LE TESTAMENT ROYAL ET LE PRET DE VINGT-CIXQ MILLIONS
La Belgique saisit l'occasioai du retour Irioinphal de l'illustre explorateur, poiur exprimer au souveraiu du Comgo sa reconnaissance et sou adluiraliou pour l'œuvre politique et civilisatrice qu'il avait réussi, en dix ans, à mettre sur i)ied. A l'initiative des sociétés congolaises fondées par le capitaine Thys, associées à la «Société des Ingéuieurs et Industriels ., une grande manifestation s'organisa. Une adresse se couvrit en quel- (pies jours de 40.000 signatures. Au cours d'une fête donnée à la Boiirse de Bruxelles, le 22 avril 1890, elle fut remise ai Roi. (pii fut harangué par M. Sabatier, député, président de la Compagnie du Congo et de la Compagnie du Chemin de fer. Stanley y était et dit : > En quoi coiisiste la grandeur d'un souverain '! Si c'est dans son territoire,
alors rempereiir de Russie est le plus grand des monarques. Si c'est dans la beauté et dans la force de l'organisation militaire, c'est Guillaume II qui tient le premier rang. Mais si la grandeur royale comsisle dans la sagesse et la bonté d'un souverain coaiduisanl son peuple avec la soUici- Uulc du berger veillant sur son trompeau, alors le grand souverain, c'est le vôtre». Trois mille personnes acclamèrent ces paroles.
En même ieinps la nouvelle se répandit que Léopo'ld II avait, par testament, légué le Congo à la Belgique. Dans une lettre adressée au chef du Cabinet belge, il exposait que si, sans altendre le jour de sa morl, il convenait à son pays de contracter des liens plus étroits avec ses possessions africaines, il n'hésiterait pas à se tenir à sa disposition. II mettait la Belgique en mesure de s'annexer le Congoi, quand elle le jugerait bon, purement et simplemenl, sans lui imposer aucune condition. Dans le plus noble langage, il déclarait que «c'est en servant la cause (le l'humanilé et du progrès que des peuples de second rang apparaissent coimme des membres utiles de la grande famille <les nations... Un roi, pour rendre service à son pays, ne doit i)as craindre de concevoir et de poursuivre la réa-
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lisalion d'une œuvre, même téméraire en apparence. La richesse d'un souverain coinsiste dans la prospérité publique > .
Le testament royal est ainsi libellé :
« Voulant assurer à Notre patrie bien-aimée les fruits de l'œuvre que, depuis de longues années, Nous poursuivons dans le continent africain, avec le concours généreux de beaucoup de Belges ;
(( Convaincu de contribuer ainsi à assurer à la Belgique, si elle le veut, les débouchés indispensables à son commerce et à son industrie et d'ouvrir à l'activité de ses enfants des voies nouvelles,
« Déclarons par les présentes léguer et transmettre après notre mort, à la Belgique, tous Xos droits souvel'ains de l'Etat indépendant du Congo, tels qu'ils out été reconnus par les déclarations, conventions et traités in tervenus depuis 1884 entre les puissances étrangères d'une part, l'Association internationale du Congo et l'Etat indépendant du Congo d'autre part, ainsi que tous biens et avantages attachés à cette souveraineté.
« En attendant que la Législature belge se soit prononcée sur l'acceptation de mes disj^ositions, la souveraineté sera exez'cée collectivement par le conseil des trois administrateurs de l'Etat indépendant du Congo et par le gouverneur général.
u Fait à Bruxelles, le 2 août 1889.