EUGENE III ET ARNAUD DE BRESCIA
Aprfes le rfeglement de la querelle des investitures, c'est l'h^ritage de la comtesse Mathilde qui sert de pr£texte aux luttes de la papaut6 contre Y Empire. Cette substitution n'impliquait ni d'une part ni de T autre le desaveu des pretentions ant6rieures, elle n'etait qu'une simplification accepts par les deux parties momentan^ment hors d'etat de faire valoir leurs griefs dans toute leur Vendue.
En AHemagne, la dynastie franconienne s'&ait eteinte avec Henri V (1 1 25) et Lothaire, due de Saxe, 6tait arriv6 au trone grace k Pappui desWelf de Bavifcre , mais il avait du accepter leurs conditions et prendre l'engagement de rester fidfele k la politique traditionnelle de cette maison. Elle n'en avait jamais
eu d'autrc qu'un zfcle invariable a defendre les inter£ts du saint-siege, ce qui lui valut un peu plus tard l'honneurde donner son nom au parti des papes en Italie comme en Allemagne. En face d'elle s'elevait d6]k une maison rivale non moins ardente a soutenir la cause oppos^e ; c'6tait ceile des Souabe, qui lui disputait PEmpire au nom des traditions de Henri IV et de la maison des Gibelins. Une division analogue se manifestait k Rome entre les Frangipani et les partisans de Pierre de Leon, le n^gociateur du traite de Sutri, et T Italie avait ses deux papes, comme PAllemagne ses deux empereurs. Des deux cdt6s on luttait, maisavec mollesse, et les peuples, comme d6sint6ress6s du r6sultat final du combat, semblaient ne lui accorder que Pattention qu'on donne h un spectacle et ne lui fournir que les aliments indispensabtes pour Temp^cher de finir trop vite faute de combattants.
C'est qu'en effet, k Pombre de cesrivalit6s entre PlSglise et P Empire, une immense revolution venait de s'operer k petit bruit au sein des cites italiennes. Quels que soient les regrets qu'inspire Pusage impolitique qu'elles firent plus tard de leurs liberies, on ne peut qu' admirer la perseverance et Phabilete qu'elles d^ployferent pour les conqu6rir. Aprfcs avoir enchaln6 sinon vaincu la domination germanique et la f6odalit6 des comtes avec Palliance de PEglise, aprfcs avoir substitue P6v6que au comte dans toutes ses magistratures, la cite italienne s'etait servie de
r Empire pour tuer la teodalit6 des £v6ques, et elle se constituait maintenant avec ses propres forces, rempla?ant partout les 6v6ques par les consuls, souverains municipaux sortis de son sein, 61us par les citoyens, assistes d'une espfcce de s6nat, sous le nom de credenza i et joignant au pouvoir judiciaire le commandement des forces militaires.de la ville et de son territoire.
Chose singuli&re! cet 6tablissement essentiellement r6publicain par toutes ses tendances, loin d'exclure le double pouvoir imperial et pontifical, dont il venait de briser les deux repr6sentants Tun aprfes r autre, le r6clamait au contraire comme son couronnement naturel et indispensable, il se d6clarait constitu6 sous son patronage, il subissait jusque dans ses revokes r antique fascination si ch6re aux imaginations italtennes. Entre la papaut6 et r Empire, la cit6 pr&endait vivre libre sans 6tre absorbte par ce formidable voisinage, participer k leur grandeur et k leur gloire sans rien sacrifier de sa propre individuality recevoir sans donner. C'&ait, comme on voit, l'utopie des Romains mise en action et gen£ralis£e dans toute Tltalie.
