‹ Histoire politique des États-UnisChapitre 118 sur 126 · LfVEE 1. — COLOmSS · texte numérisé non relu

LfVEE 1. — COLOmSS

notable et qui depuis lors ne s^est point «rrètée; c'est unexoQçéquence forcée de rimaiobiii|rftiOD. DeTtnt la formation de ces ^grands dogf^inea, le petit propriétaire disparaît ; le fermier n'est plus qu'uQ entrepreoeur d'indusfne, .qpi.dôpeud tout à fait du maître du 8<^l; le labou^ur qui en France tend à devenir propriétaire, n'est (^e Viuitre côté de la Manche qu'un mercenaire, comme Tou- ▼rier de manufactures; la propriété qui .chez i^ous émancipe 1 homme des champs, là bas lui est mjaccepible^ et ce ne sont point guelqges m^séra* bles économies de caisse d*ép^rgne qui lui per* mettront jamais d'atteindre à ces doniainçs que chaque jour retire du commerce et ^if^i|tijk^e au profit de c[uelques familles qi^i ^rafidissent. Cest ainsi qu'en dehors des villes toute T^inflij^ence je^t eiVtrp les inainp d'un petit nombjreçlp {|içoprijé,ta^s fopcietrs.

Le progrès toujours croissant (Jç i'ind^i^strie, la multiplici^tion rapide ie la fortun^ n^oj^ilièra trompent sur le carfictère dangereux ,de ce |*égiroe qui perdit la société romaine i et il est ju^^ de reconnaître que le péril n'e^t pa^ le cçi,ème aujourd'hui. En temps de paix , çous un gouvernement librç et r^ulier, dans une société qji^i travaille» la propriété mobilière est sii^on aussi durable» du moins aus^i sûre quç la pri^piy^çté foncière; la terrç n'est plus .qu'un^ liclff^ g^f^cpl^i^re dont le monopole n'empéphe ppfnt |a ^ïBi^^n

XTin* L8C0R. — ORGANISATION CtYILI. 4S0

4es autres riehesses. Le flot des .valeurs mobilières, montant tous las jours, •védoit'deifihis en plus Timportance du sol ; ra^riciillupe se confond avee i'kidustffiei ou peut«eroife que daos une,6itiiAtionttout6 nouvelle -on n*a rien à^graki'dre des malheurs d auti^efois.

Ge pas rinstaot de discuter ^laSiOoiMiéquenees économiques et politiques de ce système ; je le crois mau.vai§. .On détruit iiiosi ceèle classe de Lebouseurs piK^riétaiveSy.qm^ au m<^en 'Age, a lait la force de TAngleterre, et /qu'on a tou* jours considérée comme le nerf /de l'État. La moitié p.uJi»Uque .est atteinte par cette ^consAitulion artificielle d'une classe de gens {orcément riche , ^«qui^^ vertus ^t se3 alUaacesiprotiteni tou|our8f

4|ui ses fautes ne nuisent jamais. £'est une

mauvaise chose (|u'un monopole; mais il e^st douk)finuiui {SsLtsà quaud il place 1 apûaeiioe et le pcMi- Toir «autre part qu'entve :Ies Boains de tHi^pme parvenu par, son travail et sa capacité,

Jtaifif }e le répète » je n'entends fMttnt jHflsr» efi ce .momenky jasi système consscsé par tes*» peot et la prospérité d'une graodis nation^ ce que j*ai touIu mottUnsr par rjesem^ do l'Angler terre, c*estyeomme|it l'égalité n*est pas mm eondi* lion essentielle de la liberté, car tout au oontraire, de Tautits oôté de la Manehe, om pmme véoniss

reïtiême liberté près de l'extrême inégalité. Comprenez maintenant pourquoi l'Angleleire

prête aux jugemente les plus divers, suivaai le /point de Tue où se plaee celui qui Tétudie.

Cherche-t-OQ ce qu'a donne le principe de la liberté; on trouve un pays admirable. 11 n'en est point où la liberté des personnes soit mieux garantie contre le pouvoir et plus ménagée par Tautorité; il n*en est point où le respect de la propriété soit plus grand. Le citoyen anglais est plus libre que le citoyen français, et sa persouoe Bt ses biens sont mieux protégée qu'en Amérique. On pourrait dire que l'extrême inégalité y fortifie la liberté de toute l énergie du privilège.

