‹ Histoire politique des États-UnisChapitre 91 sur 126 · Bancrofl* II · texte numérisé non relu

Bancrofl* II

XIV LSgaN. — PENSYLYANIE. S6«

développer en toute liberté. Ce départ , souvoDt regretté > fut heureux pour la plantation et pour la tranquillité de bob fondateur* 11 avait établi la démocratie , mais lui - même était un aouyeraîn féodal. C'était ik, dans un même gouyernement, deux éléments incompatibles, et pendant prèe d'un siècle l'histoire intérieure de la Pensvlvanie n'offre que la lutte de ces intérêts opposés. Dès 1686^ on voit le peuple, sans en avoir conscience» pour^ suivre le but qa il ne devait jamais perdre de vue : l'ailaibiissemeat des droits qui restaient à Peun, conmie souverain et comme propriétaire. Penn s'était attribué de larges porliouë de territoire en propriété privée; lui seul pouvait acheter le sol aux Indiens; et enfin il B*était réservé lee redevances couiumières, laquitrent sur les terres qu'il vendait. Après lui ce sont des querelles perpétuelles entre ses fils et les planteurs, au sujet du gouvernement , de la preemptiou des terres indiennes, de la quittent qu*on veut consacrer au service public. Toutes ces discussions ne se terminèreut qu'à la révolution, où les droits de la famille Penn furent achetés par la colonie moyennant une indemnité de 130 000 livres sterling. La Pensylvanie, devenue Etat indcpendaot, considéra que» dans la rigueur du droit , la révolution l'avait affranchie de toute souveraineté et que les droits de la famille Penn étaient abolis comme ceux de la famille Baltimore dansle Mary iand ; mais elle voa-

aet UTXi f . — couHf Bs.

lui recoaaaîUe sacrifices et le dévouemaat (te Fenii, «t'y par m fleiitiiii«Ql loi Iml honnmÊt elle indemnisa les hérilmrt de toa iUasIre fooda-

teur.

Je revieDs à Penn. Ck>iiiiiie il rentrait eo Angle-*

terre, Charles II mourut, et raffection que Jacques 11 avait portée à ramirai se revenHUit sur k Ûh, GuiUaiiiHe Fenn devînt on personnage influent a la cour d'Angleterre, ou son esprit, sa finesse , rehaussés par la singularité de son eet« tume et de eee manières, Ini «esurèreot quelque chose du succès d originalité qu'eut plus tard Franklin à la cmir de France.

Le pFenier nsage qn'H fit de sa (kTear fkt d'obtenir la délivrance de ses frères persécutés ; quatorze cents quakers sortirent des prisons où Tin* toléranee de rÉgKse anglicane les aTait enfermés sous le dernier roi. 11 écrivit en laveur des dissidents de tontes les seetes, demandant la liberté civile et politique pour tontes les opinions, y compris ces catholiques auxquels on portait une haine si ])rofonde, qu'elle a laissé ses raeines an fond des cœurs, et qu'anjourd'hui elle fait encore partie du patriotisme anglais.

Ce cri de tolérance fut aecueilli avee favenr par le roi; la politique de Jacques s accordait avec son goût pour le fils d'on ancien ami. Se rendre à la Toix des quakers, abolir les lois contre les noncontormistes, c était un moyen de protéger le retour

XIV* LECOlf . — PEMSYLVANIE. 3«3 ân catholicisme, et de faire rentrer, sous le manteau de la liberté, unecommunian proscrite. Toates tes fleefes d^Ângleterre virent tm plége dans oette concession, et, chose incroyable, telle était la haine des dissidents qu'ils demattdèsreot le maintieii de la perséeutioû dont ils sonfflraicmt, de erainte que ia tolérance ne profitât à Tennemi commun. Mais Penn, dont l*âme était plus grande , ne Tonlut pas renoncer & ses principes par erainte religieuse on Jalonsie politique. Il avait établi la liberté de conseienee en Amérique, ce n'était point pour la détruire en Euro[)e ; il demeura donc fidèle an roi Jacques il et à ses coûWctions. Pour le parti pr(^* testant» Penn fût un courtisan rendu au roi, et qui plus est : un jésuite. C'était une calonmic que son absurdité n'empêchait pas d'être aussi dangereuse en Angleterre qu'elle Ta été quelquefois en France, et Penn fut obligé de se défendre contre cette ridicule accusation'.