Chacunede ces petites r6publiques 6tait d'autant plus ombrageuse qu'elle 6tait plus faible. Si elle tenait si fort k ne relever que de l'Empire, c'6tait en grande partie pour ne pas tomber sous la d6pendance de la municipality voisine. On est all6 chercher trte*-loin la cause des haines et des rivalitfe qui
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les s^parent des leur naissanee. On Pa vue dans des oppositions d'interet qui n'etaient cependant pas plus fortes en Italie que dans le reste de PEurope, et plus recemment dans des differences d'origine et des antipathies de races qui se retrouvaient £galement dans d'autres pays oil elles n'ont pas produit de tels r6sultats. Ces deux elements sont entrfe sans doute pour leur part dans le d£veloppement anarchique des cites italiepnes ;.mais ils ne suffisent pas k en rendre compte. II n' est pas de systeme qui, appliqu6 k cette histoire d'une facon absolue, n'y rencontre des dementis a chaque pas, et ces explications ne soulevent tant d' objections que parce qu elles sont incompletes. La constitution des republiques italiennes sous les auspices de la duality imperiale et pontificate doit etre compt£e k plus juste titre que toute autre influence au nombre des causey de leurs divisions, Grace k ce souverain abstrait, fictif, impersonnel, elles £chappent k la discipline, k la subordination, aux servitudes de tout genre qui sont la loi des.souverainet£s reelles; elles se donnent deuxmaitres pour n'en avoir aucun, et chacune d'elles se fait naif vement le centre du monde, k Pexemple de Rome, n'admettant au-dessus d'elle que Je pape et Pern pereur, ne se reconnaissant d' obligation qu'envers eux, parce qu'elles comptent bien les eiuder, acceptant leur juridiction, mais k la condition qu'elle restera d#ns P6tat indefini ou elle leur est apparue d'abord, faible, divisee, invisible, absente, et n'in-
terviendra que dans les cas ou il leur plaira de l'invoquer. Partout ailleurs la cit6 d^pendait de.la province, qui se ratUchait elle-m&ne par mille liens & ftitat, b, fat patrie commune ; ici rien de semblable. Ne poqvant voir la patrie ni dans l'ltalie, parce qu'elle n'6tait qu'une fraction de l'Empire et ne s'appartenait pas h eile-m6me , ni dans l'Empire parce qtfil n'6tait qu'une abstraction, un compost indistinct de;vingt nationality diverses, ni dans l'figlise, parce qu'elle 6tait le patrirooine commun de l'humanit^, la cit6 italienne devait 6tre amende k la placer tout entire en elle-meme.
. Tel 6tait le mouvement qui transformait l'ltalie pendant les nouvelles phases de l'antagonisme de la papaut6 et de l'Empire; telle 6tait l'activit6 qui se cachait sous sa langueur apparente, pendant que ses deux ennemis poursuivaient dans le vide le fuyant mirage d'un triomphe sterile. Aussi la transaction ou plut6t la treve qui fut sign^e entre l'empereur Lothaire et le pape Innocent II au sujet de l'h^ritage dela comtesse Mathilde, n'eut-elle qu'i un trfes-faible degr6 le privilege d'attirer l'attention, et on ne prit pas plus au serieux la victoire du pontife que la d£faite du souverain, qui consentit h recevoir les biens allodiaux de la princesse en ^change d'un serment de fidelity. Outre que des int6r6ts d'un nouveau genre et mille fois plus 6mouvants passionnaient les esprits, on avait vutropsouvent le langageet l'attitude changer avec la fortune pour que les deux pouvoirs ri-
vaux n'eussent pas beaucoup perdu de leur ancien prestige aux yeux des peuples. Le m£me Innocent II qui, k la suite du traits dont il vient d'etre question, avait fait peindre un tableau parlant ou Lothaire 6tait represents k genoux, recevant de lui sa couronne, et et qui ne craignait pas de jeter Tinterdit sur un royaume comme la France, k propos d'un refus d' investiture 6piscopale, cet Innocent II s'infligeait k luimeme sans hesitation le plus lache dementi en sacrant roi, k la suite d'une bataille perdue, le Normand Roger de Sicile qu'il avait declare dechu du trone peu de jours avant 1'ouverture de la campagne.
Ce n*6tait pas Tinfluence de tels pontifes qui pouvait empecher Rome de prendre part k son tour k une revolution dont elle seule en reality avait 6t6 la veritable initiatrice. N'6tait-ce.pas Rome, en effet, qui la premiere avait pose les termes du grand probieme dont les autres villes cherchaient la solution : maintenir Tindependance de la cite k c6te du principe imperial et pontifical? Elle retrouvait cette tentative k chaque page de son histoire, et en la recommentjant ne faisait que reprendre ses propf es traditions. Ce nouvel essai devait 6chouer comme les precedents, par une consequence du pacte fatal qui faisait d'elle la clef de voute de Ffiglise et de FErnpiref ; mais elle sut lui communiquer cette fois un caractfere d' universale et de radicalisms qui forme un contraste original et impr^vu avec les revolutions du moyen kge , et lui donne Taspect d'une guerre de
principes. Ce caractfere tout philosophique n'&ait du reste nullement romain d'origine; il 6tait en quelque sorte le produit d'une reaction du monde suf Rome qui ne fournit que la mise en scfene. II faut dire par quel enchainement de circonstances il vint s' adapter k une revolution municipale qui n'avait rien de particulier ni de nouveau par elle-meme.
