‹ Histoire politique des États-UnisChapitre 108 sur 126 · fiaiicroa,UI · texte numérisé non relu

fiaiicroa,UI

foetioe do Locke et do Shafbesbury. Dans le préambule on loi pi omettait Tînimortalité, et elle n*afait pu vivre un jour. Les palatins , les landgraves, les caciques^ toute cette noblesse qui n'avait evsté que sur le papier sV'\auuuit sans laisser de traces dans rhistoire. Kien ne resta du grand modèle i sinon le mal qu^il avait fait, et une leçon qui ne devrait pas être perdue : c'est que toutes les constitutions de papier sont mortes-nées ; conune tous les monstres, elles ne sont pas viables.

Sortie de ces diûlcultés^ la Caroline trouvai dans les querelles religieuses, un obstacle nouveau qui gêna longtemps son développement. Après h révolution de iGbS, TÉglise anglicane , eu muiorité dans une province qui avait été peuplée par des dissidents de toute nation, voulut cependant imposer son autorité* Secondée par lord Granville, qui à cette époque était lord palatin, elle pai Nint à faire nommer une assemblée toute a sa dévotion, en établissant que désormais les députés prêteraient le serment d^adbésion à TÉglise établie. C'était exclure de la représentation la majorité même de la colonie.

Les dissidents , repoussés par les propriélaires, trouvèrent un déicuseur dans lord Somers, qui porta leurs plaintes i la chambre dea lords. Ea vain les proprietaireâ réclamèrent ; la chambre déclara que les actes dont se plaignaient les colons n'étaient point autoriaéa par la charte. Sur l'adresse

XVI* L£ÇOM. L£S DKOX CAROÙMBS. 417

qu'on lui présenta, la reine Anne, qui cependant Q avait point de veio sur les lords de la colonie , proclama I de TaTis des avocats de la couronne, que ces actes étaient nuls^ et même qu'il fallait examiner si les propriétaires n'ayaient pas forfait leurs droits (1707).

De &0U côté, rassemblée coloniale annula ces actes malencontreux, et rétablit la tolérance , tout en maintenant ia bupériorité et avantajiijes de TÉgUse établie; mais il n'en resta pas moins dans la plantation un levain d*irritation qui allait bientôt fermenter.

De là des dissentiments sans nombre, une agitation toujours croissante , et enCn une révolte de la colouiei mais une révolte d'un caractère tout particulier, et qui montre cbez ce peuple f vraiment né pour se gouverner lui-même, ce bon sens, cette modération , cet esprit d'ordre qui sont les conditions premières de la liberté*

En 1719, le district du Sud, lassé de l'autorité des propriétaires y résolut de s'en délivrer. 11 y avait alors pour gouverneur un homme de mérite et justement populaire, Robert Johnson. L'assem- ' blée, se formant en convention, rejeta un gouvernement oppressif et arbitraire , et déclara que h charte était iorfaite; mais aussitôt on témoigna à Johnson le désir qu*on avait de le conserver pour gouverneur, s'il voulait ne reconnaitre d*autre

supérieur que le roi.

41» ma£ 1. — COLONlfiS.

Johnson ntusa, et fut ri mplacé par un goo- Y«raeur que nomma l'assemblée, tin même temps on dépéeha des agenta en Angleterre poor floutenir, auprès du roi, lee droits du peuple. La eolonie IrooTa dans le ministère les dispositioni les plus favorables. Depuis que la maîemi de Hanovre était montée sur le tronc, et que la suprématie du parlement n'était plus contestée, il y avait à Londres un désir constant de délire ces chartes coiomales qui gênaieut ie plein exercice de rautorité métropolitaine. Les discoïdes survennes entre les propriétaires et les planteurs de la Caroline étaient une excellente occasion pour se mêler des affaires de la province, aussi les prélentieBs des eolons fiirentrelles accueillies avec une faveur qu'elles n'eussent pas rencontrée en d'autres m<h ments. Dès Tannée 4734 on envoya ao nom da roi un gouverneur, qui fut reçu dans la coioaic avee les plus vives acclamations.

Sans autorité dans leur domaine, et abaudounés par la jalousie du gouvernement, sept des coacessionnaires vendirent à la couronne tous leois droits pour la suumio de 17 500 livres sterling, et 5(KK) livres en sus pour les ftMirent échus ; un seul, lordCarterety en cédant ses droits de souvemin, se réserva sa part de propriété qui lui fut assignée dans le nord de la Caroline. C'est ainsi que la patente fut abrogée en 472B, et le gouvernement conféré, aux acclamations de la colonie, àliobert

XVI* LEÇON. — LES DfiUX GAAOLINES. 410

Johagon, qui s'était montré ei loyalement dévoué à la cause daa proinriétaiies, et qui fut reçu, dit uu contemporain, comme Cicéioii au rijLour du son exil. La Caroline devint province royale ^ et^ en 1732^ fut officiellement partagée en deux Ëtata pour la commodité du gouverneur et des habitants.

