mw-Tou
Hessieura^
L^histoire da la coloaie do Now-¥ork nous met en présence d'une nation européenne que
nouâ Q avons point encore rencontrée dans TAméhqne du Nord. C'^st la Hollande. La première population du Delaware fut aussi, nous le Terrons bientôt y une coiome étrangère, une colonie suédoise. £nfin la Pensylvanie tut dôs Torigine une pairie d'adoption pour l éiiii«;iation allemande, si bien que TEurope tout entière a contribué à peupler ce vaste empire ; c'est de là que vient ce caractère particulier, plus facile à sentir qu'à définir exactement, qui distingue rAmérieain de rAnglais.
Sans doute c est le type anglais qui l'emporte, non-seulement paroe que les colons d'Angleterre
ont été les plus nombreux, mais encore parce qu ils ont montré dès le premier jour une énergie
1. Histoire de la Homelle-Yùrk depuû la découverte de o tte prjH «ilue jusqu^à notre siècle, par M. Smith ; trad. de l'aiigi. par M. L. UadrM, 1TS1. atnersll, ch. xtj 81017, ch.
346 UVBB 1. — COLONIES.
qui a (lomiué toutes les différences, et que, comme les Romains 9 ils ont frappé de leur ëmpreinte toutous les races qu ils ont touchées. Cepeudant, et tans pousser trop lyia cette obserratioQ , il est yrai de dire que dans plusieurs États de l'Amérique on peut encore reconnaître un certain caractère particulier, provincial si Ton veut» qui accuse des diversités originail^s que le temps n'a point effacées. C'est ainsi que dans la Peiisylvanie l'élémentrgemlaQique a été trop considérable pour qu il n'eu reste point dans les mœurs et les idées une 4^e puissante; c'est ainsi que dans lea États nouveaux l'ouest, qui parleur nombre, leur population, leu;* rjqhesse en progrès, sont appelés à exercer une influence si grande sur les destinées de rUnion , dansTOhio, FlUinois, le Miehîgan, le Wiscousin, le flot de Témigratiou allemande grossissant chaque jour' balance l'émigration qui vient dus anciennes colonies, et qu'il en résulte nécessairement des États mi-partis où les idées, les moeurs , les croyances ne seront- pas les mêmes que dans un pays de race pure comme est la Nouvelle-Angleterre.
C'est du reste ce qui est déjà sensible aujour» d'hui , pour ne parler que des idées politiques. Dans Tesprit démocratique de l'ouest on trouve quelque chose de l'inexpérience de la race allemande; il a y a pas encore cette possession de soimême, cette sage mesure, cet esprit d'ordre qui
XIU* LEÇON. — NEW-TOEK. 317
caractérisent un peuple majoui* et qui depuis longtemps pratique la liberté. Les grandes traditions de la sage révolution de 177(] sont vi\aiiLes à Boston; dans i'oueaty au contraire^ on a pour la cou- Btitution fédérale plutôt un respect religieux qu'une aduiaatiuii raisonnée, et elle courrait plus d'un danger si Tinfluence des colons de race anglaise n'arrêtait les démocrates exagérés qu'envoie chaque année et par milliers l'Allemagne.
Dans rÉtat de New* York l'esprit hollandais a laissé des traces visibles; non pas ([ue la culuuie hollandaise ait jamais été nombreuse» mais il y a , comme on le voit dans Thistoire , il y a cer» taines races si fortement trempées qu'elles sont inaltérables y et que placées près d'un autre peuple, ou elles le transforment 9 ou du moins tout en s alliant à lui restent longtemps recouuaissa- Mes. Tandis que la race germanique mise en contact avec les Américains cède à l'empire d'un génie plus énergique ; tandis qu'à la seconde génération le fils de Témigré allemand oublie son origiue et la langue de ses pères, on retrouve encore après deux siècles» à New-York et à Albany, des habitudes hollandaises, et peut-être est-ce à l esprit probe» économe» régulier de la vieille Amsterdam que la Nouyelle-Amsterdam (New- York a été fundce sous ce nom"^ doit ce génie des affaires qui menace [«ondres même dans sa snprématie commerciale.
318 UVRB 1. — COLOBUIS.
Peut-être eneoi e cht ce à la Hollande que TAmé^ rique doit l'idée de cette fédéraUoa qui, eu mpectani l'indépendance loeale et en permeltaiit l'union des provinces devenues souveraines, a fondé U grandeor des Êlats-Unie.
Il y a donc pour nous un intérêt véritable i étudier quelles idées, quelles habitudes de goa- ▼ernement apportaient snr le sol de TAmérique les Hollandais I protestants comme les premiers «olons de Piymottlli, et de plus républicains, à ce titre objet d'admiration et d'enTÎe pour les puritains émigrés.