Une renaissance intellectuelle pleine de jeunesse et de vigueur commen^ait k se manifester dans toute P Europe, et son repr6sentant le plus Eloquent et le plus hardi £tait le Breton Pierre Abailard , nom immortel dans la tegende, comme dans Phistoirfi. Sa parole avait un retentissement intiniment plus grand qu'on ne pourrait le soupconner ? les communications entre les peuples 6tant alors peut-etre plus frj£quentes et surtout plus intimes qu'aujourd'hui , grace aux croisades, aux pfelerinages, aux missions, qui suppteaient implement sous cer rapport k ceqtfontpu faire depuis les relations industrielles et commerciales. « Les livres d' Abailard passent les Alpes ettraversent les mers, £erivait k saint Bernard" Guillaume, abb£ de Saint-Thierry, ses nouveaux dogmes se r£pandent dans toutes les provinces, on dit mefne qu'ils sont estimfe k Rome. »
Sa doctrine se r£sumait en un rationalisme encore embarrass^ dans les langSs de la th£ologie , mais libre et hardi pour le temps,. Elle posait avec une netted alors sans pr6c6dents la contradiction inevitable de la foi et de la raison, et, au lieu de sacrifier
celled k celle-li selon la methojle theologique, elle s'effor?ait de leur cr6er k chacune un domaine s6par6 et independant. C'etait le premier begayement du libre examen demandant le droit d'exister, avant de r^clnmer la domination qui lui^est due. La consequence naturelle de ce principe qu'Abailard ne pouvait-proclamer en France que sous des formules scolastiques, etait en politique la separation absolue des deux ordres temporel et spirituel. Arnaud de Brescia , qui avait suivi assidument ses lemons, osa dire tout haut en Italie le secret de son maltre, et il exposa dans toute leur rigueur les deductions de ses principes.
II propagea successivement les doctrines d'A&ailard developp£es par son propre genie k Brescia sa patrie, dans les villes lombardes, puis k Rome meme. Cetenseignement, traduit et commente par l'inspiration d'une ame ardente et intrepide, fufc accueiili avec un enthousiasme facile *k comprendre dans ces cites k peine emancip6es du joug des eveques, C'6taient presque sans modification les principes de la primitive figlise, auxquels dansune heure de defaillance lepape Pascal II avait failli rendre une sanction legale par le traite de Sutri, et qu'il avait proclaims comme un remade desespere k des dechirements dont on ne pouyait plus entrevoir le terme. Le clerge ne devait posseder ni fiefs* ni droits seculiers, ni seigneuries, ni m^me de proprtetes, il devait se contenter des dimes et des oblations volontaires du peuple. Quant
au pape, simple souverain spirituel, il s'abstiendrait de taut acte de gouvernement et laisserait k la r6publique romaine le soin des affaires • politiques. En d^pit de leur ressemblance apparente, il y avait une distance infinie entre la doctrine d'Arnaud et la transaction avort^e de Pascal. Celle-ci n'avait en effet que la valeur d'un fait, A'un expedient, d'une concession, que l'figlisepouvait reprendre avolont^sous une autre forme et qui ne l'engageait k rien, tandis que la revendication de l'eloquent r^publicain de JEfrescia, fond6e sur des deductions philosophiques, se pr&sentait comme une rfegle de justice, comme un .droit 6ternel du laique contre les usurpations du pretre. L'une 6manait du dogme de l'autorit^, Tautre n'6tait qu'une application du principe de liberie.