Je ne signalerais point ce fait étrange, si par une persistance que l'esprit de parti peut seul expliquer» on ne retrouvait ces accusations dans un livre qui a en ce moment un succès mérité par mille qualités diverses , ou pour mieux dire par toutes les qualités réunies , honnis une seule^ sans quoi tout le reste n'est rien : l'impartialité.

Ouvrez l'histoire d'Angleterre de M. Macaulaj, et

1. U TiedePenn, parMarcUtac (Paris, 1791, t II, ^ IS il MÉf .)» éùim la toiire de Peoo, qui ttt noble et judicieuse.

m UVEE 1. ^ COU>NiSS.

TOUS y trouverez Penn accusé d'intrigue , de vap nité, d'eutèiement, et cela pour Facte le plus hooo» rable de aa TÎe, pour oetle fénueté trop lara d» les hommes qui nous fait vouloir la liberté nonaeukment pour nous, mais pour les auirest akxn même que noua lea croyona dans Perreur* Quand Jacques il offrit la tolérance à toutes les opioions, lea oon-conformiatea se liguèreat avec r^liae éla- Uie; comme toua lea partis ambitieaz ou baatiques , ils oublièrent le passé, les persécutious, le martyre, la liberté tant de fois réclamée; il fallait à tout prix écraser le papisme qui relerait la lète, et qui, disait-ooy serait une arme aux mains de la tyrannie. Voilà ce que M* Macaulay nomme le patriotisme des non-conformistes. Penn qui ne voyait que la consécration de la liberté dans TofiTre du roi» quel que fût Tesprit qui Teût dictéCi Fenn ne voulut point se démentir. Rester fidèle à ses principes , c'est là ce que tous les partis nomment de rentètement; on est toujours un orgueilleux, un homme indomptable quand oa n'écoute pas , quand ou n épouse pas leur passion. L^histoire de Penn n*a donc rien de particulier; mais ce qui est remarquable , c'est qu'après un siècle et demi les passions soient encore asses vivaces pour qu'on recommence dea accusationB semblables, et qu'on défende un tel paradoxe. M. Macaulay a beaucoup d'esprit^ mais Voltaire qui n'en munquait pas a d^uis longtemps justifié k

XIV* LECOM . — PERSTLTANIB.

conduite de Penn, et, à moins que le monde ne devienne whig, il esta croire que l'opinion restera fidèle à ce yieil ap6tre de la tolérance et de la liberté.

Après la révolution de 1688 Penn fut mis de c6té, comme partisan du roi déchu. 11 se proposait de retourner en Amérique , lorsqu'il fut arrêté , jeté en prison , ruiné par la persécution. Locke , qu'il avait défendu auprès du roi Jacques, Toulut intercéder pour lui; mais Penn aima mieux attendre la justice ; elle vint fort tard et ce ne fut qu'en 4693 que, grâce à linfluence de Rochester» on lui rendit la liberté; en même temps on lui re&Litua la charte qui ie constituait propriétaire, et qu'on avait révoquée en 1692.

