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qii*ime charte soit viable , il faut que le gouvernement qu'elle établit réponde aux idées , aux besouiâ, aux préjugés mêmes de la nation; son mérite n'est point absolu ^ mais relatif. Les lois les plus parfaites pour Athènes, disait Selon , sont celles qu'Athènes peut supporter; et, si je ne crai* gnais rapparence du paradoxe, Je dirais qu'une constitution est d'autant meilleure qu'elle est plus nationale, c'est-àr-dire qu'elle couvient plus exclusivement au peuple qui vit sous son empire; en d autres ternies, que la plus parfaite est celle qui, dans sou ensemble, serait déplacée dans un antre pays.
La constitution de l'Angleterre est profondément anglaise. C'est la loi non éehte d'un peuple qui cbérit la tradition, et qui, alors même qu'il poursuit une réforme, se tourne avec confiance vers le passé et demande des leçons à l'histoire plut6t qu*à la philosophie : elle résume toute la vie de la nation. Transportée sur le continent, c'est un arbre détaché du sol natal et qui, maU gré sa séve originaire, dans un terrain et sous un climat étrangers, donne des fruits avortes, se de»» sèche et menrt*
11 en est de même de la constitution américaine. Son esprit est plus général que celui de la loi anglaise» et se jffète mieux à l'emprunt et à l'imitation ; elle est plus près de nous . comme la société americau^ est plus près de notre so-
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ciété démocratique que ne peut l'être i'aristo* critique Angleterre; mais néanmoins e^est un fruit du génie américain , et ce serait s'exposer aux plus étranges méprises que de la juger ou de Timiter avant d'en connaître Thistoire et la généalogie.
Il nous faut donc étudier sommairement la si* tuation politique des différents États de l*Union
en 1789, au momeut où ils adoptèrent la constitution fédérale.
Ceci nous amène naturellement à placer avant l'exposé de la constitution l'histoire de la révolution de 1776. 11 nous faut eonnattre quelles épreuves traversa la confédération jusqu'au jour où la faiblesse du gouvernement en vint à mettre le pays en péril , où, Texcès du mal amenant enfin le remède, les États abdi(]U( lent une indépendance illimitée pour accepter les institutions modératrices auxquelles l'Amérique doit sa grandeur et sa prospérité.
Il y a, du reste, une leçon sérieuse pour nous dans rhistoire de la révolution et dans les essais tentés par TAmérique pour asseoir son gouvernement sur des bases durables; nous y verrons au vif les difficultés inséparables d'un établissement nouveau, ce qu'il a fallu de prudence et d'énergie, de patience et de résolution pour fonder ce grand édifice. Cette histoire sera comme un^ miroir daus lequel nous pourrons nous re-
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connaître, et la comparaison des moyens qu'employèrent les législateurs américains pour fermer la réTololion , et de ceux auxquels nous avcms
eu recours m France, ne sera certainement |)as la partie la moins curieuse ni la moins utile de nos études.
Mais nous ne pouvons même pas en rester là, et je n'étonnerai point ceux qui sont fusiliers avec les études historiques en disant qu'il faudra remonter plus haut que la révolution de i7T6« si nous voulons la comprendre.
Accepter cette révolution comme un aceident qui n aurait pas eu de raison d'être, comme une émeute fortuitement excitée par Tavidité fiscale du gouvernement anglais, supposer qu'après la victoire les Américains, étonnés de posséder una liberté à laquelle rien ne les avait piépsrrés, seseraient, comme des eselaves subitement affranchis I donné une constitution toute nouvelle, une œuvre d*art créée, improvisée par les politiques du moment, œuvre sans passé et sana racine» ce serait nous condanmer par avance à ignorer Tesprit des institutions que nous venions étudier.
li suûit de connaître sommairement les causes de la révolution américaine pour toucher au doigt
cette erreur
1. Coof. hd. Everett, Orations and Speechet. Bo<>lon, 1850, U I, p. 106.
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Poarqnoi «'est faits la révolution de 1776? Est-ce la Tiolence on la tyrannie de l'Angletem
qui Ta causée? Non; radmimstratioii de la métropole n'était rien moins que despotique; elle gênait Bans doute le commerce et Tindustrie des colonies par un faux système ; mais elle ii opprimait point les individus; la prospérité toujours croissante des plantations en était la preuve évidente.
