‹ Histoire politique des États-UnisChapitre 116 sur 126 · BUckOone · texte numérisé non relu

BUckOone

XVIP LEÇON. — ORGAmSATION POLITIQUE. 4:i3

mouth, ne constituaient donc rien de plus qu'une corporation civile , et de la part dea émigrants il y eut usurpation évidente du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire^ quand ils transportèrent leur

charte en Amérique, et d'une compagnie firent un Etat.

Mais lorsque Charles II accorda les chartes de

Rhode*Island et de Connecticut, et sut tout lorsque, en 1691 , une charte de Guillaume et Marie réforma, réorganisa la proyince de Massachussets, il est clair que ce ne fut point une corporation , une municipalité que le roi prétendit régler^ mais bien une proyince; c^est un État qu'on youlut constituer, et la définition de Blackstone est trop étroite pour un pareil régime.

1! est aisé de comprendre qué, dans eette dernière époque, les gouvernements de chartes se rapprochent tout à fait des gouyemements pro* yinciaux. L'administrution et la législation y sont confiées à un gouverneur nommé par la couronne, à un conseil annuellement élu , non par le roi , mais par l'assemblée générale, et enfin à une chambre de représentants.

Dans le Connecticut et Rhode-Island (les deux seuls État» qui, au moment de la révolution, fus* sent, ayec le Massachussets, régis par une charte)» le gouvernement était une pure démocratie. Le gouverneur, le conseil et l'assemblée étaient choisis annuellement par les phinteurs , et tous

au LITAE 1. — COLOHin*

les foDetîonnaîres nommés par Tautorité populaire, C étaient de vraxes républiques loiigtemps avant qoe le nom n*en fût prononcé.

On voit maintenant ^ur quel plan uniforme étaient constituées les colonies, quelle que Uki la différence d'origine. Partout nn gonyemear, m conseil y une ciiamLre de représentants; en d'autres termes , la eopîe de Toiganisation anglaise : roi f lords f communes; le modèle futur de Toigap nisation fédérale : président, sénat, assemblée de représentants.

Il est vrai qn*il y avait nne différeooe dans le mode de nuiniaaliou des gouverneurs et du conseil , et qu'en certaines plantations il en devait résulter une constitution plus ou moins énergique du pouvoir exécutif ^ un magistrat choisi annuellement par les planteurs du Gonnectieut n*avait

pas sans doute le pouvoir d'un gouverneur de la Virginie ou de la Caroline, qui nattendait rien que de la couronne. Mais outre que Tautorité exécutive était enfermée en d'étroites limites dans un pays qui n'avait ni armées ni marine, ni centralisation, il y avait, duis toutes les colonies, deux forces puissantes qui restreignaient l administration et lui.traQaient partout un champ à peu près égal.

Ces deux forces , c'était le jur;^ et la représentation nationale.

Le jury remeliait aux mainâ des planteurs toute

XYII* L£ÇOK. — OUGANiSATiOM POLITIQUE. i55

la justice criminelle et une parlie de la justice

civile. Je dis toute la justice criminello, c*est-à-dire l'accusation et le jugement ^ en France le jury n*a qu'une portion de la justice criminalle : le juge* ment. C'est la part la plus importante il est vrai dane les réaultata immédiats, mais peut-être, comme garantie de la liberté , n'est-ce pas la plus considérable. Au contraire , daus les colonies oomme en Angleterre» le droit d'envoyer un homme devaut la justice fut toujours un droit réservé aux citoyens réunis en jury d'accusation.

Être jugé par ses pairs ^ sur accusation admise ]jur ses pairs , c'est iù depuis lungtemps un des plus nobles privilèges du citoyen anglais; les émigrants y tenaient avec jalousie et comme à la part la plus précieuse de cet héritage de Ubciiés qu'ilg avaient emporté de la mère patrie.

La représentation nationale était encore un de ces privilèges, ou plutôt un de ces droits de la vieille Angleterre , que les émigrants réclamèrent dès le premier jour.

Il est remarquable que toutes les colonies antérieures au règne de Charles U établirent d'ellesmêmes un libre gouvernement, quoique la charte n'eût rien disposé à cet égard. Il n'y a d'exception que pour le Maryland, si Ton peut nommer cela une exceplion , puisque la charUi tùiiLcaait une clause expresse en faveur de la représentation nationale.

456 Lim I. — COLOUn».

La Vilenie, colonie eotreprise par une compagnie, œttvre priTée de quelques aetionnaires, fot administrée, pendant quelques années, par un goiiTemeur et m coMeii, dont la nominatkm comme la réTOcation ne dépendait pas dn peuple; mais la plantation se révolta contre ce régime . ÎDConno, et dès 1620, c'est-à^re moins de i quinze ans après la fondation de la Virginie, on

voit paraître une chambre de bourgeois. C'est la colonie qoi se donne elle-mènie ces libertés aox-

qiielles n'a pas songé le roi.

