‹ Histoire politique des papesChapitre 5 sur 13 · DENOUMENT DE LA GUERRE DES INVESTITURES · texte numérisé non relu

DENOUMENT DE LA GUERRE DES INVESTITURES

La th6ocratie seule avail et£ vaineue avec Hildebrand* Quaat at* pouvoir des papes en lui-ni&ne il n'avait souffert quune atteinte passag^re. Aussitfit apr&s && rabrt, le dsel da la pap&ute centre i'Empire recmiffmence sur to terrain des;, investitures oil il l'avait transports EirchtBfisiseaAt ce terrain, le but de Gr^goire VII n^Taitfiultemeint 6t6 de r&luirela querelle h une question de< pfropn&6; *»*& de lui oiivrir une carrtere fadle k exploiter et de lui tenprimer une direction suivie et cteterminde. C'est ce que ses successeurs imm^dwtts ne fiitfent pas comprendre. Usprirent le pr&cxte pour le fond ra£me du debate ne surent point le relever par TSclat de grandeur, .de courage et de. gfoie cpt'il y a vait me]^.

Le sujet 6tait d'ailleurs admirablemcnt choisi pour assurer k l'figlise la complicity des sympathies populates. Elle y avait pour elle les apparences ; et c'6tait \k le grand point avec des esprits incapables de saisir les nuances et peu curieux de remonter aux causes. Les abus dont le scandale se renouvelait chaque jour dans toute T&endue de la chr6tient6, et dont elle se plaignait bien qu'elle en fut le premier auteur, se commettaient cependant par I'entremise des princes qu'elle en accusait. Les peuples, qui d'ailleurs ne se souciaient gu&re d'etre impartiaux envers ces princes, n'allaient pas au de\k de cet examen sommaire et lui donnaient raison sur parole.

Les villes italiennes surent prendre une position originate dans le d6bat. Au fond, il ne leur inspirait qu'un seul sentiment bien prononc6 : c'6tait le d6sir de voir ces dissentiments se prolonger le plus longtemps possible. Entre le papeet Tempereurelles tinrent la balance 6gale, prenant tour k tour parti pour Tun et pour l'autre avec un parfait scepticisme, nfiultipliant comme k plaisir les p6rip6ties, les surprises et les coups de th6&tre ; profitant de chaque d&astre et de chaque victoire pour arracher k leur d&resse ou k leur confiance tous les 616ments de leurs franchises municipales et politiques, mais sans se preoccuper jamais d'un int6r6tplus g6n6ral et sans reconnaltre jamais la patrie hors de 1'enceinte de la cit£.

Malgr6 l'incontestable fermet6 des successeurs de

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Gr^goire, il devint bientot Evident que la papaute 'faiblissait. Apres les pretentions qu'elle avait 61ev£es si haut, ne plus monter c'etait d^choir. Le tiinide Victor III meurt apres quelques mois de pontificat. Urbain II accepte hardiment la succession d'Hildebrand en renouvelant toutes ses bulles et tous ses anathemes contre les partisans de Henri IV et son antipape Guibert ; mais il sacrifie les points les plus cssentiels du programme th^ocratique k des expedients moins dangereux mais sans portde, qui peuvent renverser fempereur, mais qui laissent T Empire debout et sa l£galit£ intacte, qui peuvent dormer au pape un triomphe personnel, mais qui restent sans profit pour la cause de ffiglise. Urbain n'a plus en vue ce distributeur de couronnes, ce cr^ateur souverain du droit religieux et monarchique, celte image de Dieu sur la terre que Gr£goire ^VII voulait faire du pape, il se r£signe k fitre un roi comme un autre. II ne se pose plus en presence de Henri comme un arbitre ou comme un juge, il dispute et chicane avec lui, se met k son niveau. II nelui suscite pas un rival quisoitla chose et la creature du saint-si6ge, comme &ait Rodolphe vis-a-vis de Gr£goire, il oppose a Henri son propre fils Conrad qui tient son droit, non de la papaute, mais de Henri lui-meme et des lois de FEmpire sur rh6r£dit£. La guerre se fait contre un homme au lieu de se faire contre un principe.

