‹ Histoire politique des États-UnisChapitre 117 sur 126 · IVUI* LEÇON. — ORGANISATION CIVILE. 47D · texte numérisé non relu

IVUI* LEÇON. — ORGANISATION CIVILE. 47D

pouvait £aire un cours , et rorgauisation qui fait aujourd'hui la prospérité des Universités d*Alle<magne n*est qu'un emprunt des règlements de rUniversité modèle de Paris, avant que Louis XiY D*6Ût confisqué la liberté d'enseignement après tant d'autres.

Également la liberté de la parole n'existait guère que dans TÉglise; mais là elle était complète, et rien n égale la hardiesse des évêques et des momes du temps.

Pour être quelque chose dans la commune , il fiallait appartenir à une corporation ; mais une lois bourgeois on n'avait point de supérieur, et la coiniiuine cluit une république souveraïue qui s'administrait par elle-même*

Enfin, s'il faut juger une époque par ses ibuvres, n^oubiions pas que nous devons à la féodalité le jury et le gouvernement représentatif. Rien de pareil n'est sorti d'une société dégradée par le despotisme.

Le jury se trouve chez les Grecs et chez les Romains, car en tout pays libre on a senti que

pour éviter l'oppression il lallait remettre la justice criminelle aux mains des citoyens; nws c'est au moyen âge que nous devons l'idée du jugement par les pairs ; c'était une conséquence de la hiérarchie de la société. Chaque condition, barons, chevaliers ; bourgeois ou vilains, avait ses pairs , et on ne voulait point d'autres juges, lies prendre

plus bas eût été nn déshonneur; les prendre plus

liûut eût clé un ilan^iir. La liberté trouvait sou compte à cette mslitutioo.

Quant au gouvernement représentatif, il est visible qu'il est sorti du régime féodal. L'idée de représentation était inconnue aux républiques de Grèce et'dltalie. A Rome, on avait trouvé dans l'orgaoïsatiou des centuries un moyen très-ingénieux de régler la puissance électorale , en tenant eompte de la fortune et de l'âge ; mais on nj a jamais couuu ces déiégaiions du pouvoir qui nous sont &miUères. La représentation ne pouvait sor> tir que d*un régime où des corporations souveraioes envoyaient des fondés de pouvoir comme mandataires des intérêts de la communauté. C'est à ce titre que paraissaient les évêqiies et les abbés ' dans les conciles. C'est à leur imitation que se formèrent les états généraux en France et le parlement en Angleterre. Nos trois Klats sont l'expression d'une société hiérarchique, où les serfs ne sont point encore admis. Le parlement anglais offre le même spectacle, sinon qu avec plus de fidélité aux idées féodales « prélats et barons sont confondus dans un même conseil pour assister le roi.

Le système féodal avait , nous TaTons dit, hiérarchisé les terres non moins que les personnes; il avait immobilisé la richesse et la puissance; aussi la hiérarchie survécut-elle aux causes qui l'avaient amenée f et quand la féodalité n*eut plus

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de raison d'exister comme iûstitation militaire, . se transfonna^t-elle en arisiocràtie.

Peu à peu la terre noble fut délivrée des charges militairefl qti pesaient sur elle , et pour l'Angle^ terre cette réforine eut lieu sous Chartes H; mais le sol conserva ses privilèges, et garda la suprême influence dans rÉtat. Le goUTernéinênt n>n fut paà 'moinÀ'^in W6nô{jolé'efa'tfe'le8'taiftin8 des nobles, de rÉglise et des aiitres grands propriétaires ; le règne dé Tarîslbtîratie 'terrieiiûe remplaça l'empire dé la chevalerie.

îl resta donc à la société anglaise un caractère hiérarchique, qui excluait Tégalité, et au moment où se fit rémigratlou d'Amérique, les privilèges de la noblesse et du clergé, la différence du boui'geois et du vilain , moins sehstbies qu'autrefôfë, étaient cependant loin d'être effacés. Si ces distinctions ne reparurent pas en Amérique, c'est qu'elles* trouièifeiit silr ce sol nouveau une résistance qu'elles ne purent sùrmonter et dont nous cbérc1ie)*onÉ( pldé loin leè causés.'

Dans la métropole', cette féodalité 'civile fut si peu atteinte par la révolution qu'elle y subsiste encore; bien qu'affaiblie, et c*est assurément un spectade étrange que le peuple de l*Europe le plus libre par ses lois et son génie soit en même temps celui où Tidée de hiérarchie ait le plus de force, où rideo d'égalité ait le moins de faveur dans ropinion.

Ne croyez pas, en effet» que les idéee de 1789,

si populaires chez nous, soient reçues à Londres comme des axiomes qui ne souffrent point de discuBsion; de l'autre côté du canal on n'admet point que r égalité soit une des bases de la société. Tout au contraire^ des institutions qui nous semblent mauvaises, le droit d'aînesse, par exemple, et la concentration du sol, sont défendues par les économistes aussi bien que par les hommes d'ÉtaL Et leur grand argument, c'est d'opposer à Tagriculture florissante de T Angleterre la culture moins productive de la France, causée, suivant eux, par la mobilisation et Témiettement du sol , par l'absence de capitaux, en d autres termes par l'égalité de nos lois de succession.