Si la Virginie à l'origine n*était qu'une compagnie, le Massachussets n'était qu^une Église; aussi dans les premières années le gouverneur et les assistants conduisirent-ils le peuple comme avaient fait les juives dlsrafil, et le peuple y consentit. Mais cette organisation ne dura pas plus de deux ou trois ans , et quoique dans la diarle rien n^antorîs&t une représentation coloniale, en 1G34 ou vit tout à coup apparaître une assemblée, acclamée par les planteurs, au grand étonnenient des magistrats, au grand effroi de quelques ministres. L'histoire du Massachussets est celle du Gonneeticut, de New-Haven, du New- Hanipshire; partout le peuple entend u'obéir aux lois , et ne payer d'impôts qu'autant que par ses représentants il a voté les unes et les autres.

Và celte représentation , c'est la représeutatioo mobile, révocable d'une démocratie; car vous

XYîl* LEÇON. — ORGANISATION POIJTIÛUE. 4^7

TOUS rappelez peut-être que lord Say, un favori

des ministres puritains, demanda rétablissement d'une chambre iiéréditaire, pour apporter à la co* louie son expérienee et sa fortune , et que cette demande fut uuauimemeut rejetée pur les plan* leurs.

Ce goût d^une représentation nationale, ce droit

de voter l'impôt avaient ré ^né en France avec autant de vivacité qu'en Angleterre. 11 suffit de lire les remontrances des états généraux au xvi* siècle pour resaisir ces traces de Tesprit de liberté! Mais chez nous la monarchie absolue qui commence, non pas à Louis XIV mais aux Valois, étouâa de bonne heure ce germe précieux; en Angleterre , au contraire , rien n'en arrêta les Jets vigoureux. La révolution même ne fit que lui donner une énei^a nouvelle que n'abattit point la Restauration. Depuis le règne de Charles II il n'y a pas d'exemple d'une colonie fondée sans une représentation ; il n*7 a pas d'exemple non plus de tentative faîte pour priver les plantations de ce droit des citoyens anglais, si Ton excepte les ioiies entreprises de Jacques H , qui menèrent ce malheureux prince à sa ruine.

Le principe ne fut donc jamais contesté en Angleterre» mais plusieurs fois on disputa sur sa nature, et ces disputes ikhis nioiilrent sous un jour plus vif l'esprit libre et démocratique des colons. Dans les gouvernements de propriétaires

m LPTHB L — COLOmES.

OU de chartes I le droit du peuple d'être gouTonié par une législetore loeale ii*était point mis en doute, c était un article du contrat; mais dans les gouTemaments proyineiani:^ c'était une question de lavoir si la représentation était un droit (nous dirions un droit naturel ou simplemeat un privilège dont la durée et Tétendue pouvaient être réglées par le souverain. La première doctrine était oelle des ooloas» la seconde celle de& avocats de la couronne. Plus d*une fois les colonies firent à ce sujet des déclarations de droits que la couronne rejeta comme une invasion de ses prérogatives, et que les planteurs renonvelérent avec une ini'utigablô décision.

Quand elle ne contestait pas le droit des colons, la couronne essayait de le tourner. Par exemple, elle réclamait comme étant de sa compcteoce exclusive le droit de décider du nombre des représentants, et des lieux où se ferait l'élection; les assemblées locales repoussèrent toujours ces pré^ tentions.

La couronne b allribuait le droit de dissoudre à volonté les assemblées , ou de les prolonger pour un temps indéfini^ à son plaisir, sans nouvelle élection , rrioyen sûr de détacher les députés des intérêts du peuple. Les colons admettaient le droit de dissolution qui existait en Âo* l^leterre» mais ils repoussaient avec force Tautre prétention y comme destructive du droit de re-

Xm* LEÇON. — ORGANISATION POLITIÛTIE. 450

présentation. Des élections fréquentes étaient à leurs yeux une des conditions vitales d'un libre

gouveroement; c était (comme le dit emphatiquement la déclaration dlndépendance) m droit «nec» iimable pour la colonie, et formidable auœ setih tyram.

Bans là colonie de New^York» la couronne réussit en 1749 à faire établir des assemblées sejitonnaies à rimitation du parlement de la métropole , mais ce fut une mesure si désagréable au peu pie, qu^elle constitua un des griefs dont on se plaignait au commencement de la révolution.

Ainsi f et dès le premier jour, les plantations possédèrent un gouveroement libre , un gouvernement représentatif, et quand vint la révolution de 1776, il y avait un siècle et demi que ces formes protectrices étaient enracinées sur le sol américain.

D'oii venait ce goût des institutions représentatives? Qui avait donné aux Anglais établis dans le nouveau monde cet amour de la liberté, plus

énergique, plus ardent que dans la mère patrie? J'ai essayé de vous faire connaître les éléments divera de cet esprit de liberté qui seul explique l'histoire et l'avenir de l'Amérique , et je n'y reviendrais pas, si je n'en trouvais un résumé éloquent, profond, dans un admirable discours pro» noncé au parlement d'Angleterre par l'homme qui a le mieux compris les conditions de la libérai le

caraelàre el le rôle dee conetitatloiu, Borke, le

vrai rénovateur de la science politique , celui qui l'a retirée du monde des rêves, pour la fonder m robeerratioD.

