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CHAPITRE XIII

Il était décidé à ne pas abandonner son projet. Le ministre, en désespoir de cause, hasarda une dernière réflexion :

— Dans le cas, fort peu probable, mais il faut prévoir toutes les éventualités, dans le cas où la Belgique se séparerait un jour de la France, ne serait-il pas fâcheux d'avoir consacré des capitaux considérables à la construction d'un port ennemi?

Napoléon commençait à se lasser de la résistance du président de la commission. Il mit fin à la discussion par une plaisanterie assez bouffonne. Moitié souriant, moitié sérieux, il prit à deux mains le plan qui lui avait été présenté, et en coiffa l'amiral.

— Eh bien, lui dit-il gaîment, s'il en était ainsi, faudrait-il regretter les dépenses faites? La Belgique ne repoussera jamais l'alliance française.

Ce serait à cette occasion, d'après quelques auteurs, qu'il aurait ajouté que, par la possession d'Anvers, il tenait un pistolet chargé sur le sein de l'Angleterre.

L'arrêté ordonnant la construction d'un arsenal et d'un chantier maritime sur les bords de l'Escaut , parut le 21 juillet 1805. Quelques mois plus tard, le terrain destiné à l'entrepôt militaire était entièrement aplani, et clos de murs. On creusa des cales pour les vaisseaux de guerre; des magasins, des casernes, des ateliers s'élevèrent rapidement; le 16 août 1804, on procéda à l'inauguration de l'arsenal, et à la pose de la pre-

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mière pierre du chantier central. Cet établissement se trouvait en pleine activité dès 1805, et Ton y lança successivement les corvettes le Phaéton, le Voltigeur, le Favori, ainsi que la frégate la Caroline, de 44 canons.

Deux grands et magnifiques bassins, bâtis en pierres de taille, et pouvant contenir, l'un 12 et l'autre 40 vaisseaux, de ligne, étaient déjà terminés à cette époque. Les droits de bassin et de colis, établis sur les navires marchands par la loi du 24 ventôse an XII, et dont le produit était destiné à l'entretien de ces docks, rapportaient plus de 186,700 francs. Les nouveaux bassins pouvaient être mis à sec au moyen d'écluses. Le moins grand était destiné à échouer les navires pour les calfater, l'autre leur servait de refuge en cas de débâcles dans le fleuve. Deux autres petits bassins, que l'on se proposait de réserver au doublage des bâtiments, devaient être creusés à côté des premiers. L'ancien hôtel des Osterlings se trouvait au centre de ces établissements, qui communiquaient avec les chantiers par les canaux extérieurs de l'Escaut, et par. un vaste quai, pour la formation duquel on avait démoli un grand nombre de maisons situées sur la rive droite du fleuve. Ce quai, aussi spacieux que commode, forme encore de nos jours l'un des plus beaux et des plus utiles ornements du port.

De grands changements s'étaient opérés en France

depuis le traité de Campo-Formio. Le pouvoir du pre-

r consul, en Raffermissant, s'était écarté de plus en

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