Ce diangement d'adminiatration fut des plus favorables à la eolonie , dont les progrès avaient été retardes par toutes ces querelles politiques et religienses* Sous le règne des propriétaires, on n*y comptait que quatorze mille âmes, quoiqu^il y fut venu d'Europe un nombre d émigrants bien plus considérable* De 1728 à 4790, le nombre s'accrut jusi|u'à six cent quarante inille habitants.

Vous eonnaissea le régime d une province royale* Un gouvemeor, un eonseil, nommés tous deux par la couronne, et uue assemblée choisie par les planteurs» telles étaient les trois brandies dont ■e composait la législature. Le gouverneur convoquait^ prorogeait, dissolvait rassemblée^ avait un vêiù m les lois ^ et exer^t le pouvoir exéeutif avec Tassistance du conseil. Il avait aussi une part de Tautorité judiciaire, et nommait les magistrats et les officiers des milices. Toutes les lois

étaient soumises à Tapprobation du roi, mais elles restaient en vigueur jusqu'à ce qu'il en eût ordonné la réfvcation. Cétait en somme un régime semblable à celui de la métropole . 1. lliiBiay,flMk*CarDlimi,di.l.

410 LIVRE I. — COLONIBS.

Maia ce qui ne fut point emprunté de T Angleterre, et ce qui est resté dans la Carolioe , et surtout dans la Caroline du Sud, comme une tadie ineffaçable, c^est Tesclavage et sa triste législatioa.

Dès le début de Tentreprise sir loha Yeanuns, qui fut le premier planteur et le premier gouver» neur du district de Clai eadon , noyau de la Caro* line du Sud, arriva des Barbades avec ses noirs. Ainsi l'institution de l'esclavage est de même date que le premier établissement. Des treize colonies, la Caroline du Sud est la seule qui» dans rofrigine, ait été fondée par la culture servile. Dans le Marvland, dans ia Virginie i Tusage d'employer des engagés prévalut longtemps, et la classe des trsr vailleurs blancs y fut toujours nombreuse, car nul climat n'est plus favorable à Touvrier anglosaxon que celui de ces beaux pays.

Tout au contraire on remaïqua de bonne heure que Tair chaud et humide de la Caroline du Sud convenait au nègre, qu'il y vivait bien et s*y nraltipliait rapidement I tandis que la Hèvre emportait Touvrier blanc; aussi dès le premier jour ce fut l'ambition de Témigrant d'acheter des noirs, sans les-' queUp dit uu contemporain , un planteur ne peut rten faire. On essaya de Tindien et du nègre; mais on

reconnut bientôt que le premier était indomptable, tandis que le second se pliait à la aarvitude. 11 y avait entre eux, renuu*quaitK>n, la même diiféreaes qu'entre les animaux sauvages et les animaui do*

, XVI* LBCON. — UFUXI0N8 8im L'E8CUTA6I. 4ii

mastiques, dont les uns accepteot sans répugniuice la domination de rhomme, tandis que les avtree

meurent on captivité.

Ce qui contribua surtout à augmenter le nombre de ces misérables» fut rintrodnctioii du riz dans la colonie. Un sac de riz apporté par hasard , en 169S| par un vaisseau de Madagascar, distribué aux planteurs , et cultivé par curiosité plus que par utilité, devint bientôt, avec Tindigo, la cultare principale de la Caroline ^ Cette culture inondée, qui demande à la fois l'humidité et la chaleur, est de toutes la plus malsaine, et cependant, de Taveu général, la santé des nègres n*en est point altérée.

Nous retrouvons ici cette influence du clinuU qui joue un si grand rôle dans la question de l'esclavage. A Vorigine, toutes les colonies de TAmérique recevaient des esclaves; c'est de nos jours, c'est en 4826, que les derniers ont été affranchis à New- York. Rien donc n'eût gêné la servitude dans le nord, si le travailleur blanc ne remportait de beaucoup sur le nègre, quand le climat ne combat pas contre lui.

Mais tandis qu'à New-York le nègre n*était que le plus coûteux et le plus mauvais des ouvriers, au Sud on croyait impossible de se passer de lui. Aussi la lica noire s'y accrut-^elle ei vite par

t. Le eoloD «1 4e date récente, et c'eit dépoli la idroluttoe leu-* leMDt eelle esHare alirii aidéfileppeMiiit eendUénUe.