La reduction qui s'opere en ce moment dans les ambitions sacerdotales estd'autant plus significative

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qu'on iie peul t'attribu6r qu'J, wie ctefoillance morale; car, malgr6 sea r^cente 6checs> ^influence da Tfiglise, loin de p^rioliter, s'^tait merveilleusement Telev6e depuis la mort d'Hildebrand, et semblait n' avoir jamais 6t6 mieux en 6tat d'atteindre son but. (Test sous Urbain II que se realise une des vues les plus profondes de la politique d'Hildebrand, la premiere croisade. Quoi de plus propre a graver en traits imp^rissables dans Tesprit des peuples la legitime souverainet6 du prfitre sur le monde que le spectacle de ces millions d'hommes s'^branlant k sa voix, d'une extr6mit6 k l'autre de 1' Europe, pour aller conqu6rir un tombeau vide sur des terres inconnues et pour moiirir au besoin sur un signe de lui ? Quoi de plus propre k les detacher de leurs pr£jug6s de race, de leurs superstitions de dynastie ou de nationality ; k les soustraire aux dominations locales ; k d^raciner du sol cette v6g6tation teodale qui 6touffait de son ombre les germes de l'unitd romaine ; k relever le faible contre le fort, k enrichir le pauvre aux d£pens du riche, k former en un mot la grande clientele des tribuns de la th^ocratie? N'est-ce pas Ik le rfegne du Christ, le royaume spirituel realise dfes cette vie terrestre? Que sont les rois et les princes au milieu de ce d^bordement des multitudes chrfHiennes? Courbes comme tout le monde sous la main d'un simple moine, ils ne comptent plus comme seigneurs, mais comme fldfeles, et semblent soumis par avance a F6galit6 du ciel catholique.

Mais si Ton petit croire que le genie d'HUdebrand entrevit la possibility de .ces rfoultats et en esp6ra peut-6tre de plus grands encore qu II n'6taii per mis d'en attendre, il est douteux que ses successeurs en aient jamais soupconn6 l'importance. Du moins ne gurent-ils faire qu un usage assez mesquin du pouvoir nouveau que les croisades mirent dans leurs mains, Urbain prficha en personne et avec une grande ardeur la premiere croisade en Italic et en France, II y entratna d'immenses assemblies d'hommes ; mais loin de chercher k rester k la tfite du mouvement, il se h&ta d'en abandonner la direction k des aventuriers subaltemes, comme Gauthier sans Avoir et Pierre TErmite, aussitdt qu'il en eut obtenu le seul r&ultatqu'il y avait cherch£ : 1'expulsion des troupes imp&iales et le r£tablissement de son autorit£ k Rome. Une fois ce but atteint, il les laissa aller.

Deux autres faits qui sont aussi l'ouvrage de r£glise et qui appartiennent k la mfime 6poque. attestent £galement par quelles attaches solides et profondes elle avait su incorporer en quelque sorte sa domination au temperament et a la constitution des 6oci6t£s renaissantes. Ne t pouvant se flatter d'an£antir l 1 esprit de fantaisie et d'ind^pendance, le gofit des aventures et de la vie errante qui dtaient inn£s dans I'homme du moyen &ge, T^glise les avait adopts, disciplines, consacr^s par restitution deg ordre* de^bevalerie, qui mit dans sa main une milice innombrable, dont une partie se voua exclusivement

k sa defense et forma dfcs legions de moines s6culiers arm6s pour elle et par elle. L'homme d'figlise eut k son tour son droit d'investiture sur rhonime de guerre : Tinvestiture de F6p6e par la croix. Ne pouvant non plus se faire attribuer la connaissance et le rfeglement du nombre infini de diflKrends qui naissaient k toute heure des complications d'un 6tat social qui 6tait la guerre organise, elle en avait tcmp6r6 les calamit6s par la tr6ve de Dieu, qui imposait k Tanarchie teodale un temps d'arrSt et de Concorde forcee, neutralisait trois jours de la semaine sur huit, faisait d'elle aux yeux des peuples une messagfere de paix et de ctemence.