Gondamne comme her6tique par un concile tenu au Latran et pour des opinions qui ne touchaientqu'k la discipline eccl&siastiquc, Arnaud de Brescia quitta momentan&nent Tltalie et vint k Zurich prScher sa croisade contre I'ambition sacerdotale. Mais sa doctrine avait rencontre k Rome le tferrain le mieux pr6par6 pom* la recevoir, sinon pour la rendre feconde. Elley donna la main k une revoke municipale, et les partisans de Tune et de l'autre 6clatferent sans attendre le r^tour d'Amaud de Brescia. S'emparantdu premier pr^texte venu, d'un traits dupape avec les habitants de Tivoli, ils courent aux armes, entratnent le peuple au Capitole, y installent un s6nat,
et vouent k Pex6cration le gouvernement des pretres souslesyeux d'lmiocent II, qui en meurt de douleur. Sous .le pontifioat de Lucius II, ils competent leur nouvelle constitution et Ton voit reparaitre le-patrice k c6t6 du senateur, et sur les actes P antique et glorieuse formule : Senatus Populus Que Romanus.
Mais la lettre seule reviyait et l'esprit de la vieille Rome 6tait absent. Ces vaines evocations 6taient impuissantes k le ressusciter. On restaurait fidfclement les formes ext6rieures, mais comme s'il se i lit agi d'une action de theatre, et sans aucune id6e du labeur immense dont elles 6taient le symbole et Pexpression. Toutes les ambitions des Romains de la nSpublique se retrouvajent dans ceux de la cit6 des papes, mais ils s'imaginaientse rendre dignesde leur gloire par cela seul qu'ils en avaient Pimagination 6blouie, et ils se flattaient de la reconqu(5rir sans rien ajouter au prix dont leurs p&rcs Pavaient pay6e, rester les maitres du monde sans Taire aucun des sacrifices n6cessaires pour en conserver Pempire.
Ces sentiments se trahissent sous une forme naive dans une lettre qu'ils 6crivirent vers cette 6poque k Pempereur d'Allemagne et qui nous a 6t6 conserve par Othon de Frisingen. Leur intention 6tait de se manager son appui contre Roger, *oi de Sicile, que le pape Lucius ay ait gagn& k sa cause, et ils prirent occasion de Ik pour t&cher de le convertir k leurs vues politiques. Aprfes lui avoir annonc6 en termes emphatiqqes la grande nouvelle de la deli-
vrance du peuple et du retablissement du s&iat, ils lui faisaient savoir pour le seduire et comme un &v6nement dc la plus haute importance qu'ils trayaillaient activ.ement a r&ablir le pont Milvius afin de* fcciliter le passage de ses troupes. L'figlise allait ctre par eux d&initivement dompt^e et soumise k V Empire, l'univers allait de nouveau Stre rendu aux Cesars, le senat.et le peuple romain en prenaient- F engagement, mais ils ne pouvaient se passer de son concours : « (Test ce mfirhe peuple et ce m£me s6nat, lui disaient-ils, par qui Justinien et Constantin ont tenu le mondc dans leurs mains. » Et ils l'assuraient qu'il ne tenait qu'<\ lui d'jen faire autant, supposantr ainsi que toute la force de la vieille Rome avait &6 dans ses maitres, pour se dispenser d'etre euxmemes les artisans dc leur propre grandeur, n'attribuant le vide de leur' recente histoire qu'au hasard qui leur avait refuse un chef, se consid£rant comme des instruments afin de pouvoir imputer k autrui leur impuissance, et sans se douter que les peuples vraiment grands agissent par leurs chefs, mais que leurs chefs n'agissent pas par eux, temoignant enfin par cette interve'rsion des r61es, par ces formules de la servitude qui s'imposaient invinciblement k leur esprit au sein m6me de la liberty, de l'incurable incapacity ou ils etaientde redevenirun grand peuple, Ils montrercnt cependant quelque ehergie pour defendre leur nouvel essai de r^publique. Le pape Lucius, s'6tant flatty d'en venirkbout avec sesseules
forces, se pnisenta un jour en grande pompe au Capitole ento*ur6 d'un cortege de pretres et de soldats, dans un apparcil militaire et sacerdotal k la fois. Lepeuple-roi, (Tabord intimide, se ravisa, chargea k coups de pierres cette armee de c<5r6monie f et le pontife resta lui-meme parmi les morts.