Nous ne devons pas en oe point nous montrer
plus indifférents que les Américains qm étudient toujours, et avec un amour croissant, ces origines qui sont pour eux, non pas rhistoire d'une colonie étrangère, mais l'histoire nationale. L'Amérique est comme un grand fleuve dont on ne comprend bien la puissance que lorsqu'on en reeimnatt les aiflueots.
Vous savei quelle Ait à la fin du zvi* siède
la prospérité de la Hollande, et comment ce pays, à peine échappé aux mains sanglantes de TEspagne y prit tout & coup en Enrope, grâce au génie commercial de ses habitants, une position qui fut un moment sans égale. Les Hollandais, suivant l'expression du chevalier Temple, se firent les rouUers du monde entier; Amsterdam devint le centre , l'entrepôt du commerce de TEan^ et
XU1« LEOOH. ^ NEW^TOIK. 8i9
de rOrient Ce pays qui ne produisait paa de blé était le grenier du continent; ce pays où Ton ne trouvait ni Un, ni troupeaux, était le plus grand atelier d*Burope» la grande manufacture de la laine et do la tuile; cette terre sans forets cuastruisait plua de navirea que le reate du monde. La Hollande, en un mot, était TAngleterre d'aujourd huiy et la liberté commerciale y faisait ses premiers miracles.
n a fallu des siècles pour faire descendre au second rang cette nation économe, laborieuse, persévérante; il a fallu une coalition de tous les pays producteurs, et la ri\alilé de l'Angleterre soutenue par des manufactures considérables, pour que la Hollande cessât d*6tre le premier marché du monde, et ou peut prévoii-, si les priaeipea de liberté commerciale triomphent» une
prospérité nouvelle pour la marine hollandaise, car uul peuple aujourd'hui, non pas même les Anglais, ne riTaUse avee eux pour la navigation économique et bûre. Il y a là des qualités natio* nahsy um vocation naturelle qui se développe aussitôt que les cireonatancea extérieures cessent de la comprimer.
Cetta grandeur rapide d'Amsterdam rendue
à la liberté n'a d analogue datis l'histoire moderne que le progrès bien plus rapide encore de JNew- York qui, péniblement gênée par les lois préten-
àm& proteciincôi» de [ Angleterre, n avait en 1776
3Î0 LIVRE 1. — COLêlflEft.
qu'une population de moiofi de vingt mille habitanta et qui aujourd'hui, en y comprenant firooklp
qui ifcst qu'un de ses faubuurgs, compte plus de six cent mille âmes. Telle est 1 influence de la liberté sur la prospérité nationale!
Un pays comme la lioliaude, où âbondaieut les hommes de mer et les capitaux, devait rêver de colonies, ♦ t de bonne heure nous y voyons fonder uue grande Compagnie des Indes Occideutaies. C'est sous cette forme» c'est par le régime des com* paguies t[u eu Hollande surtout, dans une république tout aristocratique, ou pour mieux dire toute composée de corporations , on pouvait obtenir les capitaux et les moyens suilîsaut6 pour installer et gouverner un État.
Toutefois ce ne fut point de propos délibéré que les Hollandais s'établirent dans TAmérique du Noird. Ce fut une expédition au nord-ouest qui leur fit connaître le futur Etat de New-York. • Nous avons vu qu'au xvi* siècle toutes les nations commerciales cherchaient au nord-ouest on passage qui, s'il existe , abrégerait singulièrement la navigation de TEurope aux Indea. C'est un projet qui n'est point abandonné de nos jours» que M. Chateaubriand a rêvé dans sa jeunesse, quand il partit pour 1* Amérique, et à rexécution duquel l'Angleterre a consacré des sommes immenses. Les noms de Farry, de lioss^ de Franklin voué sont connus, surtout en ce moment oà
tout rnnÎTera s'intérefise à la destinée de ce maU
heureux navigateur An x?i* siècle l'effort des nations commerçaotes
n'était pas moins énergique qu'aujourd'liui, car on avait d'autant plus d'espoir qu'on avait une eonnaissanee moins exacte des obstacles que la nature oppose à la uavigatiou dans ces mers enehatnées par des glaces perpétuelles. Parmi les hardis marins qui essayèrent ce dangereux Yoyage, Tun des plus résolus fut l'anglais Henri Uudson. Après deux expéditions faites pour le compte de marchands anglais et dans lesquelles il avait pénétré plus près du pôle qu'aucun de ses deyanciers, il obtint une commission de la Compagnie des Indes-Orientales d'Amsterdam» et partit sur le navire le CrûissarU. U toucha aii cap Cod , puis, descendant au midi, il rccoiioul le fertile et beau pays compris entre la Delaware et le fleuve qui porte aujourd'hui son nom» et appela Tune la rivière du sud et lautre la rivière du nord.
