LE DÉCRET SECRET ET LE CONFLIT DE 1892. 8U
pire imineiise qui déjà avait vingt fois la superficie de la Belgique, cinq fois celle de la France. Seulement, pour soutenir son œuvre et réaliser ces gigantesques projets, il lui était indispensable de se procurer des ressources plus considérables que celles dont il disposait, que pouvaient lui fournir les droits de douanes autorisées par la Conférence de Bruxelles, les impôts et le subside que la Belgique venait de lui voter. Il décida donc qu'il les demanderait à l'exploitation des richesses du Domaine privé de l'Etat, à l'impôt en nature, à l'impôt en travail, obligeant l'indigène à recueillir et à apporter aux agents du fisc une certaine quantité de caoutchouc. L'ivoire, qui valait vingt francs le kilogramme et le caoutchouc, qui en valait sept ou huit, allaient rapidement faire affluer dans les caisses du Trésor, les millions nécessaires pour entreprendre les conquêtes proijietées^ assurer le service financier, réaliser, même en Belgique, certaines entreprises et combinaisoms grandioses rêvées et caressées depuis longtemps. La conquête du Nil allait être entreprise et pour y réussir le bfjssin du Congo devait être transformé, sans retard, en une colonie de rapport.
Le capitaine Coquilhat muni d'instructions spé-
ciales fut envoyé, à Borna, pour y remplacer le ' major Cambier à la tète du gouvernement local. A peine arrivé, il l'ut promu vice-gouverneur, le 19 novembre 1890, Sa mission principale était la mise sur i)ied de l'organisation nouvelle qui allail être donnée à la politique économique de l'Etat et Tenvoi aux agents résidents dans les districts du haut fleuve, d'ins- Iruclions secrèles qui ne devaient pas tarder à y conlrecarrer le libre exercice des droits des indigènes et l'action du commerce privé.
D'autre part, le plan d'une grande expédition militaire à conduire au Nil par la vallée de rUcle, en vue de l'occupatioiii des territoires de l'ancien Soudan égyptien abandoiiiné par Eminpacha, plan propoisé par le capitaine X'ankcrcklioven, ancien chef du district des liangala, avait été étudié, discuté et approuvé. Chemin faisant les soldats de l'expédition devaient récolter livoirc dont Stanley, Lupton et Junker avaient signalé l'exislence en stoks considérables, dans lUele et le Bahr-el-Gazal. Seulement ces régions étaient convoitées par d'autres voisins qui, invoquant eu.v aussi, les théories élastiques de l'hinterland et des terres vacantes, s'étaient mis en devoir de se les annexer. D'abord rAllemagne, qui y