An milieu des orap^f^s soulevés par la révolution américaine y quand la passion populaire» quand on fatal entêtemeot^ un fanx patriotisme , poussaient TAngleterrc dans cette lutte fatale , Burke ne cessa de parier en faveur de la paix» de la jus* tice, des droits des colonies. Il eut l'honneur de défendre avec une iiaute éloquence une noble nation ipi'il aimait parce qu'il Tavait profondément étndiée; il eut la gloire d^annonoer Tavenir avec cette sûreté que donne la science. Lui seul, dédaigné par les grands politiques du jour» lui seul ionp^eait alors qu'avant de gouverner une colonie, ou de traiter avec elle , il fallait connaître son caractère» et pour lui le caractère américain se résumait en deux mots : l'amour de la liberté.

Yoici le passage du discours auquel je faia allusion; il a été prononcé en 1775, quand Burke soutenait contre le ministère qu'il fallait se réconcilier avec l'Amérique. Ces quelques pages résument admirablement Thistoire et les institutioiiB des États-Unis..

« Dans le caractère des Américains, disait-il, l'amour de la liberté est le trait prédominant qu'on retrouve partout; et, comme une affection ardente est toujours une aflbction jslouae, vos colonies deviennent soupçonneuses.

XVII* LEÇOIf. ORGANISATION POLITIQUE. 461

rétives, intraitables aussitôt qu'elles voient |a moindre teDiativo de leur arrachor par force, ou de leur'sôustiaire par chicane le aeal avantage pour lequel il vaille la peine de vivre. Ce fier etprit de liberté est probablement

plus fort dans les colonies anglaises que chez aucun peuple de la terre, et cela par un grand nombre do causes puissantes qu'il u est pas inutile d'expliquer plus en détail, pour comprendre les vériUibies sentiments des Américains « et la direction que prend cet eaprit de liberté.

« D'abord le peuple des colonies descend d'aïeux anglais. L'ÂDglt ten e est une nation qui, je l'espère, respecte encore sa liberté, et qui naguère 1 adorait. Les colons vous ont quittés quand ce trait de voUre caractère était dominant; ils ont pria cette direction, ce penciiant au moment même où ils sont sortis de vos maies. Aussi sont^ ils non-seulement dévoués à la liberté , mais à la liberté suivant les idées anglaises, à la libe.rté fondée sur les principes anglais.

«La liberté abstraite, comme bien d'autres abstractions, ne se trouve nulle part. La liberté s'attache à quelque objet sensible, et chaque nation s'est choisi un objet favori, qui est devenu pour elle et par excelieDce, l'idéal du bonheur. En Angleterre , et dès les premiers temps , les grandes luttes pour la liberté ont porté principaleiHeat sur la question de l'impOt. Dans les républiques anciennes , la plapart des contestationa roulaient sur le droit d'élire les magistrats, ou sur h balance à maintenir entre les divers ordres de TÊtat. La question d'argent les touchait moins. Mais au AiigiLterre il en fut autrement : Cette question de l'impôt a exercé les pluni* s les jtius habiles et les langues les plus éloquentes ; pour elle ont agi y pour ^lle ont souffert les plus grands cœiurs.

« Ceux qui ont défendu rexcellence de la constitution

4«t UfWÊ f. — . COLOIflES.

iDgiaise ont démontré Don^sealement que le droit d'ac* ODitler rimpdt était en 1^ nii des plus oertaiiiset des plos andeos prinléges da citoyeD togl^ ; ib ont étabfi ooinme no priacipe fondaineiital que, dans toatei les nmar»

chies, le peuple doit posséder, directement ou indirectement, le pouvoir (i accorder son arjient. ou que, sinon, il o'exisle pas même Tombre de la liberté.

« Les colonie ont reça de foos , avec le sang, ces idées eC oes princtpes. Leur amoor de la liberté 8*est, oomme cbez vous, filé , attaché è ce point spécial de Tlmpdt La liberté pouvait être respectée ou mise en danger de vingt autres côtés, sans leur causer de joie ni d inqulciude, c'est là qu'était pour eli^ le pouls de la liberté , et , suivant qu'il battait, elles se troovaieiit malades ou bien portantes.

« Je ne dis point qu'elles eussent toit ott raison d'ap»

plrquer vos raisonnements à leur propre situation; es n usi pas chose aisée que de garder pour soi le monopole des principes et de leurs conséquences. Le fait est qa*eHes ont ainsi entendu ees règles générales, et k manière dont vous ks avei gonvemées, aoit douceur ou îndolenee, soit sagesse ou erreur, les a confirmées dans ridée qu'elles afaient , aussi bien que vous , un intérêt dans ces communs principes.

M Elles ont été en outre confirniées danr> cotte erreur qui les charmait par la iM'ine même de leus assemblées provinciales. Leurs divers gouvernements sont populaires au plas baut degré; qnelquesHins môme sont purement populaires. Bu tons la représentation populaire est l*é* lèment le plus considérable. Celte participation du peuple au gouvernement ne manque jamais de lui inspirer des sentiments altiers, et une profonde aversion contre tout ce qui tend à le priver de son plus grand pri^ vilége.