11 songea alors à retourner en Amérique, pour By ûxer; mais quand il arriva dans ht plantation, les choses étaient bien changées. La colonie, ne relevant plus que d'elle-même, s'était organisée en démocratie pure; elle s'était attribué la nomination du Conseil, et le gouverneur de la plantation n'était autre que le président du Conseil. La législature s'était aussi emparée des nominations judiciaires. Si bien que Markam, le représentant de Penn, put dire avec raison en ouvrant la session : « Vous êtes rtoiis, non point en vertu de ma convocation^ mais en vertu d'une loi faite par vous-mêmes. »

Dès l'arrivée du propriétaire on lui demanda de renoncer à ses privilèges et de fiûre une constitution définitive. Penn défendit ses droits

mê LVm I. — GOLOMIBS.

de propriétaire contre les prétentions des colons; mA qua&l à ses droits de KMtYwaui il se mentit 4m plue fàeWen et accorda tout ee qu'on Tonlet. Sans se piaiudre de l'impatience des planteurs, il teiir rendit ta première dmrtt» ks isTita à garder ee qui était bon, à éeart^ ce qui les gêmât^ à ajouter ee qui leur semblerait e(mvenir au bien général; en d'autres termes» il s*en remit aux edons du soin de fonder le gouvernement qui leur plairait le mieux.

Les dissensions inlérienres de k eolonie , la ré* sistance de la pru\iiice de Delaware qui \oiilai: s'organiser de façon indépend^te , retardaient U eonstitutiony lorsqu^en 1701 on apprit que le parle» ment allait trait cher la discussion ai abrogeant iotttee les chartes cdonides»

L'assemUée Ait immédiatement eonveqnée el le propriétaire , pressé alors de retourner eu An- ^eterre pomr défendre et son droit et les éroits de k proTinee, afertit les eolons d'en ûtitt m jdns vîle avec l'organisation de gouv^ement.

« Puisqni- tous Ips liommes sont mortels, pensez h quelque moyen convenable , et pourvoyez à votre sûreté aussi bim pour qui concerne votre propriété que pour ee qui coaceme vos privilèges, et vous me trouvrss prêt à vous satisfaire pour tout ce qui pourra eontribuer à notre bonheur mutuel par Tunlon plus intime de nos intérêts. Révisez vos lois; faites en de nouvelles qui puissent aniêlîorer votre condition > mais ce que vous voulez &tre,

Xm LEÇdM. PBIfftYLYANIC. W

faites-le proniptement. L'unanimité et la promptitude décoQcerteroot ceux qui de|)uis longtemps poursuivent la ruine de noire jeune pays K»

D&iiB Mtte nottTrite charte le Conseil fut nommé

par le propriétaire, mais il devint nue part du pou- Yoir eiéeuiif^ l'assemblée au eontraire reçut le plein pimrar législatif, sauf rassentîmeQt du gouverneur. Ainsi il n'y eut qu'une ehambre , ce qui nous explique les prédilections de Franklin , qui , avec plus d'esprit que de raison, comparait le syatème des deux assemblées à une eharrette tirée par denx eheraux, attelés Tun par devant, Tautre par derrière. La Pensylvanie commença par où finirent les autres États, et finit par où ils commencèrent; c'est en 1789 seulement qu'on j est revenu à cette condition élémentaire du système représentatif. Quant aux élections, elles furent annuelles; le jour éu. vote et Tépoque de la session fixés par la loi. Les sbérifs et les constables furent nommés par le peuple; les juges par la législature; tout procès concernant la propriété renvoyé aux tribunaux ordinaires , et par conséquent 6té au gouTemeur et au Conaeil, décision importante dans tine colonie où rintérél du lord propriétaire se trouvait engagé dans tous les proeès concernant le soL La liberté religieuse fut confirmée, et les iuiiciious publiques accessibles à tout

1* asBCMfii M,

868 UVBE 1. — C0L0Ni£5.

homme Élisant profession de croife Christ. Telle tut cette constitution dont i esprit moderne n a point dépassé les condiliona libérales.

Penn toutefois quitta la colonie peu satisfait de la laçon dont ravaient accueilli les planteurs; à son retour» il obtint qu'on ne le troublerait poiat dans ses droits , et nous le voyons bien accueilli à la cour de la reioe Anue.

n était réservé à de nonTellee épreuTes. Ruiné pai les sacrifices de toute espèce que lui avait imposés la oolonisation (il évaluait le cbi£Eie de ses dépenses à 120000 livres sterling), il lui bUnt aller en prison non plus puur délit religieux ou politique, nuûs comme un débiteur insolvable. Ce fut alors, en 4702, qu'il songea, dit-on, àeéder à la couronne, moyennant 12 000 livres sterling» cette province qui lui avait coûté si cher, mais il insistait pour le maintien des libertés coloniales» et la couronne, qui rêvait l'union des plautatious américaines en un seul empire, ne se souciait guère d'acheter une démocratie , c'est-à-dire un gouvernement dont ou ne pouvait disposer à son gré.