Mais les papes du douzifeme sifecle, comme effray^s de l'immensite de la t&che que Gr^goire avait voulu leur 16guer, et pris de vertige devant les hauteurs entour^es d'ablmes auxquelles il avait aspir6, combattus d'ailleurs par 1'opposition qui commen^ait k s'61ever contre de tels projets au sein mGme de Tfiglise et au nom de la tradition chr&ienne, et plus encore par un manque de confiance en la 16gitimite de leur propre cause, ne surent ou n'osferent pas mettre k profit les circon stances, les faits, les institutions qui leur donnaient des prises si puissantes et si directes sur les soci6t£s. On les vit un instant, comme embarrasses de l'excfcs de leur force, b^siter k faire usage des armes qu'ils avaitfit dans la main. La conscience de leur droit leur manqua. Un rapprochement frappait surtout beaucoup d'esprits.

L'figlise, qu'on avait toujours peinte comme faible et d6sarm£e, en 6tait venue par le simple d£veloppemeht de sa puissance a intervertir si bien les roles que, dans sa lutte actuelle contre 1' Empire, c'&aitle pape qui maintenant repr&entait la force, et l'empereur qui repr&entait le droit. De \k le mouvement de reaction qui ne tarda pas k se produire contre elle, et dont les juristes de ce temps furent les interpretes inflexibles et pers6v6rants ; de la surtout dans la politique ecclesiastique des Utonnements et une indecision qu'on peut attribuer a la crainte de tout perdre pour avoir voulu tout gagner, mais plus justement encore k l'intime persuasion d'etre en disaccord avec les principes et le pass6 du christianisme.

C'est surtout sous le pohtificat de Pascal II, le successeur d r Urbain , qu'on peut le mieux saisir le caractferc de ces hesitations ; ce n'esl ni Taudace ni la ruse qui lui font d&aut, c'est plutot la conscience de son droit et la corifiance dans le succfcs d6finitif de sa cause. Les scrupules singuliers qui se trahissent dans *espens6esressortentd'autant mieux qu'il n'enmon- 1re aucun dans sa conduite. Comme politique, il semble n' avoir pas m£me la notion de ce que c'est que le remords, comme chef de l'figlise il est plein de trouble, dlncertitude et de perplexity.

Son premier soin fut d'imiter Texemple d'Urbain en poussant k la r6votte contre Henri le plus jeune de ses fils, Henri frfere de Conrad. D6gag6 par le pape de ses serments de fid£lit£ et de tous ses autres

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devoirs eavers son p&re, lp prince, ae fit couromier mi par la di&te de Mayence. Lessciu^rsui}* pontifes ont toujours tenu en tr6srra6diocfe estiuaeles droits de la nature. En. cette cirxjonstanCe. ils interpr&aient le texte de saint Luc : * Gelui qui ne hait pas don pfcre et sa mere, celuH& ne peutetre mOn disciple.*

Le vieux roi s'6tait retir6 au ch&teaa d'lngelheim. Lk les archeveques de Worms, de Cologne et de Mayence se pr6sentent tout k coup devant lui au nom do la di&te. lis parlent en maltres avec Faigreur et la menace k la bouche, ils l'accablent de reprochee, exigent imp^rieusement son abdication ; et comme Henri demandait pourquoi : « C'est parce que, lui disentails, pendant de longues annSes, tu as dSchirf le sein de ffiglise de Dieu, parce que tu as vendu les 6vdch6s, les abbayes et les dignitfe eccleiiastiques ; parce que tm ;as vioteles lois sur Election des dvdques; c'est ppiir ces raotifs qu'il a plu au souvertun pontife et aiix prince* de V Empire de te repousser du »tr6ne ft de la communion des fideles. »

«Mais, vo^ qui. nk' accuse^ r6pondit-il, vous, archeveques idle Mayencfe et de Worms, qui me condarmiez pour avoir vendu les dignit^s ieccl^siaetiques, dites dumoins le prix que f ai exig6 de vous lorsque je vous donnai vos £glises, et s'il est vrai que je ne vous aie riei) demand^ ainai que vous fites forces de le confesser ; si j'ai reiftpli mfc& devoirs envers vous, pourquoi m'atcuseznvtius d'liri crime qwje n'aipas commie : poufqtioi vcraa joignez-vous i ceux qui ont