C'est donc Hudson qui le premier découvrit Ttle de Manhattan. C était alors un désert» c'est aujourd'hui New-York, la Venise du nouveau monde, et qui, plus heureuse que Tancienne, a derrière elle le plus beau réseau de navigation naturelle qui existe sur la terre» cette suite de hcs et de fleuves (^ui la mettent en communication avec le Canada» TOuest et la Nouvelle-Orléans* u ti
m UVRE 1. — COLONIES*
Après avoir remonté la rivière du Nord pendant plus de cinquante lieues, Hudsoo rapporta une deseription brillante du pays quMI avait découvert. C'était, disait-il, la plus belle terre que pèt fouler lo pied de l'homme : Met iboansie kmd dat men met voeten betredm koa. Mais la ('omijagnie na voulait point coloniser et elle renonça à chercber le passage nord ouest. Hudson infatigable, retourna en Angleterre, et y trouva une sociélé qui le prit à son service. Dans cette nouvelle expédition , il reconnut la baie qui porte son nom, mais, forcé de reculer devant iea glaces qui le menaçaient de toutes parts, maudit et trshi par son équipage, on le jeta dans une chaloupe avec son fils et sept des siens, et ainsi abandonné au milieu de ces fik>ts qui ne pardonnent pas, il disparut dans la mer qui a gardé son souvenir.
Suivant le droit des gens, le pays reconnu par Hudsun, lorsqu'il était au service de la Compagnie hollandaise, appartenait aux Provinces-Unies, à moins d'une découverte antérieure (et ce fut sur ce terrain que plus tard les Anglais établirent leurs prétevtioBs). Tontefois on ne songea d'abord à tirer parti de cette expédition que pour nouer des relations oommerciales avec les naturels, longtemps célèbres sous le nom des Cinq-Nations : les Mohawks, Sénécas, Onéidas, Onondagas etCayugas'.
1. Plus lard les Tuscaroras, chaââés de VirgUie^ se joigoireal à la eonUMénUoSi M SwsièfMl vm fIxItaM ssiloa.
C'est seulement on 1G21 que fut établie, avec des privilèges fiouv^îrarnsy la compagnie des lades^^jeoi* dentales qui devait entreprendre la colonisation ' i c'est depuis 1623 que le territoire compris eatre la Delaware et le cap Cod fut oonnu tou» le nom de nouveaux Pay»-Ba8, ou, comme le traduisaient U08 pèresy de Nouvelle-Belgique. Le gouvernement fut composé d'un directeur général et d'un conseil an\([iiGls apparten;ii<Mif tous les j»uuvuu's legislaùiy exécutif et judiciaire, il uy eut pas, comme dans les plantations anglaise! , une représentation ooloaiale.
Les premières années se passèrent à traiter
afvec les Indiens et à leur acheter quelques pelleteries. i:ort Orange, aujourd'hui Albauy, était le point avancé où se faisait le trafic avec les indigènes. C'est seulement en 1 629 qu'on trouve une charte qui confère des {privilèges aux patrons qui coloniseront le nouveau pays.
Cette charte a de l'intérêt, car il reste encore anjourd^hni des traces du système qu'elle institua. Dans ces dernicreb années il en est résulté des troubles dans l'État de New- York , et presque m sonlèvement populaire dont il iaut connaître le caractère pour ne pas se faire de lEsusses idées sur injet qui est à Tordre du Jour et nous toadie de près : la constituticNQ de
1. Sur cette eoiDpagQie« Yoyex l'ouvrage d'Àiher cité plus loin {pages 28 et toir*, 4S et folfO-
m UTRE 1. — COLORIES.
U propriété. Peut-être avez*TOus euteadu parler des émeutes causées par les onfifenten, ou eone^ mis de la rente du soi. Feiiiuiuie (.oopcr a consacré à ce sujet un de ses roiuans, je ne dis pas le plus intéressant, mais le plus curieur pour Tétude des mœurs locales. Ravensnesl, oix, les PcaiiX' Rouget, se rattache aux premières origines de la Nouvelle-Belgique.
La charte ^ comme toutes celles de la même époque» constituait la société coloniale à Timage de U liiéliupole. En Virginie comme au Massachussets ou essayait de faire une nouveUe Angleterre; nous fondions au Canada une nouTelle France sur le modèle féodal et avec la coutume de Paris; les Hollandais établissaient aussi une colonie à leur imnge , et sur un plan tout national.
