsenal maritime français à Fiessingue ou à Terneuse. Des expériences préalables, faites avec soin, établissaient qu'à ces endroits les batteries des deux rives pourraient croiser leurs feux à cause du rétrécissement du fleuve.

Le ministre s'était muni d'un plan de l'Escaut. Ce tracé, indiquant la profondeur des eaux dans toutes les localités intermédiaires, d'Anvers à la mer, ainsi que la position des bancs de sable obstruant leur cours, avait été tiré sur une si vaste échelle, qu'il était impossible de le dérouler sur une table. On l'étendit sur le parquet, et la discussion commença.

L'amiral Decrès parla aussitôt de Fiessingue, et appuya

son opinion de celle que lord Ghatham avait émise autrefois sur ce port. Bonaparte l'interrompit en faisant un geste de dénégation.

— L'air y est insalubre, dit-il, et je ne veux point inoculer la fièvre à mes soldats. Flessingue ne commande, d'ailleurs, que l'un des bras de l'Escaut. Elle est située en pleine mer, et une simple barque, envoyée à la découverte, peut instruire l'ennemi de ce qui s'y passe.

Le ministre avait prévu ces objections et, abandonnant sa première idée, proposa de transformer Terneuse, et d'y construire un vaste port et une grande cité commerciale. Il fit remarquer que le lit du fleuve y étant fort vaseux, rien ne serait plus facile que de le creuser, et qu'on pourrait y créer une rade aussi sûre que spacieuse.

— Oui, reprit aussitôt Napoléon, mais il faut bâtir cette ville et y attirer des négociants riches, tandis qu'Anvers existe, me présente tous les avantages que vous me promettez, unis à d'immenses ressources de tous genres!

— II est impossible, observa son interlocuteur, de faire remonter des vaisseaux de 74 canons jusqu'à Anvers. Voilà un banc de sable qui ne laisse que dix-huit pieds d'eau.

— Eh bien ! on le creusera.

Rien n'ébranlait Bonaparte. L'un des ingénieurs lui ayant fait remarquer que les sables refoulés sur un point se porteraient inévitablement ailleurs :

— C'est l'affaire de l'art, lui répondit-il, vous y pourvoirez. Il faut que l'Escaut soit ouvert aux vaisseaux de ligne.

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