XYU* LEÇON. — OEGANiSATION POLITiaUfi. 46»

< S'il BumqiMit quelque ihoae à cette aetton forcée

que la forme du gouvernement exerce sur les esprits, la relijîion lui eût donné tout son effet. La religion , qui est toujours un principe d'énergie, n'est rien moins qu'épuisée ou affaiblie cbei ce nouveau peuple, et le culte qu'il professe est encore une des causes principales de son esprit de liberté. Ces honunes sont protestants, et de cette catégorie qui est la plus opposée à toute soumission implicite de l'esprit ou de l'oiMuion. Ce n'est pus là souicinenl un sentuneut iavorabie a la liberté, mais la liberté même en est la base.

« La raison de cette aversion que portent les Sglises dissidentes ft tout ce qui a l'apparence du gouvemenient absolu, il faut la chercher moins dans leurs doctrines religieuses que dans leui hisloiie. Cliacuii sait que la relij^iofi catiiolique romaine est au inoins de même date que les gouvernements où elle prévaut; qu'elle a marché en leur donnant la nain; qu'elle a reçu de l'État et des Isveurs, et des secours de toute espèce. L'£gHse d'Angleterre, efle aussi, s'est formée d^s le berceau sous les soins protecteurs d'un gouverneniejit éUibli. Mais les opinions dissidentes sont apparues tout à coup en opposition directe avec tous les pouvoirs ordinaires du monde, et n'ont pu Justifier leur opposition qu'en réclamant avec fbrce la liberté naturelle. Leur existence même tenait à Tas*

senion puissante et perpétuelle de ce droit de liberté. Toute espèce de protestantisme , même la plus froide et la plus passive, est une espèce de dissidence ; mais la religion qui prévaut dans nos colonies du Nord est un raffinement du principe de résistance ; c'est la dissidence de la dissidence , le protestantisme de ta religion protestante. Celte reli;:ion, partasrée en plusieurs sectes de noms différents, et qui ne s'acconlent en rien que dans ce commun esprit de liberté , est dominante dans la plupai t dos pro-

464 LIVRE 1. ~ CULOMES.

viooei du ^ofd, tandis que r£gliae d'AngieteiTe , malgré les droiu que lui leooniiait k loi, n'y cat en réalité qu'une espèce de aeete prÎTée, qui penl-étie ne oompcend pas

la dixième partie du peuple.

" Les colons ont quitté l'Angleterre quand cet esprit éuit daos ie plus fort de aoo ardeur, et oe» éinigrants étaknt de tous les aectaires les plus patrionnés. Quant à ee flot d'étrangers qui s'esl oonstamment porté ven les colonies, eompo&é pour la plus grande pari des dissidents de tonte TEurope , ils ont porté avec eux des habitudes, un caract^fL (|uj u'ec>i iian moins qu'étranger au caractère dapeupiti avec lequel ils se sont niélcs.

« Je m'aperçois, à l'attitude de quelques personnes, qu'on conteste la généiaiité de cette obsenration, parce que» dans les colonies du Sud, rjïglise d'Angleterre forme un eorps eonsidérable et a un établissement régulier. Cela est vrai, sans doute; mais il y a clans ces colonies un fait qui, dans mon opinion , balance complètement cette différence, ei rend l'esprit de liberté plus fier et plus bautain encore dans le Midi que dans le Nord. C'est que daos la Virginie et dans les Carolines les babitants possèdent une wte multitude d'eselaves. Partent où règne l'esclavage, ceux qui sont libres st>ni tic tous les hommes les plus fiers et les plus jaloux de ieur liberté. La. liberté n'est pas seulement pour eux une jouis» sanee, c'est une espèce de noblesse et de privilège. La libefléknr parait quelque cbose de plus grand et déplus relevé qu'en ces pays oà, commune à tous, aussi répan* due, aussi générale que l aii, elle s uniL avec un travail abject, uvf'c de grandes misères , avec tout l'exlérieur de la servitude. Je n'entends point recommander la moralité de ce sentiment, qui renferme au moins autant d'orgueil que de vanité, mais je ne puis changer la nature humaine, ie fait est là ; le peuple des colonies du Sud

Xni* LEÇON. — ORGANISATION POUTIQUE. 465

«t plofi fortement attaché à la liberté» et avec un esprit plus altier et pins indomptable que le peuple ân Nord.

Telles étaient toutes les républiques (ie l'anLi(juilé; tels étaient nos gothiques aïeux; tels ont été de nos jours tes Polonais; tels seront toujours les maîtres d'esclaves qui ne seront point esclaves eiix*roèmes. Ches un pareil pen* pie, Foi^eil de la domination se combine avec Tesprit de liberté, le fortifie et le rend hivincîble.

