‹ Histoire politique des États-UnisChapitre 106 sur 126 · XV* LEÇON. — LES DEUX CAUOLINES · texte numérisé non relu

XV* LEÇON. — LES DEUX CAUOLINES

prouvent que cette volonté indiiriduelle à laquelle

on soumet un pays, élant néccsbaiicmeut incomplète y efit toujours tyrannique.

On ne fait pas une nation à Timage d'un homme, et le législateur qui s'entête à cette œuvre chimérique n'arrive qu'à rimpuissance et à la dé* ception. L*faÎ8toiie de la Révolution française porte en caractères sanglants cette incontestable venté. Ce n*est pas qu'un homme, qu'une assemblée plus éclairée que le gros de la nation , ne puisse imaginer des institutions théoriquement plus parfaites que celles qui existent; mais ce ne sont jamais celles que comportent le degré de civilisation, la faiblesse , ou les préjugés mêmes du pays. Vous m'offrez un vêtement magnifique, mais qui me gène et n'est pas fait pour moi^ il me faut violemment renoncer à mes idées , à mes sentiments pour adopter les vAtres, qui peut-être valent moins, et qui d'ailleurs me sont étrangers. Exiger à nu peuple qu'il change sa vie au gré du législateur (et depuis soixante ans combien de fois la France eût-elle cessé d'être elle-même!), c'est tout à la fois une fôlie prétention » et la plus insupportable comme la plus insolente des tyrannies , celle qui, par malheuri est la moins rare aujourd'hui. Nous ne sommes plus une race corvéable et qu*on taille à volonté, quoiqu'on en use assez largement eu ce point; maia nous sommes une race qu'on réglemente, qu'on gouverne, qu*on constitue à merci et

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miséricorde, suivant les théories qu'imaginent leg personnages importants que notre confiance met au pouvoir. Du jour où ils sont nos mandataires i

ce sont leurs caprices et leurs idées qu'ils nous imposent 1

Ce, n'est pas là le gouvernement républicain

d'Amérique ; là-bas, ou essaye d'éclairer et de diriger la volonté populaixei mais cette volonté oa Taecepte, et on ne prétend pas, au nom de la raisoUf au nom du but suprême, imposer au peuple une loi » un régime qui fait violence à toutes ses lialii iudes, et rompt brusquement avec le passé. Nos législateurs sout tous plus ou moins disciples de Locke; ils ont beaucoup à désapprendre avant d'être de véritables représentants du peuple; et cependant, s'ils étaient plus modestes dans leurs prétentions législatives , leurs fonctions seraient plus faciles; et nouS| pauvre foule, âmes vilesi nous payerions moins cher les expériences de nos magnifiques souverains I

Où donc trouver le modèle du vrai législsr teur? r Amérique nous Toffirira dans le fondateur de la Pensylvaiiie. Gomparous Penn avec Locke; au premier coup d'ceil tout Tavantage est pour le philosophe. Ami d'un homme d*Êtat, mêlé aux aiiauesy esprit sage et observateur, il en sait bien plus qu'un quaker fanatique; et, sans doute, Tor» ganisation qu'il a conçue est autrement forte et symétrique que celle de Penn. Locke a découvert

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que la fiOQiété est an contrat^ et que la ûa principale de ce contrat est le maintien de la propriété; il établit à Finâtaut même un gouveniemeut sur eette base«« Penn» an oontraire, tout Bouveraia

qu'il soit, n'a aucune confiance dans la supériorité de ses lumières. Ce qu'il Yeut^ c'est la liberté et le boQtieii|pde sl^Ni^ets , et il efoit qu'en ce point rnil n'est pUis ^Jairé que la partie intéressée ; aussi tout son système politique se résume en ces simples paroles :

«t Tons serez, dit-il à son peuple, vous serez gouvemé par }s lof que vous ferez vous-même ; — il ne faut pas

que ma volonté , la volonté d'un hoiuiue puisse empêcher le bonheur d'un pays. — Dans h obarle que je vous donne» gsrdez ce qui est bon, éeartez ce qui est m&ttvsis, sjoutes ce qui couviendrs su bien général •

Locke s'efiteye d'une démocratie trop

breuse, et, en thcoricica qu'il est. réservant tout le pouToir à la propriété , il commence par mettre hors de la constitution la part la plus considérable do la nation^ sans douter de son dioil quand il établit un si fonnidable ilotisme* Penn, dans une ambition plus noble y veut ouwir sa colonie au monde entier; il n'entend rien aux privilèges^ aux exclusions, à rinfériorité systématique du peuple. Comme l.ocke , il a connu les excès de la guerre civile, il a vu la démocratie se perdre par ses

1. J'emprunte à Banerofl ces paroles de Penn, L U, eh. xti, ptutim»

exeès; mais il ne désespère point de la Uberlé, et

par une suite nalureilc de cotte charité clirétienne qui) pour les quakers, comme pour les catholiques, forme TesseDce de la religion et de layie, il n'admet puirit rinégalité politique, parce qu'une telle inégalité ne peut entrer^ suivant lui, dans les desseins de la Frovidence, qui a fait tou% les hommes pour être amis, pour être frères.

Et maintenant» entre ees deux Sommes, dont Pun assigne à la société pour fin dernière la propriété et douue tout aux propriétaires, et dont l'autre, deTam^nt de si loin son siècle, a tu la fin de la société dans la liberté et le bonheur général, et s'en remet à tous du soin de défendre ce trésor commun, denandei-Tous, je ne dis point quel est Tespiit le plus iurtement trempé, mais quel est le plus profond politique; leurs oeuvres les jugeront. Locke le landgrave (je ne parle point du phiioiophe) n'a produit qu'une œuvre avortée; au contraire, Penn le quaker a fondé un État riche, hbre, florissant; un État dont le nom, par une juste récompense, immortalise ce génie bieniaisant, qui eut confiance dans la liberté, et qui comprit Thumanité mieux que de plus grands politiques, peutêtre parce qu'il l'aimait davantage*

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