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trahi leiit i: foi* : et teute fceVi&yts? to-ehdfc patience quelques jo*ura : encDre; atteftdez' te^etfhte >tlaturel de ma vie; que tfrotf ag<i J xit fltesfre^si&d^^

Attend* is* paf M^ ( £Iairites ' dt* vfeux' f oiy deux des

portemerfit'' N'est-oe p£S Sitcus qH'ft j ap^a,rtieiit de sacrer les ?oi$*l f Si (kfuf (Jtie noti* atfotte rev&u de la pourpre eh 7 fest mifigfie, ^leftsditd^duilW ! » Alors tes trdi§ jJt^lats fee jettent sur KApour en fmir ; ils lui arracb6nt sa courbtinfe,' soft manteau, ses ornemente et sfcs insignes royaux, et ils les apportent k son fite qtti 6 9 en fait aussit6t rev&ir.

Peu de temps apres, Henri, 6chapp6 de lettrs mains, tentait & deux reprises differentes le sort des armes, qui par deux fois se declarait contre lui, et il tombait de nouveau au pouvoir de ses eiinemis. Les derniers jours de ce malheureux prince, qui valait mieux qiie la plupart de ses contemporains, et montra du courage et de la generosite parmi quelques faibl esses , resultats de son Education plutot que d'un mauvais naturel, sont un des spectacles les plus attendrissants qu'offre Thistoire. On y voit combien fatale , impossible h conjurer, 6tait la malediction qui dans ces temps d'aveugle croyance s'attachait a Pennemi des papesi

AbandonnS de tous ses amis, 6tranger au sein de ses villes, objet d'horreur etd'effroi, delnisse de ses

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serviteurs eux-memes qui s'eloignaient de lui avec une terreur superstitieuse, l'empereur. Henri vint k Spire se r6fugier dans un temple qu'il avait 61ev6 k la Vierge, esp^rant y trouver *n asile pour mourir en paix. II aborda l'6v6que en suppliant, lui demanda de lui accorder de quoi vivre, offrant en ^change de faire 1' office de clerc et de servir le chceur. Cette humble requete fut repoussfe. Alors le vieillard se tournant vers les assistants : « Vous du moins, mes amis, leur dit-il, ayezpitte de moi! voyez la main du Seigneur qui me frappe ! » croyant avec simplicity expier par cet excfes d'infortune quelques 6garements de sa premiere jeunesse. Peu de Jours apr&s il mourut de chagrin. Mais l'anath&me le poursuivit pp.r deli le tombeau. Le clerg6 de Li6ge avait enseveli son corps ; le pape Pascal le fit d6terrer, et pendant cinq ans il resta sans sepulture dans une cellule de la cathedrale de Liege. *

Les pieux ecrivains, qui,- selon le vieux th&me do Interpretation des d^crets providentiels, ont voulu montrer le doigt de Dieu dans les malheurs de Pancien rival de Gr£goire VII, auraient fait plus d'hon-

neur kce doigt en le reconnaissant dans le chatiment qui frappa les auteurs de ces traitements, barbares d'une part, parricides de T autre. Les complices se chargfcrent eux-memes du soin de venger leur vietime. Henri V, le nouveau roi d'Allemagne, etait moins dispose encore que son pfere k accepter le joug de la papaut6, et k abandonner ses droits d'in-

vestiture. C'est accompagne d'une armee de trente mille hommes de cavalerie et d'un conseil de jurisconsultes plus dangereux encore que ces hommes d'armes, qu'il vint prier le pape Pascal de lui octroyer sa couronne imp^riale, aprfes avoir extermine sur son passage tout ce qui lui opposa quelque resistance. II trainait k sa suite, dans sesbagages, un certain Maginulphe , antipape de profession, qu'il etait pret k substituer k Pascal si celui-ci refusait d'acc&Ier a sa demande.

