‹ Histoire politique du Congo BelgeChapitre 11 sur 110 · LÉOPOLD · texte numérisé non relu

LÉOPOLD

En même temps que M. Beernaert communiquailj le 9 juillet, à la Chambre, le testament et la lettre qui l'accompagnait, il déposait un projet de loi approiuvant une convention signée le 3 juillet 1890, aux termes de laquelle la Belgique prêtait vingt-cinq millions, à l'ICtat du (-ongo. La situation financière du souverain était à cette époque extraordinairement embarrassée ; le fardeau d'une immense colonie à développer et à subsidier par les seuls fomds d'une cassette particulière, devenait chaque jour plus lourd à porter. Déjà, la plus grande partie de la forluiie personnelle du roi avait été employée à soutenir cette coilossale entreprise. On n'a donc jamais su exactement si testament et convention n'omt pas été les conséquences naturelles de cette situation exceptioinncllc et anormale. Une seule personne pourrait encore nous fixer sur ce point d'histoire ; peut-être voiidra-t-elle le faire un jour.

L'Etat belge s'engageait à avancer à titre de prêt et sans intérêts, une somme de vingt-cinq millions : cinq millions de suite et deux miltions par an, pendant dix ans. Six mois après l'expiration de ce terme de dix ans, la Belgique pouvait s'annexer l'Etat du Congo avec tous les

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biens, droits et avantages attachés à la souveraineté de cet Etal. Un article spécifiait : VKtat belge recevra de TElat du Congo tels renseignements qu'il jugera désirables sur la situation économique, commerciale et financière de celuici. Il pourra noâamnient demander communication des budgets de recettes et de dépenses et des relevés de la douane . L'Etat du Congo s'engageait, en outre, < à ne comtractcr désormais aucun nouvel emprunt sans l'assentiment du goaivernemenl belge . A la quasi unanimité de ses membres, le Parlement belge résolut de venir en aide au roi et le 25 juillet, la Chambre vota la convention.

Les puissances aussi s'étaient entendues pour faciliter sa tâche chevaleresque. Dix-sept d'entre elles réunies, à Bruxelles, en une conférence anliesclavagiste (18 novembre 1889), revisèrent, à sa demande, l'article 4 de l'Acte de Berlin, en autorisant la perceplio^n de droits d'entrée dans le bassin du CongOL Le besoin de ressources pour activer la lutte contre la traite de l'homme et pour l'extension de la noble mission civilisatrice de l'Etat du Congo au cœur de l'Afrique sauvage, fut l'argument, qui, finalement, eut raison de

ropi)Oisilion des Pays-Bas. L'acte général fut signe le 2 juillel 1890.

Grâce au parlcniciil belge d'une part, et aux puissances, d'aulre pari, la question financière se troiivail donc provisoirement résolue et l'équilibre budgétaire de l'I^tat plus ou moins assuré.

L'OCCUPATION DU KATANGA.

Les découvertes géographiques, l'occupation ralionnellc et l'outillage économique du bassin du (^ongo se poursuivaient fiévreusement, jusqu'aux régions extrêmes du territoire.

Plusieurs explorateurs, notamment Livingsto- 4ie. Cameron, Cambier, avaient appelé l'attenlion sur le Katanga et fait allusiom aux richesses minières qu'il renferme, suivant les dires des Arabes et des indigènes qui y étaient allés. Deux allemands, Bôhm et Reichard furent les premiers à y pénétrer, en 1883. à entrer en rapport avec son chef principal Msiri, et à visiter quelquesunes des mines de cuivre que les indigènes exploitaient. En 1885, ce fut le tour de deux officiers portugais, Capello et Ivens, de visiter le pays de Msiri et, en 1890, celui de quelques voyageurs anglais: MM. Tompson, Sharpe et Grant.

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La curiosité scientifique de ceux-ci n'était pas aussi désintéressée que celle de leurs prédécesseurs allemands et portugais, s'il faut en croire certains joairnaux à la dévotion de M. Ceci] Rhodes, l'ardent promoteur de la «Chartered » de l'Afrique australe. Ces joiirnaux, en effet, s'appuyant sur de prétendues concessioms territoriales que les voyageurs anglais disaient avoir obtenues de Msiri, ne parlaient de rien moins que de l'annexion du Katanga à la Rhodésie. Or, depuis 1885, le Katanga était englobé drns les territoires de l'Etat indépendant du CongO'.

La situation poiuvait, d'un jour à l'autre, devenir inquiétante, si des agents de la «Chartered» plantaient le drapeau anglais à la résidence de Msiri, près duquel éîaient déjà élablis. depuis quelque temps, les agents de la mission écossaise du rév. Arnot. Aussi l'Etal, usant des seuls moyens à sa dîsposi'ion pour conjurer le péril, donna-t-il ordre au lieutenant Paul Le Marinel, chef de la station de Lusamboi, au coude du Sankuru, de se diriger, à marches forcées, vers Bunkeïa et d'y arborer l'étendard de l'Etat. Mais rien ne garantissait, à ce moment, que Le Marinel attein-

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dniil son but, à travers ces pays loinlaiiis, coinplètement inexplorés.