« Permettez-moi de signaler une autre instîtntion qui , dans nos colonies, contribue sensiblement à développer, à entretenir cet esprit indomptable ; je veux parler de l'éducation. Dans aucune autre contrée du monde, peutêtre, le droit n'est aussi généralement étudié. Les hommes de loi y sont nombreux et puisaanls, et, dans la plupart des provinces, dirigent Topinion. Le plus grand nombre des députés envoyt's au congrès se compose de légistes; mais tous ceux qui lisent, et e'est la majorité, essayent de se donner quelque teinture de t;ette science. J'ai appris d'un excellent libraire qu'après les livres de dévotion populaire, aucune autre branche de la librairie ne donne lieu à une exportation aussi considérable que les livres de droit. Les colons les réimpriment maint -nant pour leur usage, et il s'est vendu autant de Commentaires de Blackstone en Amérique qu'en Angleterre.

« Cette habitude de la loi donne aux colons de la fi» nesse, de la prévoyance , de la dextérité; ils sont prompts à l'attaque , prôls à la défense , pleins de ressources. En d'autres pays, le peuple, plus simple et d'esprit moins fin, juge d'un mauvais principe de gouvernement seulement lorsqu'il en souffre ; mais là-bas on anticipe le mal , et l'on juge du dommsge à venir par la méchanceté du principe. On devine le mauvais gouvernement à distance, on sent rapproche de la tyranm'e dès le premier souille empoisonné.

46« LIVRE î. — COLUMES.

« £nfln , il esl nne dernière cause qui inspire Tespiit de désobéissance à vos colonies, et qui n*est pas moins poissante que les antres, car elle n'est pas seolement

morale, elle tient a la iialure mùine des choses. Trois mille lieues d'Océan vous séparent. H ii esl poinl d invenlion huauuoe qui puisse empêcher la dislance d'affaiblir le gouvernement. Les llois rouJenl^ les mois passesl entre Tordre et l'exécution» et ne pouvoir expliquer promplement un seul point, c*en est assez pour rainer tout le système. Vous avez, il est vrai , des ministres allés de vos vengeances , qui dans leurs serres portent vos chaînes aux extrémités des mers. Mais là un pouvoir les arrête, qui limite la rage des passions et la furie des éléments et qui dit : Tu iras jusque-là et non pas plus loin.

• Qni donc étes-vous pour vous indigner et mordre avec

rage les chaînes de la nature? Rien ne vous arrive qui n'arrive également à toutes les nations qui ont un empire étendu, quelle que soit d'ailleurs la forme de leur gouvernement. Quand le corps est immense, la circulation du pouvoir est moins énergique aux extrémités. La nature l'a voulu. Le Turc ne peut pas gouverner TÊgyple, l'Arabie, le Curdistan , comme il gouverne la Thrace, et il n'a pas en Ci iiiu eetenÂlger la domination qu'il exerce à Brousse et à Smyrne. Le despotisme lui-même est obligé de transiger. i«e sultan obtient ce qu'il peut d'obéissance. U gouverne en reléchant les rênes pour pouvoir au moins gouverner; et ce qui fait la force et la vigueur de son autorité dans le centre de l'empire , c'est précisément l'iiH dulgence prudente dont il use avec les frontièr<"s. L'Espagne, dans ses provinces, n'est j>eut-élre pas aussi bien obéie que vous dans les vôtres. Elle se montre facile, elle se soumet, elle attend. C'est la condition immuable, la loi étemelle des empires étendus et divisés.

XVIl* LEÇON. — OUGANiSATlOI^ POLITIQUE. 467

« Ainsi, c'est donc de ces sk sources capitales, Torigine, la forme de gouvernement, la religion dans le Nord, les mœurs dans le Sud, Téducation, l'éloigneroent du moteur

central du gouveniuiaeiit, c'est, dis-je, de toutes ces causes qu'est sorti ce tîer esprit d'indépendance. 11 a grandi avec le peuple de nos colonies, il s'est accru avec leur richesse ; c'est cet esprit qui en se heurtant contre des prétentions qui y fussent-elles légales, seraient inconciliables avec aucune idée de liberté , bien moins encore avec celle que s'en font les colonies, c'est, dis-jc, cet esprit qui ailume cet incendie qui menace de nous consumer tous'. »

Je n'ajoute rien à ces aobies paroles. C'est le privilège du génie d'exprimer la vérité sous une

forme si parfaite qu'on n'j^ peut toucher sans l'affaiblir.

Nous avons vu comment les colons, empruntant

à l'Angleterre Tesprit de liberté, l'ont encore accru et perfectionné; nous verrons dans la prochaine leçon y en étudiant le droit civil, comment se développa un principe nouveau, étranger à TADgleterre : l'égalité. C'iest le côté par où ïkmérique se distingue de l'Angleterre , et en même tea\pâ se rapproche de nous ; ce caractère nouveau a donc pour nous un intérêt particulier.

1. Burke, jlpeecfc on WM^KAoUon i»\ih Xmtirita^ 32 nafS 177S.

DII-fiUITIÈM£ LEÇON.

BâSUMi DK L'OftCÂNISATION FOUnQOl IT QVILI 0B8 GOLORUS.