Intimide par ces demonstrations, Pascal envqya au devant de Henri son 16gat Pierre de Leon. Outre son couronnement, Henri exigeait le reglement de la querelle des investitures plus embrouillee,que jamais. C'est alorsque, dans son desir d'y mettre fin par une transaction definitive, le pape Pascal, s'au- . torisant de scrupules qu'il ne ressentait peut-etre pas, mais qui commen$aient k etre assez puissants au sein de l'figlise pour s'y faire ecouter, posa pour la premiere fois le probl&ne dans sa simplicity, et montra dans un accfes de decouragement combien pcu il croyait k la legitimite de sa cause. -

A qui pouvait-on equitablement imputcr les abas qu'on signalait depuis si longtemps dans les investi- - tures? Ce n' etait pas aux laiques, car le -droit qu'ils avaicnt conserve sur les biens donnes a l'figlise etait la condition meme de cctte cession incomplete, lis Tavaient garde commc unc legitime compensation de lews sacrificed et commc un gagcr du bon

usage qui en serait fait par les donataires : c'&ait une sorte de servitude, ou d'hypotheque reelle dont ces biens restaient k jamais greves. Si des inconv6nients nombreux 6taient attaches a ce genre de propriety ceux-lJt seuls devaient les supporter, qui en recueillaient le principal b6n6fice. L'figlise n'avaft aucunemenf le droit der^clamer la propri&6 entire, sous prdtexte qu' elle "la trouvait plus avantageuse que la propriety incomplfete. Ces abus ne pouvaient done dans aucun cas entrainer la caditcite du droit de3 la'iques. Si l'figlise etait impuissante k les prevenir, elle avait un moyen.bien simple de lescduper dans la racine, c' etait de renoncer a ces biens. Elle dtait ainsi toute prise aux laiques, car elle regagnait en autorite morale tout ce qu'elle perdait en richesses.

Telle est la pens6e qui se presenta k r esprit du . pape Pascal comme elle s'&ait d&jk presentee k bien des consciences chr&iennes, et il en laissa 6chapper le secret dans le trait6 de Sutri. L^glise renongait k ses benefices et k ses droits regaliens de toute nature, duches, marquisats, comt6s, charges l marches, etc. , pour s'en tenir aux dimes et aux oblations des fideles, et l'empereur de.son cot6 abandbnnait ses droits d' investiture qui devenaient d^sormais sans objet. C*6tait la separation absolue de Tfigltee et de TEtat r6alisee d6s le douziemesiecle; car le domaine temporel de Rome n'aurait pu que suivre la'loi commune £t retourner aux empereurs .par une conse-

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quence toute simple. Pascal reniait et d&ruisait en un seul jour tout le travail de la papaut6 depuis plus de six si&cles.

Otf a Ji^ort attribu6 k un calcul machiavelique ce retour inattendu aux v^ritables traditions de l'lSglise chr&ienne. C'eut et6 un expedient bien peu habile, nne ruse bien mal inspire que d'indiquer b^nevolement aux ennemis des papes une thfese si facile k exploiter, dont Arnaud de Brescia 6tait a la veille de s'emparer et dont les r6formateurs devaient faire un si terrible usage* Tout ou rien, telle est la politique ordinaire* des esprits extremes comme etait Pascal, et la lassitude, la difficult^ des circonstances, jointes a la certitude de ne. porter aucuneatteinte aux principes du christianisme, produisirent chez lui ce que 1* amour de la justice aurait seul sugg6r6 k une grande &me.

Ce.seraitentrer dans le domaine des hypotheses que de vouloir determiner les effets qui seraient r£suites de Padoption d'une telle mesure. Cette r^forme 6tait trop contraire au mouvement general des institutions, de la society et'des esprits, pour se maintenir

contre cette esp&ce de conspiration universelle et permanente. Selon toute probability le domaine ecctesiastique, en cessant d'etre une. propria conditionnelle, aurait reparu sous une forme houvelle, affranchie die tout controle et qui eut fait regretter Fabus des benefices. Sous cet abus il y avait une ga-t rantie. Une fois libre et irresponsable, qui peut dite