Mais si c'est Tégalité qu'on chercbe en Angleterre, le spectacle clian^je , et c'est à se croire retombé en pleine féodalité. L'égalité, elle n'est nulle part Dans la société comme dans TÉtat, dans les mœurs comme dans les lois, fmit est «lassé, tout est placé par échelons comme au temps des croisades. Ouvres un journal : la noblesse y tient une place à part ; ses oianages, ses paissances, sont un événement public. On y tient compte de ses fttes et de ses réceptions. Depuis deux siècles, en Europe comme en Amérique, tout a été vers l'égalité ; mais il semble qu'en Angleterre tout soit immobile, et que ni la noblesse, ni l'Eglise n'aient perdu un de leurs privilèges. Les apparences (car je crois qu'il n'y a que les apparences) sont restées les mêmes. Rien n'a marché que la liberté.

XVIII" LEÇON. — ORGAiNiSATKhN CIVILE. 49i

N0U8 avons vu une société libre» fondée sur

Tinégalité, et qui fait de cette inégalité même une condition de la liberté. En Angleterre, et ailleurs, on s*appuie de la triste expérience de nos révolutions pour démontrer rimpossibilité du système que nous poursuivons. Heureusement, l'Amérique nous prouvera que l'égalité peut se développer au grand avantage de tous , sans que la liberté en souffre. Un tel exemple est fait pour ranimer notre courage , et nous donner une foi nouvelle dans les principes que nos pères ont proclamés.

DIX-NEtIVIËME XÈÇON.

IKSUMK DE L'OBCiKlSÂTIOKfFÛLlTlûDE ET CITIU DBS COLOUIBS.

Messieim»

Four mieaz edinpMi4f« 1b pm^pe d'é|^Kt6

aux Etats-Unis, pour le distinguer du principe de liberté avec lequel on le confond trop «duventy nous avons fait une excursion en dehors de T Amérique, excursion assurément permise, car c est ^ TAngleterre que nous ayons étudiée ; c'est k ce pays où Tégalité ne règne ni dans les lois, ni dans les mœurs que nous avons demandé ce que pouvait donner le principe de liberté abandonné à lui-même et sans mélange etran|E^er.

Ko même temps nous avons cherché quelles causes ont empêché de se développer en Angleterre ce principe d'éfj^alité, qui tient au fond de la nature humaine , et qui triomphe par le seul progrès de la ciTÎlisation , quand des obstacles extérieurs ne s'y opposent point. L'histoire nous a révélé pourquoi sur ce sol conquis par Guillaume il n*y avait point eu de place pour Tégalité , et comment tout au contraire c'était la hiérarchie d'une armée qui avait ordonné les hommes et les

Xa* LEÇON. OaailNiSATiON CIVILS. 4tl».

ICTFM* NoQt aToot vu que peu é p«u oelle liMbH

iité s atait non point détruiie mais transfocmée eu amtoewlie^ le seul régime qui soit inoompstiU» avee Tégalité (car la mooarehie 8*en est sçuTont accoauaodee.)^ et enfin je ^voiia ai dit comment dèi le premier ;joiir une- noUeeeo .babUe.*et*.p#t • triolique avait lié assez ctroi le ment son intérêt ii. celui de. la nulion, pour ^ aujoufid'hui même/i ropinioft, aqMÎ .bienuque «la ecienee;,- défeaie une organisation politique qui repousse l'égalitéy. maie qui a. donné à T Angleterre^ jaa de€lana*iuie> liberté eomplète^ an dehoreune pniaeaiieeinfiniey' Tempire du comiiierce et des mers.

L'Améiiqiie^Ya noua ofibir un tout autre «pee»' taele; dès le premier jour nous y verront Tégnet*- Tégalité. Ce ne fut point de parti pris que iesémii grants rétablirent; tout an eontraire» ila«élaMnt« assez imbus des idées anglaises pour n*aecepler qu'avec dciiaoce ce r^ime inconnu. Ce lurent les eireouetaueesy les nécessités du premier établis-*sèment qui firent nsdtre et maintinrent partout 1 égalité*

En ea*peîntt sans •doute ^ la religion eut^uno i

grande action, et îe puritanisme tourna de bonne beure les idées de ce càté ; mais peutrâtre ja' est-ce point là qu*il faut ebereber la cause «priucipalo qui fit triompher ce principe nouveau. Encore moins faut -il demander cette >cause> à quelque tbéorie politique. Il n y eut rien de prémédité/

494 LiVhË 1. — COLONIES.

riw de systémaliqaa dans loriguiisatioD de ia

société américauiL' ; l'r<zalité n'y fut pas comme chez nous le résultat prévu de certaines doctrines que la philoBophie a fait passer de la scieQcedans les lois. L'égalité s'établit naturellement en Amérique, comme la féodalité s^était établie uatureiiement en Angleterre six siècles plus tôt. La nécessite y eut plus de part que la sagesse humaine.