Heasiem^

Burko , dans son éloquent résume , nous a moatré comment Tesprit libéral ^ que les colons avaient apporté de la métropole» s'était développé sur UQ sol nouveau avec une énergie toute partieulière, comme ces plantes qui, transportées sous un ciel favorable, changent d*aspect, de propor^ tion, de durée, et presque de nature. Vous savez avec quelle ûnesse d'analyse Toratenr anglais a recherché les causes de cette expansion irrésistible de la liberté. L'origine, le gouvernement, la religion , les mœurs, Téducation , Téloigoement de la métropole, tout, jusqu'à Tesclavage même, concourut dès le premier jour à faire de rAmérique la nation la plus Jalouse de ses droits.

Il nous reste à étudier un autre aspect du génie américain, un aspect qui lui est particulier et qui n'existe point en Angleterre; c'est Tégalité. L'égalité, qui a passé des mœurs dans les institutions, est, je le répète, ce qui distingue le caractère américain du caractère anglais^ et ce

Xrm* LBCON. — ORGANISATION CIVILE. 4«0

(juiy malgré, la distance, met la société américaino plus près de nous qae la société anglaise.

Il y a doQC là pour nous une étude du plus haut intérêt.

Toutefois y il y a dans cette étude de certaines dil&cultés à vaincre pour que nous seuUons bien tonte rîmportance» tonte llnfluence de ce principe d'égalité. Cette difficulté tient à ce que Tégalité est dans Tair même que nous respirons. Quand on nous expose tout ce qu*a produit la liberté

aux Etats-Unis : l'organisation communale, la séparation de i Église et de r£tat, etc., la didérence des institutions nous montre aussitôt com* bien les Américains ont été plus loin que nous dans la pratique du libre gouTernement. Mais si je TOUS dis qn*il n'y a en Amérique ni noblesse héréditaire, ni pairie, ni clergé établi, en un mot, nulle aristocratie, et si descendant jusqu'au droit civil, où d*ordinatre l'aristocratie jette ses plus profondes racines, je vous expose la condition des terres en Amérique, la facilité de transmission, la simplicité du droit de succession, toutes institutions qui sont les nôtres, je crains que tous ne saisissiez pas complètement ce qu'il y a de particulier dans la sociélé américaine, ce qui, dès l'origine, la sépare de la société anglaise , la cause, enfin, qui, le jour où FAmérique a été maîtresse de sa destinée» en a fait

nécessairement nne république an lien d'en €urs nne monarchie constitutionnelle, comme la mé-

tropoie.

li faut cependant nons rendre nn compte exact

du rôle qu*a joué en Amérique le principe d'égalité, et par la même occasion, du rôle qu'il joue dans les sociétés modernes. Pour nos recherches historiques, ce serait les mnliler et les rendre stériles que de ne pas étudier l'un des deux éléments du génie américain. Pour le résultat pra* tique que nous ne perdons jamais de vue, ce serait une faute que de ne pas saisir toute la» portée de ce principe, plus nouveau dans le monde que le principe de liberté.

Ces noms de liberté et d'égalité ont été si sou* vent associés Vun à l'antre , depuis soixante ans, qu'il nous semble au premier abor î qu'ils aient été de tout temps, et nécessairement, inséparables. 11 n'en est rien cependant. C'est d'hier seulement qu'est née Tégalité civile et politique. Et quanta être naturellement séparables , il suffît de jeter les yeux autour de soi pour voir des pays où régalité est absolue, sans qu'on y connaisse la liberté : tels sont les États despotiques de l'Orient. Il y a au contraire et près de iiuus un pays où la liberté est plus grande, plus complète qu'en aucun endroit du monde , mais où l'égalité n'existe ni dans les Lois ni dans les mœurs. Esl-il besoin de nommer l'Angleterre?

' XVIII* LECOH. ORGAHISÀTIOll CIVILE. 47f

L'AméhqQe est le premier pays qui, dama les temps modernes , ait essayé d'associer ces deux principes de gouveroement. La France Ta suivie dans cette carrière, mais peut-être n'a-t«eUe pas su faire leur juste part à ces deux éléments , et peut-être n'a-t-elle pas assez tempéré par la liberté ce que le principe d'égalité contient de de»potisme, quand on Texsgère. 11 importe denc, pour nous faire des idées saines à ce sujet, de l'étudier en Amérique f et de constater les résul» tats qu'il y a donnés.

Constater ces résultats, peut sembler au premier abord chose fort délicate, car la liberté et Légalité ont assez de points communs, assez d exi^rences semblables, pour qu'il soit difiiciie de iaire le départ , et d'attribuer à chacun de ces deux déments ce qui lui appartient en propre; [jar bonheur rhistoire et la comparaison des législations viennent ici à notre secours. L'Angleterre, d*oà est sortie l'Amérique , est un pays où le principe d'égalité était certainement chose inconnue an commencement du xvii* siècle, car aojourd'hui même il n'y a pas encore pénétré j d'un autre côté, dès cette époque, c'était un pajs où la liberté était florissante. En étudiant l'organisation de l'Angleterre, la condition des personnes et du sol, il nous sera donc possible de constater ee que produit le principe de liberté, sans mélange d'égalité -, le contraste que nous présentera

47t UVIB I. C0L01IB8.

i'Amériqae nous fera conoattre eosaite comment cet élément nouveau a changé des institutions transportées dans un milieu social tout différent.