Eugene III qu'on elut k sa place 6tait un fervent •disciple de saint Bernard, Timplacable antagoniste d'Abailard et d'Arnaud de Brescia. Saint Bernard avait ete un des premiers k d^noncer ce qu'il appelait l'h^pesie des politiques, et, non content d' avoir fait condamner Arnaud en concile, il Favait poursuivi jusque daYis son refuge de Zurich, 6crivant k T^veque de Constance de le faire enfermer, cherchant partout des etinemis k ce iriagicien « dont Ja parole etait du miel, la doctrine du poison, qui cachait le dard du scorpion sous un visage de colombe ! » - Ne pouvant lutter d'eloquence et de raison avec de tels adversaires,-saint Bernard s'etait fait le che • valier du dogme et ne les avait vaincus qu'en les impliquant dans l'&ernel procfes du myst&re contre 1' Evidence, de la grace contre le libre arbitre, terrain sur lequel leur superiority m6me etait le plus sur garant de leur condamnation, parce qu'elle ne pouvait prendre au serieux les apparences et les sophismes dont se p&yait le vulgaire.
II etait en ce moment, grS.ce k l'ardeur qu'il avait deployee dans'ce role, la plus Haute puissance de Tfiglise chretienne* II jouissait d'une immense popu-
larit6"en France, en Allemagne et meme en Italie, oil Ton avait vu les populations accourir au-devant de lui pour lui baiser les pieds ; il allait- a lui seul decider le depart de la seconde croisade, et c'etait lui qu'on % venait de nommer pape dans lapersonne d'Eug^ne III, sa creature et son disciple. II avait grand soindele lui faire entendre sans aucune obscurity dans ses lettres : « On dit que c'est moi qui suis pape et non pas vous.» [Epist. 239.) II lui rappelait k tout propos le texte De stercore erigens pauperem, non san^laisser paraitre son d6pit d' avoir 6t6 luimeme 6carte du trone pontifical. Enfin ce zelateur avait pour lui un don de Dieu qui allait'des lors.se perdant tous les jours, et qui n'est pas aupres de Thistoire une recommandation . aussi irresistible qu'elle l'6tait encore auprfcs du plus grand nombre de ses contemporains : c'6tait le don de faire des miracles.
- Les saints de cette 6poque. avaient d&jSt en general #dopt6 la sage habitude de n'op^rerde miracles qu'aprfes leur mort, ce qui est le propre du saint moderne , essentiellement discret, prudent, r6serv6, et ce qui prouve en sa faveur. Mais lui, il allait en semant partout sur son passage, s'entourait de prestiges, et, en presence du peuple rassembte, redressait les boiteux, rendait la parole aux muets, l'oufe aux sourds, la vue aux aveugles, produisait avec facility une multitude de prodiges dont on possede encore Tinventaire details* Souvent m£me il luiarrivait de
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proph&iser, raais cela ne lui r6ussissait pas toiijours, temoin sa fameuse prediction sur Tissue de la seconde croisade, m6prise qui lui procura quelques d£sagr6~ ments.
Ardent et artificieux , enthousiaste et ifisinuant , grand parleur, grand diplomate, plein d*activit£, de vanite, d'ambition, habile dans les petites choses, mediocre dans les grandes, tel se peint lui-meme par ses lettres l'homme dont les inspirations pr6valaient alors dans les cohseils du saint-si6ge. n ne put que mettre en pratique en cette occasion la -politique etroite et banale qui est exposee dans son livre sur la Consideration, sorte de manuel k Y usage tfes papes de son temps. Les Romains lui opposferent Arnauct do Brescia lui-meme, qu'ils rappeterent de son exil. II revint k Rome, y fut re$u en triomphe, et s'effonja d'y r^aliser des plans de r^forme qu'on ne connait gu5re que par ce qu'en ont dit de mauvais chroniqueurs dans leur. prose versifiee, oil tout ce que les faits pouvaient presenter de caract^ristique.est sacrifie a la correction d'un alexandrin plat et incolore. On en sait assez toutefois pour reconnaltre qu'k ses vues si justes sur la necessite d'exclure Tfiglise de toute participation au gouvernement, se joignait l'illusion commune sur la possibility de restaurer les formes de la republique romaine au milieu d'un peuple d£g6n6r£. II aborda* r^solument cette utopie, essaya de faire revivre l'ordre equestre, les consuls, les tribuns, se flattant sans doute que Thero'isme an-