Néanmoins» ce marché dont s'effrayait avec raison la colonie allait s accomplir quand une attaque d'apoplexie irappant William Penn et alEûblissant son eaprjit ne lui permit plus de donner suite à ce projet. Il languit de 1712 à 1748, et mourut laissant dans rhistoire un noble et saint sonvenir, car il avait , dans une ko-.

XI Y* L£ÇOiN. — P£J4SYLYAN1£. 369

gaeyÏB^ oemme fondateur d*un grand Étal, donné

1 exemple mémorable d'un homme toujours ûdèie à M8 convictionB» et qui, sayns s'éblouir du pouvoir, n'y avait vu qu'un moyen de faire triompher la tolérance et la liberté.

Le gouYemement qu'il avait fondé subsista; c'était une pure démocratie, et non pas la moi us parfaite de ces républiques que l'Amérique comptait d^à en grand nombre.

Une autorité exécutive qui ne pouvait rien sans la nation; la l^slatton remise à l'assemblée qui choisissait ausû les juges; tous les fonctionnaires iuiérieuTâ nommés par le peuple; point de police armée t point de troupes permanentes, point de forterciises ; une liberté complète (V opinions; nulle église privilégiée , nulle diCféreuce de rang; un port ouvert aux hommes de toutes races, de toutes langues, de toutes croyances, en un mot un État soutenu par la seule raison, c'était là certainement une sainte expérience, une tentative hardie , et qui nous ferait reculer aujourd'hui.

Ce gouvernement serait^il assez fort pour maintenir l'ordre, prévenir ou châtier le crime et protéger la propriété? La confusion, la discorde, la ruine n^y entreraient-elles pas de toutes parts?

Ou bien , (Unis ce gouvernement renus entre les mains du peuple» confié à sa seule sagesse, sans autre police que celle qu'il établirait lui-même , verrait-on la richesse et la population s'accroître, I. u

370 Um I. — COLOHIES.

et la nation la plus libre serait-elle en même temps la plus heuireose? L'homme est-il tiatareUement bon, comme le crovait Penn, et la liberté îésont* elle le problème» ou bien, comme le prétend de Bfaistre, est-ce une nature déchue qui ne se main* tient que sons la iiiaiii du bourreau , et l'autorité doit*eUe avoir toujours le premier et le dernier mot?

Lés faits ont répoudU » et à la gloire dti paisible quaker.

Cette forme de gouremement, que la singularité d*un qttftker*roi recommandait à Vattention, explique et jusliûe l'admiration du dernier siècle pour la république de Pensylvanie. Penn était, pour les écrivains du xvïii" siècle, un philosophe beau^up plus qu'un cliel de seete , un ami de rhunianité plfitèt qu'un chrétien. Philadel^^e, c'était la cité de la tolérance; la ïfetisylvanie , c'était la terre promise des philosophes.

Aussi ne ftiut-il pas s'étouner de ce concert d'admiration qui retentit de toutes parts.

« G'étttt un spectacle bien nouveau , écrivait YoltaifS, qu'un souverain que tout le monde tuloyait , et k qui on parlait le chapeau sur la téte ; un gônv(^iMenieiit aans prêtres, uu peuple sans armes, des citoyens tous égaux , à ia nisgistrature{Nrès,etdeB voisus sens jsleaiie. GniUsnoie Penn pouvait se vanter d'avoir apporté sur la terre rife d*or dont on parle tant, et qui n'a vraisemblablemeot existe qu'en Peûsylvauie K »

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