C'est alors qu'intervint la Compagnie du Congo pour le Commerce et Vlncfustrie, qui rendit, en cette circonstance, à l'Etat, un nouveau et signalé service. Elle venait précisément d'organiser une expédition de découvertes, qui remontait le Loniami et qui était dirigée par M. Alex. Delcommune, ayant pour adjoints MM. le D'' Briart. l'ingénieur Didderich et le lieutenant Cassart. Elle s'empressa de mettre ses services à la disposition de l'Etat et, en outre, lui offrit de se charger de compléter, sans aucun retard, l'action de., missions Le Marinel et Delcommune. par un ensemble de promptes et énergiques manifestalions, qui devaient avoir pour résultat de couper courl aux agissements des anglais au Cap. C'est alors que fut étudiée la création de la Compap'i.'fme du Kafanga.

L'Etat s'empressa d'accepter ces propositions e( conclut, le 12 mars 1891, avec un groupe (•on; posé de MM. Jules Urban, le capitaine Thys, Ed. Despret, Léon Lambert et G. de Laveleye. une conventiom réglant la constitution de la« Compagnie du Katanga , qui fut fondée, le 15 avril suivant. Cette société reprit po'ur son compte

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l'(xppclifion Delcoinniunc et décida d'envoyer d'urgence, en Afrique, deux autres expéditions dirigées par les capitaines Bia et Francqui, d'une pari, et par le capitaine Stairs, d'autre part.

Leurs chefs furent commissiomnés par l'Etat ci munis de pleins pouvoirs. Moins d'un an après les trois colonnes avaient atteint la résidence de Msiri : Delcommune, arriva, le 6 octobre 1891, quatre mois après le départ de Le Marine! ; Stairs, le 14 décembre ; Bia, le 30 janvier suivant. Elles poussèrent leurs investigatioms et leurs reconnaissances jusqu'aux limites les plus méridionales de l'Etat et en firent reconnaître le drapeau.

Il importe de le dire : si aucune expédition de découvertes n'a, depuis la foindation de l'Etat, été plus féconde en résultats scientifiques, aucune n'a été plus décisive au point de vue politique. Non seulement l'orographie et l'hydrographie du pays étaient désormais, grâce à elles, presque entièrement connues, mais l'ingénieur des mines, Jules Cornet, signalait, le premier, l'immense avenir des hauts plateaux cujîrifères du Katanga, tandis que, par des traités ]\Tssés avec les chefs indigènes, le pays était politiquement mis à l'abri des coinvoitises de Ce-

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cil Rhodes. Désormais, il n'allait plus être possible de s'appuyer sur les théories de la non-reconnaissgnce et de la non -occupation des «zones d'influences ï, pour essayer de contester ces frontières méridionales de l'Etat, fixées par l'Acte de neutralité. La «Chartered>, du reste, ne fit plus aucune tentative et, le 12 mai 1894, le gouvernement britannique régla la question en signant, avec l'Etat du Congo, une convention précisant les frontières respectives des puissances, dans ces parages.

D'autre part, MM. Van Gèle et Georges Le Marinel achevaient l'exploration de l'Ubangi et de ses affluents ; Hodislcr et Schagestrom, celle de la Mongala ; le lieutenant Charles Lemairc, celle des rivières débouchant à l'Equateur.

L'initiative privée rivalisait d'élan et d'ardeur avec l'action goiuvernementale. Le capitaine Thys avait successivement fondé les sociétés commerciales des Magasins Généraux (1888), du Haut- Congo (1888), des Produits du Congo (1889), et du Katanga (1891). Le «Syndicat du Katanga» sons la directioiU de M. Hodister allait chercher à établir des relations commerciales dans les parages de Nyangwe et du haut Lomami et une compagnie (en formation), due également à l'ini-

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tiative du capitaine Thys, s'apprêtait à mettre en valeur le vaste bassin du Kasai, sous la dénomination de «Compagnie des Caoutchouc du Kasai». Des missionnaires protestants sous la conduite des rév. Grenfell, Bentley, Sims, Comber, Taylor et Forfeit ; des missionnaires catholiques sous la direction des PP. Van Ronsié, Cambicr, Roelens, Van Aertselaer, De Deken et Liagre, étaient établis sur différents points du territoire. Enfin, les travaux de chemin de fer étaient commencés, à ^îatadi, depuis le mois de mars 1891, sous la direction des ingénieurs Charmanne et Goffin.

Dans tous les milieux, le mouvement en faveur de l'œuvre humanitaire et patriotique du roi se dessinait. Les événements se succédaient, du reste, avec une rapidité qui ne se ralentissait pas d'une minute et avec un succès déconcertant. «Sans exemple dans l'histoire des découvertes continentales, a dit M. le baron de Richthofen, président de la Société de Géographie de Berlin, apparaît la rapidité avec laquelle la partie la plus longtemps ignorée de l'Afrique, l'immense bassin du Congoi, a été explorée dans toutes ses régioins»..

Ce fut l'heure de l'apothéo'se. Grâce au génie d'entreprise du roi, l'histoire des Belges s'était

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(Miricliie de pages glorieuses. Une conlréc florissante, cent peuples nouveaux n'attendaienl qu'un signal pour concourir avec eux à l' activité (lu monde. D'autres pages, enco're plus belles, allaient, sans doute, s'ajouter aux premières et la Belgique n'allait pas tarder à recueillir les bénéfices légitimes et enviés de gloire et d'honneur que lui valaient tant d'initiative et de vaillance.

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