III* LEÇON.— ÉTABLISSEMENTS DES ANGLAIS
On sait bien en Améri(|ue et chez toutes les i].iLiuns, que notre gouvernement n'est jamais intervenu dans les relations qui existent entre les autres £tats. Nous n'avons jamais pris part k leurs guerres et k leurs alliances, nous n'avons pas essayé de conquérir leur territoire , nous ne nous sommes pas mêlés aux partis dans leurs dissensions intestines^ et tout en croyant que notre forme de gouvernement est la meiiieuxe , nous n'avons jamais essayé de la propager par des intrigues, par la diplomatie , par la force.
Nous avons le droit de réclamer pour ce continent
une pareille exemption de toute intervention européenne. Les nations d'Âinégque sont souveraines et indépendantes aussi bien que celles d'Europe. Elles possèdent le même droit d*étre à Tabri de toute intervention étrangère , de foire la guerre, de conclure la paix , de régler leurs affaires intérieures, connue elles l'entendent.
Le peuple des États-Unis ne peut donc pas voir avec indifférence que des puissances européennes essayent d'intervenir dans Taction indépendante des nations de ce continent. Le système du gouvernement américain est complètement différent du système européen. La jalousie des divers souverains, la crainte que l'un ne devint plus puissant que l'autre, a fait désirer en Europe rétablissement de ce qu'on nomme l'équilibre politique; mais il ne faut pas permettre que ce terme ait un sena pour le continent du nord, et en particulier pour les Kt;its-L'nis. Nous devons toujours inaintenir le principe que le peuple de ct t hémisphcre a st ul le droit de décider de sa propre destinée. Si une portion de ee peuple, consti* tuant un£tat indépendant, propose de s'unir à notre confédération, c'est une question à décider entre ce peuple et nous, sans intervention étrangère. Nous ne souffrirons jamais que les pui&>anccs d'Europe interviemieut pour emt. 5
pêcher une telle union, sous prétexte que cela dérange la balADce des pouvoirs qu'elles désirent maintenir parmâ nous.
Il y a près d*un quart de siècle que dans le message
d'un de mes prédécesseurs (Munroe), fut distinctement annoncé au monde ce principe, que les continents américains, par la position libre et indépendante qu'ils ont prise et qu'ils maintiennent, ne doivent plus être considé* rés désormais par les puissances européennes comme un pays ouvert à des colonisations nouvelles. Ce principe doit être maintenu avec une eut ij^ne bien plus ^q-ande encore, si c'est dans TAmérique du nord qu'une puissance d'Europe essaye d'établir une nouvelle colonie.
Dans les circonstances présentes II est à propos de réitérer, d'affirmer une seconde fols le principe émis par M. Munroe, de déclarer ( oinhien j'en avoue la saize politique. Nous respecteroDs» tous les droits existants des nations européennes; mais pour notre sûreté, dans notre intérêt, la protection de nos lois doit s*étendre par tout notre empire, et nous devons annoncer hautement au monde, comme notre politique certaine, qu a 1 avenir, aucune colonie européenne ne s'établira de notre aveu sur une part quelconque du nord de l'Amérique.
Compreaez biea toute la graviU de cette politique > qui sépare le nooTeau continent de cien , et oppose l'Amérique au reste de Tuniversj il y a là I pour ravenir, un fait d une portée extrême. Jusqu*à la déclaration d'indépendance, r Amérique ne pesait pas daiiâ la balance politique, le mouvement du monde était celui de l'Europe. Les eolonm étaient des satellites qui suivaient le sort de l'astre principal, et c'était sur
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IW LEÇON. —ÉTAfiLISS£M£NTS B£S ANGLAIS. 67 nos champô de I)ataille que se décidait la possession des colonies de la France^ de la Hollande et de TEspagne.
Anjourd hui que TAmérique anglaise, comme rAmériqne espagnole , comme T Amérique portu* gaise, ont conquis leur indépendance, et pris place parmi les États , il semble que toute distinction d'origine est effacée entre les métropoles et les colonies, et qu'il n'y a plus qu'un monde et qu'une politique. Européens ou Américains, nous deyons redouter la tyrannie, de quelque c6té qu elle vienne > et surtout la tyrannie mers^ moins saisissable et non moins dangereuse que l'oppression d'un conquérant. L'intérêt de tous est donc qu'il n'y ait point une puissance tiop grande et qui mette en danger la paix générale. Sans doute l'Europe n a plus le droit d'aller coloniser à son profit des territoires qui sont la propriété d'États souverains. Mais cela n'a rien de commun avec la prétention qu'affichent les États-Unis d'exclui'e l'Europe de toute intervention dans les affaires américaines. Ce qu ils poiirsuivenL aiiisi, ce n'est plus la neutralité que conseillait Washington, c'est une politique d'action ; c'est le droit de conquérir le Mexique comme on a conquis la Californie, et d'accomplir la prophétie de Yergennes en substituant partout la race anglaise à la race espagnole. Il y a là un danger sérieux, et il semble impossible que l'Europe accepte une pareille dé-
<m LiUlt 1. — COLONIES.
chéaDcc. Le inonde n'est ni européen ni américain, il est solivlaire et doit coiiiLattre la inoiiarctiie universelle dans le nouveau comme dans Faneien hémisphère; et que le conquérant se
norarae roi ou république. Notre admiration pour
i' Amérique nous coûterait trop cher si elle nous
empêchait de voir le danger que prévoyait le sa^ ministre de Louis \V1 , danger qui deviendra de plus en plus visible si les États-Unis laissent grandir un vice qui a déjà paru dans la guerre du Mexique, l'ambition , Tesprit de conquête et dV grandistement, cause certaine de ruine pour une république, si Ton en croit Montesquieu , et piuâ encore rexpérience.