Le fait capital qui a donné à la soçiété anglaise ee caractère tout particulier de subordination ^ d'iiiérarchie, c'est au fond l'inégale divisiou du sol f inégalité maintenue , renforcée par la loi.

Le fait capital qui a donné à la société américaine ce trait distinctif qui la sépare de la société anglaise : c*est l'égale distribution du sol; et cette égalité fut dans l'origine Teffirt naturel de la oolonisatioQ.

En arrivant dans le nouveau monde en n'y

trouva pas, comme en Angleterre, une population nombreuse, attachée au sol, laborieuse comme étaient les Anglo^Saions; tout au contraire, on ri eut affaire qu à une poi^^née de sauvages, si étrangers à la civilisation des vainqueurs qu'il ne purent Taccepter et disparurent devant les émi* grants, laissant le champ libre à l'activité de nouveaux venus.

De cette différence dans la condition des deux établissements devait sortir la diUérence des deux sociétés*

Xn* LEÇON. — ORGANISATION CIVILS. 495

Si f comme en Angleterre, le sol avait été occupé par un peuple agricole , il y aurait eu sans doute assojetiiseemeat des Taineus, et chaque

conquérant fût devenu un propriétaire féodal , ayant des vassaux et des serfs ^ dont le travail eût fourni à ses besoins et à ses désirs. Certes t dans celte organisation, rien n'eût gêne 1 orgueil et l'audace des premiers aventuriers; rien n'eût choqué les idées d*un Raleigh, et plus tard.d'an Clureiidoii ni d'un Shaftesbuiy, puisque Lotke, dans sa charte^ imaginait encore une société pareille. L^inégalitéy la subordination des propriétés^ leur maintien dans les mêmes familles, c étaient la des idées favorites de l'époque et que n'eussent point repoussées les émigrantSi ceux du sud snr^ tout, dont un grand nombre était allié aujL meil^ leures familles d'Angleterre.

Si dune ce régime ne s'établit pas, c'est qu'une cause naturelle 9 plus puissante que les idées ou les préjugés apportés d'Europe, s'y opposa eom-> plétement.

Cette cause t c est que le pays était un désert et une forêt. Pour en tirer parti, force était de se faire bûcheron et laboureur. H n'y avait point, comme en Angleterre au temps de Guillaume, des domaines tout cultivés , dont on avait chassé ou tué les maîtres, et qui n'attendaient qu'un nouveau possesseur; il n*y avait point de serfs prêta à travailler pour le conquérant, et à enrichir de

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leurs Btietlrs'qifelqiieB béiMQ)f 'pmilégféir. Il fàllut reprendre les choses à rorigincy et si od peut employer cetttf etpression, il fallut reeotiimeiicer la société. Dans les premières pages de la Bible; vous pouvez lire l'histoire des premiers temps de rAmérique. Chacun , noblé on rofurîer', ptii la hache et la charrù'e, se nourrit, se loirea, se vêtit de ses propres mains. A ce métier, un homme en ▼aat un autre ; l'égalité estforeée; et il est diffidile d*adrfiettre qu'entre gens qui travaillent de leurs mains on att jamais tenu grand compte de la naisaaiMie et du rang.

De cette condition du soi résultèrent deux effets favorabiee à l'égalité. D'abord, la terre fut assez également dif isée i c*fest un eflbt de la cAllure personnelle. Une divi^^ion inégale suppose q non peut disposer des bras d*autrui. £n second lieu, il n*j eut point comme -dans notre société des propriétaires et des fermiers; la propriété étant accessible à 'tous , souvent même offerte gratui« tement, qui donc eût consenti à travailler pour autrui^ Dans un pays sans industrie , sans commerce, sans pef»u1ation, aans débouehée, qui

donc eût partagé avec le mattre d une terre sans valeur; qui donc n'eut pas garde pour soi des fruité entièrement dufi^•à son propre travail?