Et comme la condition de la société en Angleterre au xYii siècle nous représente assez i>iea ce qu'était la France Ters la même époque, comme saoondition actuelle nous dit aussi, toutes propor^ tiens gardées, ce que nous serions si en t780 on eàt fait une réforme au lieu d*une révolution»

il y aura pour nous plus (Yune leçon dans ce rap- ^ prochement des institutions anglaises et américaines. Par exemple, on comprendra mieux corn-

ment chez nons la monarchie de la charte, qui s'est tenue trop près des formes anglaises, n'y pouvait donner les fruits qu'elle porte sur un sol tout différent; on sentira aussi combien la constitution anglaise séduira toujours les amis de la liberté, mais combien elle est insufilsanle pour répondre aux désirs, aux besoins d'une nation dont la passiDu dominante est Tégalité.

Ce sera là un premier essai de législation comparée qui du même coup nous donnera des lumières sur les institutions de rAngletem, de TAmérique et de la France.

Lorsqu'au commencemeut du xi** siècle (iuillaume de Normandie fit la conquête de TAngleterre, il y installa le régime féodal dans toute sa rigueur, et les usages de la I>tormandie devinrent

XVill» LEÇON. — ORGANISATION CIVILE. 473

les lois de la Grande-Bretagne*. Ces institutions

s'enracinèrent avec d'autant plus d'énergie qu'elles étaient en germe chez les ADglo-Saxons» comme chez tous les peuples de race germanique» et que Guillaume ne lit quo (ioruH^r une forme plus arrêtée à des rapports nécessaires , et qui avant la conquête s'établissaient déjà naturellement.

Ce ne fut pas en effet par caprice , par désir de la toute*puis6ance que Guillaume établit le régime féodal en Angleterre. Outre qu'à cette époque le droit féodal, suivant lu judicieuse observation de Spelman, était le droit publie de l'Europe, la crainte d'une révolte des Saxons vaincus, le vcnsinage dangereux des Gallois et des Écossais, tout rendait nécessaire cette organisation militaire d'une société toujours armée pour attaquer ou pour se déieudre.

Mais, et ceci est remarquable, c'est de cette organisation modiUée par le temps, mais toujours reconnaissable , qu'est sortie la constitution anglaise. La société anglaise a conservé rem^nreinte féodale plus purement qu'aucune autre. Si dune on ne connaît les premiers traits de la féodalité, si l'on porte dans l'étude des institutions britanniques les idées politiques des modernes, ou les souvenirs de l'antiquité, il sera impossible d'y

1. Dans cel exposé j'ai suivi l'excellent travail de M. Guuot : Des Euêii tw PMittoin de FtMe$, ilxièUM EmL

4t4 LIVRE i. — COLONIES.

rien comprendre ; le paaeé seal peut nous donner

le secret de ce que nous admirons.

Au temps féodal la société était une armée campée snr le eol, ayant son ebef dans le roi, eee capitaines dans les barons, ses soldats dans les vassaux. La propriété foncière étant alors la eenle richesse y et le seul instrument de puissance , ce fut en terres, ou comme on disait, en ûefs, qu'on paya cette armée permanente. Ët comme les fone> tiens étaient héréditaires, ce fut en quelque façon le sol même qui représenta le commandement et le senrice; le fief du chevalier dut fournir un soldat, comme le fief du baron dut fournir un capitaine.

C'est ainsi que dès le premier jour il y eut une hiérarchie de personnes, et une hiérarchie de terres correspondante. Un domaine royal, des biens d'églises, des baronnies, des tenures de chevalerie pour défrayer le roi, l'Eglise, les barons et les chevaliers. Et en descendant plus bas, il y eut des tenures en socage, en boui^age, en villenage, pour rhomme libre qui fendait la terre avec le soc de la charrue I pour le bourgeois qui travaillait dans les villes, pour le misérable serf qui cnltiyait le champ du seigneur.

L'organisation de la société fut donc à cette époque comme une échelle où chacun eut son degré , où Ton descendait du roi chef suprême à révèque ou au baron , du baron au chevalier, du

XVrn» LEÇON. — ORGANISATION CIYILB. 475

chèTalîer au franc tenancier, de l'homme libre an

vilain. Chacun dépendait d'un supérieur; mais, d'upe dépendance réglée de bonne heure ^ relevée fiouvent par la noblesse du serrice eifgéy et qui (si l'on met les vilains de coté j n'était rien moins qu'une dépendance servile.