4it IiITSS 1.

l'imporlation ) qu'en pea d'années les esclaTes fuient deni fois ptos noadiraii que les bboiest proportion qu'au nord des AnUlles on n*eât Iron- Yée nulle autre part.

En un temps où les idées de frâtemité, qni nons sont aujouixl iiui familières, n'étaient pas trèsrépandues^ où le nom d'humanité était no mot inconsn, où la traite des nùirs était ooosidMe comme une œuvre pieuse, parce qu'elle enlevait des malhemreax à Tidolâtrie pour les baptiser ^ on eomprend cpie la Caroline ne se soit pas montrée plus scrupulense que les autres colonies. Aussi eot-die son Code noiri arsen^ de lois emelles qni subsiste encore aujourcrhui. C*est là, n'en déplaise à tous les sophismes, la plus sanglante condamnation de Tesclavage. Si le nègre est nn être Infi^ rieur, une espèce d animal domestique pour qui la servitude est un bienfaiti pourquoi faut*il tout cel attirail de supplices, afin de le maintenir dans un état qui, dit-on, lui est favorable? Si c'est uo homme fait à Timage de Dieu, comment des lois sacrilèges osent^llto déclarer qu'il n'est qu'une chose, et comment d*nn être immortd ose*t-on faire le jouet et Tinstrument d*autrui7

La rniauté des lois qui ré^rissent l'esclavaire étonne souvent ceux même que ne révolte pas la ssrritude , et qni n'y voient que la tutelle d'une race élernellemeul mineure. Ou ne comprend pas qu'un fait de celte espèce , un fait oontre nature^

Xn« LEÇON. ntPUBIOMS 8im L*BSCUTA6B. 4t9

porte le trouble dans fout les rapports humains. Déclarer que Thoinme est un animal ou un outil f c'est s'engager dans un système qui ramène forcément les horreurs de la loi romaine. Sans doute rapplieation Mt nurini rigoureuse » parce

que les Anirricains, éclairés par le christianismci n'ont ni la iérocité, ni la corruption des Ao-» mains; mais le principe est le mème^ Une bâte do somme appartient à son mattre et ne peut rien poisédor ; elle n'a ni fiunillej ni femmoi ni en&nt«| son tratail n'est pas à eHe non plus que sa pei^ sonne; la battre, la tuer^ c'est un droil, et si la loi américaine recule aujourd'hui devant cette deroièro atrocité, c'est par une heureuse inconséquence. Mais que de fois la loi reste désarmée devaut la eruauté et mémo devant le crime du tnattro; et que de fois aussi le juge est aveugle et complice I L'eselave d'ailleurs n'a pas d'action pour demander justice, et Thomme libre a peu de pitié pour de» maux qu'il ne connaît ni ue redoute I

fist-il nécessaire d'énumérer les lois qui relaient l'esclavage dans la Caroline? Ces lois sont partout et forcément les mêmes. Ku même temps qu'elles imitent Tesclave comme une brute $ elles ne pouvent pas oublier qu'il y a en lui un esprit qui pourrait s^éveiller^ une Ame qui pourrait aspirer à la liberté 1 auMi ne se contentent-elles pas de châtier le nègre, elles s'en défient comme d'un ennemi» et avant tout elles cherehent à étoufier en

414 LmiB I. — «OLOHlBfl.

lui rintelligeDce, et à en faire un animal craintif et obéissant.

TrouvaiW^a un esclaye hors delà plantation sans une passe donnée par le maître, c'était un devoir de rarrèter» et de le ehâtier sur plaee; s'il résistait» il était permis de le tuer. La loi est la mémo aujourd'hui , et la raison de cette rigueur est toute simple; le nègre mamn est Tennemi commun*.

Au reçu de toute plainte portée contre un esclave, depuis le vol d'un poulet jusqu'à la révolte et au meurtre, tout juge de paix a^ait droit d'arrêter aussitôt Taccusé, et de le traduire devant un jury composé de quelques propriétaires da voisinage. C'est à ce tribunal , composé d*ennemis naturels, que la loi remettait la vie de resclave, et il suiâsait de la simple majorité pour prononcer la peine de mort Toute punition moindre était laissée à Tarbitraire du jury; à lui d'en fixer la forme et la durée. C'est également ce tribunal qui, en cas de mort, déterminait le genre du supplice et faisait aussitôt procéder à Texécution, à la seule condition d'indemniser le propriétaire aux dépens da

public.

ïelie est la procédure sommaire qui encore anjourdliui met Tesdave entre les mains de les bourreaux. C'est ainsi que ces républicains , si jaloux de leur liberté et si fiers de leur juiy, pro-

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