Quand les colonies se séparèrent de la métropole elles étaient loin d'avoir mis en valeur leur domaine primitif, et elle» n^avaient pas enenre

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toucbé à cet empire de Touest qu'elles yenaient de conquérir sur les Indiens et les Français. Ces

terres furent cédées au gouvernement fédéral ^ et depuis cette époque , malgré le flux immense de rémigration, on n'en a vendu que la moindre partie. Ainsi, Qon - seulement aujourd hui iÈtaiS'Ums sont uu peuple de propriétaires^ qui cultive de ses propres mains , mais on ne peut pus prévoir le moment où cette condition s' allé* rera; où^ par conséquent, Tinégalité pénétrera dans les mœurs avant de s iutroduire dans les lois. Peu importe qu'il y ait des fortuues priucières dans quelques grands centres de commerce, îi Boston, ù New- York , à Philadelphie; ce sont là des faits isolés et sans portée. Ces riches négociants ne peuvent pas donner le ton dans un pays immense, où il n'y a point même de place pour ce que nous nommons le gentilhomme campagnard , où le nom de fermier (farmer) désigne non point celui qui cultive la terre d autrui, mais un propriétaire indépendant.

Pour bien apprécier combien cet homme doit aimer régalilé, faisons son histoire. Voyons les difficultés qu'il lui faut vaincre pour être propriétaire f sa vie dans le domaine qu^il a conquis par son travail, le secours qu il attend de ses semblables et de rÉtat; nous comprendrons alors quel fut Tesprit des premiers émigrants. Les siècles eu passant ont sans doute altéré les mœurs 1. »i

49ë UYR£ 1. — COLONIES.

•I les îdé6i; mais la Datore est la même, la latte

avec elle n'est pas moins rude , par conséqueut la conolttsion qae noas tirerons sera légitime.

Sopposeï donc un émigrant qui veut s'établir dans rOuest avec sa famille : il part, il emmène avec lui quelque bétail, quelques outils, quelques provisions, toutes ressources qui manquaient au début de la plantation. Le premier soin du nouTeau colon est de chercher l'endroit oii il veut s'établir; il s'adresse donc au Regis^ Irator des terres publiques , afin de connaître les terres qui sont à Tendre dans le comté. Ces terres sont arpentées et divisées par tonte l'Amérique, suivant un système uniforme et qui rappelle en plus d'un point le droit agraire des llomains. On sait que chez les Romains, quand il s'agissait de partager les terres publiques (et c'était là le but des Leges agrarim) des arpenteurs, ou agrimemores tiraient suivant une certaine orientation, ordinairement du nord au midi, une ligne droite, nommée kardo^ coupée à angles droits par une ligne transversale nommée decumanus; puis, traçant une suite de lignes parallèles à ce kardo mawimus et à ce decumanus maximm^ ils partageaient le soi en un certain nombre de carrés ou centuriei, qu'on assignait ensuite aux colons.

Il en est do uicme en Amérique; les arpenteurs tracent un caiTé, ayant de côté six milles anglais, ce r|ui donne une surface de trente^-six

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milles earrés. C'est là ce ioivnship y doiït nous aTons parlé plus haut, comme étant l'unité communale aux État8-Unis^ Le iownship est à son tour divisé régulièrement en trente-six carrés moindres y dont cl),aeun contient six cent quarante acres. Chacune de ces sections porte sur le plan un chiffre, et la seizième est réservée poUr subvenir plus tard aux frais de Técole. Gha* cune de ces secttons est ensuite subdivisée en quatre et quelquefois en huit parts de cent soixante ou de quatre-vingts acres.

Le prix de l'acre, qui se paye comptant, est de un dollar un quart; ainsi, pour cent ou deux cents dollars I c*estrà-dire cinq cents francs ou mille francs, Témigrant peut se trouver pmpriétatre d'une terre qu'il a lui-même choisie et qui comprend trente*deux ou soixantO'^quatre hectares.

Mais cette terre, qu'on lui vend à si bas prix, dans quel état la trouve«t-il ? et que lui re8te-t*il à foire? C*est ici que commencent des difficultés sérieuses et devant lesquelles un Français recule presque toujours.

Cette terre, c'est une forêt vieille comme le moûdcy c'est un pays perdu, loin de toute habitation, sans aucune ressource ; il faut que Témigrant se sufû.se à lui-même, fasse tout par lui-iiieme, n'attendant rien ni de l'État, ni des hommes.

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