les inconvenients que la propriety de Tfigliseeut entrain^s? -

La nouvelle du traits fut accueillie par une immense stupefaction qui bientot se changea en un long cri de colere. Lorsqu'il s'agit d'y apposer les signatures pendant la c6r6monie du couronnement de l'empereur, il se manifesta une si violente oppo-. sition parmi les cardinaux et les hauts dignitaires tte Ffiglise que le pape n'asa pas signer, II refusa done de sanctionnerles obligations qu'il avait contractus pour sa part-; mais il pr&endit astreindre Henri k observer un traits qu'il considSrait corfime non avenu pour lui-meme, l'obliger k renoncer aux investitures sans lui rendre les droits regaliens ainsi qu'il s'y £tait engage.

Henri transports de fureur s'empara du pape et d'une douzaine de cardinaux, les fit attacher avec de grosses cordes comme des animaux qu'on mfene au marchS, sortft de Rome en s'ouvrant un passage 1'epSe 3f la main k travers le peuple soulevS, et se retira dans la Sabine avec ses prisonniers, en veillant k ce qu'ils fussent trails avec* beaucoup de brutalite afin de venir plus vite a bout, de leur resistance. II n'insista pas pour la reprise du projet abandonne qu'il n' avait vu lui-meme qu'avec defiance, et qu'il consid6rait comme 6tant d'une execution presque impossible, ainsi qu'il rSsalte de la lettre justificative c[u'il adressa aux Romains vers cette epoque, mais il se montra fermement r£solu de ne rien c6der des

droits de F Empire. Dans ses. rapports avec son ancien complice, il employait tour k tour Fironie et la menace, tantot lui faisant insinuer confidentiellement que- Fempereur se pr6parait k le fitire mettre eri pieces lui et ses cardinaux, tantdt Faccablant de t6moignages d'un respect d&risoire et se comparant a Jacob qui retint un r ange prisonnier jusqu'i ce qu'il eut 6t6 b&ii par lui.

Enfin Pascal le vit si froidement determine a maintenir ses droits, que, d&esp&rant de le ftechir, il imagina une nouvelle transaction beaucoup moins extreme que la premiere, mais infiniment moins cou* rageuse et honorable pour Ffiglise. Elle consistait k remettre toutes choses dans le meme 6tat oil elles se trouvaient avant le debut de la querelle des investitures. Ce n'dtait plus d&avouer tout le pass6 de la papaut6, mais c'6tait la declarer vaincue par FEmpire et abajidonner non-seulement la politique de GrtSgoire VII, mais m£me les vues 6troites d'Urbain II. Henri gardait purement et simplement son droit d'investiture en s'engageant k n'en faire aucun trafic simoniaque, et le pape le relevait de toutes tes excommunications qu'il pouvait avoir encourues par le sans-g6ne tie ses proc6des envers la cour apostolique.

L'Empereur eut grand soin de ne rel&cher le pape et les cardinaux que lorsqu'ils eurent mis leur signature au-trait6 et achevd son couronnemept selon toutes les formes usit^es. Mais k peine eut-il repass^'

les. Alpes ayec son armee qu'un tolle g6n£ral 6clata contre eux dans toute T Italic, qui se trouvait humiltee en leur personne, et surtout daris le sein de l'figlise, dont les steges les plus importants etaient encore occup&par les anciens compagnons d'Hildebrand. On accusa leur, faiblesse en termes outrageants et on les chassa de Borne. Pascal n'osant assumer sur lui la responsabilit6 d'un second parjure, ni surtout s'exposer de nouveau h la vengeance de l'Empereurdont il avait appris a redouter le ressentiment, assembla un concile au Latran, y expliqua sa conduite et s'efforca de la justifies Mais ces princeg de 1'figlise, s'6levant contre lui (Tun accord unanime, d&rident que sa promesse est nulle et h&r&ique, Ten d&clarent d61ie et lancent rexeoramiimcation contre Henri et ses adherents ; sentence que Pascal ne consent k confirmer que dans un second concile et devant des sommations devenues menagantes.