Comme en Hollande les paysaos, les boon, (c*est encore aujourd'hui leur nom au eap de Bonne - Espérance), n'avaient aucun droit politique, et qu'ils étaient dans cet état de dépendance léodaler qui 6te à Tesprit Ténergie nécessaire aux grandes entreprises , c'était à de riches maichands , à de grands propriétaires qu*on s'en remettait du soin de la plantation. Quiconque, dans Tespace de quatre ans , éteignait le titie ladieo , et installait une colonie de cinquante âmes, devenait teeigiiaur de manoir, uu |)alrt)n, et possédait lahsoiue propriété ou du moins le domaine éminent des terres qu'il mettait ou faisait mettre
Xfl]« LEÇON. — NEW-YORK. 3t5
eu culture. H pouvait fonder un domaine de seize
milles en longueur, et si une villa se formait sur ce territoire, c^est au patron qu'il appartenait d'instituer l'administration et d'exercer le pouvoir judiciaire I sauf appel. C'est en vertu de cet acte qu'un petit nombre de patrons se partagèrent le sol de la colonie, et que ji olaïuiiient la famille Van Henselaer devint propriétaire du territoire qui entourait le fort Orange , territoire ([ui , pour une grande part, est encore aujourd'hui entre seë mains» et en fait une des plus richea familles du monde V
Il y avait loin de cette société, d'où la vie politique était absente, à l'énergique eoostitutton de la Nouvelle Aiiij;U'terre , et il est aisé de comprendre comment les progrès de la colonie hollandaise furent lents à côté de ceux des puritains. Qu'étaitK^e que ces paysans, fermiers d'un patron dépendant lui«méme d'une compagnie, auprès de ces rudes propriétaires du Massacbussets ou du Connecticuty qui ne relevaient que d'euxmêmes*?
Ces concessions, le putron les faisait à perpétuité, moyennant une redevance en nature assez légère, et que les progrès de la culture ont rendue
1. Sur celle calontsatioQ hollandaise, voye?. le euneux livre de G. ti. A&ber : Bibliographical and historical Essay on the Vutch Books and ^mpleU relaling to Netc-Nelherland, and io ihi Vuuh Wfit ffuitii ComfNMf . Amitontan, lt&4, limlsons
1 AiiMT, I». 6-10.
816 LIYKE I. — COLONIES.
plus légère encore. En outre, on exigeait quelques services personnels et un droit de lods et vente; enfin ^ euiimnt Tesprit de l'époque, cette redevance était perpétuelle comme la concesaion et non rachetable.
C'est contre cette i^nte foncière, c'eat contre ces redevances, dues à cause du fonds, que s'est formée la ligue des aniireniers. C'est elle qui, par dee excès déplorables, a obligé l'état de New A ork à voter des luiâ qui eussent été justifiables si la violence ne les avait imposées*
Nous avons déclaré les rentes foncières rachetables , en haine de la féodalité plus encore que par intérêt pour la propriété, et on ne voit pas pourquoi l Anierique, où !a féodalité fut de tout temps étrangère, n'aurait pas eu le droit de suivre une même politique. Ce n*est point là violer les contrats, car les contrats que la loi est tenue de respecter sont ceux d'homme à homme» et non pas les engagements par lesquels la génération présente pourrait asservir et gêner la génération à venir. Qu'il s'agisse de fondations pieuses , de mainmortes , de substitution ou de services fonciers calculés dans un intérêt de famille, il est évident que la société ne peut être engagée h perpétuité par l'individu et qu'elle aura toujours le droit, moyennant juste indemnité, de dénouer un lien qui Tétouffe. Autrement il faudrait soutenir qu'un individu est plus puissant que la ao-
XIU* UEÇON. NEW-YOÏK. W
ciélé, et peut lui imposer sa Yolonié longtemps après qa'îL o exiito pl««« La (erre appartient aux
générations vivantes, comme Ta, démontré Turizot et il est évideat que des charges qui gèoeut la propriété, on qui assujettissent ittatilement le propriétaire» sont du ressort des lois, uouobstaut toute stipulation contraire.
En 4846, la législation de New-'-York avait donc raison de réiormer la loi. D'uue part, elle â mis un impôt sur les rentes à long terme, oe qui était laxer deux fois le revenu de la terre, de 1 autre (la constitution lui défendant de toucher auji contrats, mais non pas aux successions), elle a décidé qu'à la mort du patron, le tenancier pourrait oouT^r la rente foncière en rente hypothécaire et
posséder ainsi la terre en pleine proj)i'iétt'. Cette seconde mesure était Juste et bonnes mais il est triste. d'avoner qu'on a fait la réforme par défè* rence pour ia jalousie populaire^ et qu'il ressort dtt roman de Cooper un asserytssement des magistrats à la popularité, qui édifie médioèienent sur les vertus civiques de iNew-York.
Si on insiste sur oe point» c'est qn*il ne fhut pas croire que les doctrines commuiustes aient chance de succès aux États-Unis, ftien n*; isst plus impopulaire, et la haine qu'on y porte aux Mo»" mons en est une preuve* Tout au contraire, c est