Au fond, dans récole anglaise, l'égalité est considérée comme un principe destructeur de la liberté, car, suivant les politiques d'outre-Man-> che, la liberté vil d'ordre, et il n'y a pas d ordre sans hiérarchie. Les plus modérés en sont aux principes que Milton met dans la bouche de Satan passant la revue de l'armée infernale :

c< Fils du ciel, sinon tous égaux, du moins tous libres, tous également libres, car les ordres et les degrés ne jurent point avec la liberté, mais tout au contraire s'accordent avec elle^ »

-.1, Aod if uol equall ail, y et frce,

EquaUy free, for orde» aiiU degrees Jar not wtUi llbeity, but well consUt

{Parad.(atf,lMèkV.]

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PMcal 8*indignait qu*ane montagne changeât les idées de justice : vérité au deçà des Pyrénées , disait-il, erreur au delà $ vous voyez qu*un bras de mer ébranle les principes politiques qne nous croyons ios plus sûrs.

D*où vient cela? interrogeons l'histoire , elle nous donnera le mot de cette énigme.

Quand Hugues Capet se fit couroiiuer^ c cîait le seigneur d'un grand fief, mais le reste de la

France appartenait à une foule de barons libres , indépendants, toujours en guerre ou en pillage. 11 fallait une force supérieure pour imposer silence à ces passions brutales , pour arrêter le morcellement de la société et du pouvoir; cette force fut la monarchie. Aussi ^ dès le premier jour^ dans les villes comme dans les campagnes, y eut-il union du peuple et du roi pour débarrasser le pays dé cette noblesse qui l'opprimait. A Taide du droit romain, des légistes et des parlements, la royauté abattit l'aristocratie, et nous conduisit à l'égalité par le chemin du despotisme. C'est ainsi que la monarchie a été populaire en France , tandis que la féodalité y est restée odieuse, car nous en avons surtout connu les abus, sans compter qu'elle a été calomniée comme tous les partis vaincus*

L'Angleterre n*a jamais formé qu'un seul fief. Dès le jour de la conquête le roi a été toutpuissant, sans rivaux, le supérieur hiérarchique avoué de tous. C'est lui qui a pesé sur le peuple

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meat le chef d'une compagnie de briga&ds devint cheyalier banneret Ce que nous nommouB le préjugé nobiliaire, cet esprit d'exclusion, qui repousse un homme de talent par cela eeul qu'il ne doit son illustration qu'à lui-même, qui marchande à Catinat le cordon bleu, à moins que le général ne fasse preuve de noblesse en se parjurant, cet esprit qui fut si fatal à la noblesse fran- Çaise, en conjurant 1 opinion contre elle, a toujours été étranger aux lords d*Angleterre. Nous les avons vus accepter pour chefs des hommes sans aïeux ou de noblesse toute récente , Wellington , un Irlandais» Canning, fils d'une actrice, Brougham, un avocat, Robert Peel, le dis d un lilateur.

Cette façon libérale^ éclairée» d'entendre le ph- Tilége, a fait de tout temps la gloire et la force de l'aristocratie anglaise ; en tout temps on est arrivé par l'Eglise» par TUniversité, Tarmée» le barreau, les charges municipales; c*est la politique même qu'on suivait à Rome quand on admettait dans le sénat tout magistrat élu par le peuple , quand on donnait le droit de cité à tout allié latin qui » dans sa communCy avait rempli des fonctioui^ municipales.

(Vesi ainsi que d*un ennemi on se faisait un ami » et une force d'un danger*

Faut-il s'étonner si cet arbre qui dia(|ue jour fa .puiser dans le sol une sève nouvelle conserve toute sa mi^esié et toute sa grandeur? Faut- il

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s'étonner que raristoeratie soit respectée par un peuple qui ne connaît point une gloire nationale

en dehors de sa noblesse?

Ënfin , une dernière raison qui explique coin* ment raristocratie n*a rien perdu de sa puissance, c'est qu'elle a immobilisé la terre entre ses mainsi et à la terre sont attachés des privilèges considérables : le patronage ecclésiastique , la justice, l*administration,

L'Église, la noblesse et la gentry, c'est-à-dire un nombre limité de gentilshommes, possèdent le sol de r Angleterre, et la loi est calculée pour que rhéritage ne sorte pas de leurs mains et passe à leur postérité.

Le monopole de la terre est ce qui constitue la véritable force de Faristocratie anglaise. C'est le plus sérieux obstacle au règne de l'égalité. Grâce au droit d'aînesse, le sol ne se divise plus ; grâce aux substitutions il s'accumule dans les mêmes familles, si bien que chaque jour la concentration augmente et le nombre des propriétaires diminue.

Avant la révolution française, on comptait deux eeni cinquante-six mille propriétaires en Angleterre et (]aiis le pays de Galles, et ce nombre, déjà fort exigu à le comparer au reste de l'Europe, était réduit, en 1816, à trente-deux mille'^ pai mi U squels il y avait plus de six mille corporations* £n 1831 il y avait une diminuâon

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