Ce solennel parjure 6tait ji'autant moins pro'pre a mettre fin k 1' interminable ddbat des investitures, qu'un nouveau sujet de contestation veriait de naltre entre le pape et l'empereur. IAmie d'Hildebrand, la vaillante amazone de 1'EgHse, la fidele alltee dont la longue vie n'avait 6t& qu'un perpetuel combat eri faveur de la cause des pontifes, la comtesse Mathilde venait de mourir en,16guajit tous ses biens au saintstege.

L'authenticit6 de cette donation, faite et confirmee •plusieurs fois de son vivant, ne pouvait etre mise en

doute par personne, mais aux termes memes de J'acte elle semblait ne comprendre que les propri6t6s territoriales de la comtesse, et il n'y 6tait nullement question ni desfiefs, ni des droits de souverainet6 (1), Henri, qui 6tait son heritier naturel, lui contests jusqu'au droit d'ali&ier ses terres. II accourut en Italie, pour y prendre possession de cette riche succession. Cela fait, il marcha sur Rome, y entra triomphalement, et installa en grande pompe au Vatican Biirdino, un des antipapes dont il 6tait toujours pourvu, k la place de Pascal, dont la mort suivit de prfes cette d^faite.

L'&ection de G^lase II et son court pontificat n& firent qu'attester la lassitude et le dScouragement oil 6tait tomb6 1q parti des papes. II se montra impuissant non-seulement a.dSfendre Rome contre les Allqmands, mais m&ne k conserver uh coin de terre enltalie pour servir de refuge k son 61u, qui, chass6 de la P&rinsule, alia mourir k Cluny sous la protectioa <Ju roi de France.

Son successeur fut Calixte II, pr&at de haute naissance, isst*de la maison de Botirgogne et parent de

(1) Voici la partie du texte qui a autorise cette interpretation qui n'a jamais £16 s6rieusement refut6e : « Pro re- « medio animae meee el parentum meorum, dedit et obtuli « ecclesiae'Sancti Petri per interventum domini Gregorii « papae VII omnia bona mea jure proprietario tam « quee turn habuerflm quam ea quae in antea acquisitura ,« eram, etc. »

l'empereur. Initio de bonne heure k la diplomatic des grandes affaires, assez indifferent au fond du debat pourn'y apporter aucune pretention exag6r6e, le nouveau pape etait l'homme d'figlise lemieux fait

pour preparer la transaction qui devait mettre fin k la querelle des investitures. L' accord fut en effet conclu par ses soins k Worms, ou Henri avait assemble une dieie. Le droit d'investiture fut divise dans son exercice comme il l'etait dans son objet. L'investiture spirituelle par la crosse et l'anneau fut laiss^e exclusivement au pape. Celle des biens r6galiens forma une investiture politique, fut£onserv£e k l'empereur et se fit par le sceptre. L'eiection eut le meme caractere mixte : on la confia aux chapitres assises d'un repr6sentant de l'empereur.

On s'est etonn6 que cet expedient si simple n'eut pas ete.adopt6 plus t6t. C'est ignorer d'une fagon ab- Bolue le sens de la querelle des investitures. On n r eut voulu k aucup prix de cet arrangement avant qu'il ne fut impost par 1' evidence de l'inutilite d' une -plus longue lutte sur ce terrain. On l'eut repousse d'un commun accord et comme un aveu d'impuissance. C'est qu'il s'agissait d'un tout autre intent que celui qui etait invoque par les deux partis. II s'agissait de la suprematie de l'figlise, de la guerre eternelle entre le sacerdoce et 4' Empire, entre la theocratie et les pouvoirs politiques. Les investitures avaient servi de champ de bataille ; elles avaient ete le pretexte, mais non le vrai sujet de la querelle. Aussi le traite

de paix qui venait d'etre sign6 ne pouvait-il 6tf e consid6r6 que comme une courte suspension d'armes. Chaque mouv.ement de d&aillahce produit par Timpossibilit6 oh 1'figlise et TEmpire se trouvaient encore de se Taincre ou de s'anSantir mutuellement, devait 6tre ainsi noarqu6 par une phase nouvelle de cette guerre dont la forme pouvait varier, mais dont le fond ne changeait jamais.

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