Quand }e dis que , dans l'organisation ftodale » chaque homme avait sa case et son rang, prenez gafde de confondre ce régime avec les castes d'Orient. Dans Tlnde la condition de l'individu est fatalement ûxée par sa naissance ; son origine le condamne à la plus obscure ou l'élève à la plus haute destinée; mais dans le système féodal il en était autrement. Quel que fût le désavantage dé la naissance » on n'était pas nécessairement parqué dans la condition oii le ciel vous avait fait naître. La terre était immobilisée , l'homme ne l'était pas. La société féodale était une échelle mobile où chacun pouvait s'élever jusqu'au plus haut degré ; rien n'empêchait qu'un paysan ne devint évèque, ou un soldat chevalier; seulementi à chaque échelon , le parvenu trouvait une nouvelle condition socialei condition nettement déter* minée^ ayant ses droits et ses devoirs particuliers, ses privilèges et ses obligations.

Ainsi, à la différence de notre aoeiété où tous les individus sont considérés comme égaux, la société ieodale était comme une fédération de communautés différentes et superposées les une» aux

47é Um I. — GOLOniBS.

autres ; chacune ayant son organifiation, ses lois, ses magistrats.

Le baron, par exemple , dépendait du roi, il lui devait foi» hommage et conseil ; mais son sei^ vice était réglé par la loi , et s*il était accusé, il ne pouvait être jugé que par ses pairs.

Le chevalier dépendait du baron, comme le baron dépendait du roi ; le vilain , aussi jugé par ses pairs y suivait la coutume du manoir; l'Église^ l*nniver8ité» les communes étaient autant de cor- porations libres, mais relevant du roi ou quelque^ fois des barons , et elles avaient également leurs lois et leurs privilèges.

En un mot , tandis qu'aujourd'hui nous poursuivons partout et à tout prix T unité dans la condition sociale et dans les institutions, à cette époque tout ( Uiit variété et diversité. Non-seulement toutes ces corporations avaient une organisation différente ; mais dans la même catégorie , deux villes, par exemple, n'avaient pas toujours les mômes privilèges , et dans une même ville on rencontrait une foule de corporations industrielles ou commerçantes dont ehacune avait ses libertés particulières.

Rien de plus divers que toutes ces coutumes , tous ces usages, et c^est pour cela, Je le dis en passanty que tous les systèmes , tous les régimes ont eu leur justification ou leur condamnation dans le moyen âge ; on y trouve tout, mais- à l'état de mélange et de confusion.

XVm« LEÇON. — ORGANISATION CIVILE. 477

Dans iiii tel régime où chercher l'égalité? Fer* sonne n eu avait le désir, ni même l'idée. Comment reût*on conciliée avec Tidée de hiérarchie» et surtout de hiérarchie héréditaire? Le beau idéal ce n'était point une société uniforme , mais au contraire une société si bien ordonnée qne chacun y trouvât sa place suivant sa naissance , ses services et ses mérites, quelque chose comme la hiérarchie ecclésiastique , image elle-même de la

Liéiarchie céleste. C'est le con traire de Técalité.

ïoutelois , ne concluons pas de ià que dans le régime féodal il n'y eût point de place pour la li« berté ; ce serait le juger avec les préventions de nos pères f préventions justes à une époque où de ce régime ne subsistaient plus que les abus , mais injustes quand on étudie le système féodal du mf siècle, c'est-à-dire le régime d'une so* ciété qui réclamait une semblable organisation.

Sans doute la liberté d'alors ne ressemblait pas à ce que nous appelons aujourd'hui de ce nom ; il lui manquait ce caractère de généralité qui pour nous lui est esseutiei ^ il n'y avait pas une liberté, mais des libertés, le mot dit tout; la liberté était 1111 privilégié ; niais pour ii\!'tre pas aussi répandue qu a présent eila n'en existait pas moins^ et mftme j'oserais dire, en empruntant une des

iiiics observations de Burke , qu'elle était d'autant plus grande pour les uns qu'elle était fondée sur rassèrvissement des autres*

41% UYRE I. — COtONDS.

Aien de plus libre et de plus indépendant, par exemple , que ces grands barons qui formaient le

conseil du roi, et ne pouvaieut être jugés que par leure pairs* Rien de plus indépendant que ces chevaliers dont le service était nettement détmniné par rbommagey soldats volontaires qui pouvaient toujours répudier l'obéissance en renonçant au lieL

Et m^e , en descendant plus bas , il faut bien se dire que cette organisation étroite des corpo* rations donnait au plus humble des individus des garanties (|u'iiii Ijourgeois isolé , sans appui et sans défense, ne trouvait point sous François i*' ou sous Louis XIV. Ce n'était pas chose aisée que de mulesLcr le bourgeois d une ville de commune , le clerc admis dans l'Université, le moine ou ie prêtre sous la protection de Tabbé ou de révèque : à l instant en effet se dressait devant l'oppresseur une corporation blessée dans ses privilèges, et avec laquelle il fallait compter. Les plaintes per« pétueiles de TUniversité contre le prévôt de Paris à cause des étudiants^ prouvent assez combien ce grand corps était jaloux de ses droits.

Ainsi cette organisation qai nous surprend par son caractère étrange n était rien moins qu'un despotisme; au contraire, la liberté y était en mille endroits, cachée, il est vrai , sous le nom de privilège. Pour enseigner, par exemple, il fallait appartenir à rinivcrsité; mais dans ri niveisilc régnait la liberté la plus complète. Tout docteur

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