La cause Téritable de la révolution fut que le
peuple américain, maître de ses destinées en fait, voulut rètre de di-oit^ ou du moins ne voulut reeottnattre à TAngleterre qu'une suprématie nominale, et qui, s y iul-elle résignée, u auiail sans doute pas duré longtemps. La révolution se fit pour un principe , et ce principe , o*est une question de souveraineté. L'Angleterre prétendait que le parlement anglais, représentant Tempire britannique tout entier, avait droit de taxer les colonies; les Américaios, au contraire, affirmaient que taxation et représentation sont deux termes inséparables ; que , les colonies n'étant pas représentées dans le parlement, celui-ci ne pouvait disposer de leurs biens sous le nom d*imp6t, et que, par conséquent, e^était aux seules assemblées coloniales qu'il appartenait de voter les taxes.
Cette indication de la cause principale de la révolution vous montre combien ce peuple était avancé daus la pratique de la iiberle , et combien
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il est néeessaira de eonnattre son hiiloire pour
saisir le géuie de sa l€gii>iatioii*
AioiidoQC, il noue faot remonter à Thigteire des colonies depuis leur fondation^ dans le xtii* et le xYiii^ siècle , et suivre ce récit Jusqu'au moment de la rsvolaiion. Cette histoire ne sera pas trèslongue , et un instant de réflexion nous en mon» trera l utilité*
Quand on parle des États-Unis, on est sons Tempire d'une illusion concevable, mais contre laquelle il faut se mettre en garde* Ce nomd'Amérieain nous trompe par sa date récente; et^ comme
le pays est nouveau, iioub supposons aisément que les institutions sont nouvelles; c'est une grande erreur, et il ne faut jamais oublier que ce sont les ilnglai:^ qui ont émigré en Amérique laissant dans rUe natale le clergé et la noblesse, double débris des temps féodaux. Les institutions de TAmérique ont donc une raciue des plus profondes, une origine qui se perd dana la nuit des temps. Elles datant nen pas de 1776 , mais de la grande charte du roi Jean ; ce sont les vieilles libertés de rAngleterre» naturalisées sur un sol vierge , et qui , n^étant plus gênées par Tombie de la iéoiialite, ont poussé avec une rare éuergie. ' tes États-Unis, sont un empire nouveau, mais c'est un peuple ancien; c'est une nation euro*péenae, et dont la civilisation compte non par années , mais par siècles. Ce que nous nommons
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la jeunesse de la nation en est au contraire la virilité.
L'amour de la liberté n'est pas né rabitment en 1776 sur le sol de la Virginie, et les petitô-tiis des puritains de la Douvelle Angleterre n'ont point inventé la démocratie. La démocratie, ils l'avaient apportée de la mère patrie; et, avant que Locke eût écrit le Gmivemment civil et Rousseau le Contrai social, les émic^rants de Plymouth avaient tbndé une vraie république bous ce rude climat, où la liberté seule pouvait vivre. Le gou\ernement qu'ils avaient organise pour leurs besoins était bien autrement démocratique que tout ce qu'imaginèrent les beaux esprits d'Angleterre. Nous en aurons un curieux exemple quand nous parlerons de la Caroline , pour laquelle Locke écrivit une constitution. Noos verrous combien y en tait de politique, l'expérience est un maître sûr, et combien les planteurs de TA* mériqoe étaient en ce point supérieurs au philosophe dont ils admiraient le génie , mais dont ils repoussaient les ingénieuses utopies
L'histoire politique des colonies sous la domination anglaise y histoire à peu près inconnue en France, mais qui ne sera pas sans intérêt, ne fût-ce que par sa nouveauté, vous montrera à chaque pas combien la liberté est vieille