‹ Histoire politique du Congo BelgeChapitre 14 sur 110 · LK DÉCRET SECRET ET LE CONFLIT DE · texte numérisé non relu

LK DÉCRET SECRET ET LE CONFLIT DE

avait envoyé Emiii accoiiipagiié du D'' Stuhlniai)ii ; puis, la Compagnie à ciiarlc de sir William Mackinnon, ami des Belges. Le roi el sir William se mirent aisément d'accord sur leurs champs d'actions respectifs et concluèrent. le 21 mai 1890, une convenfioin fixant le Nil comme ligne de séparation de leur zoaie d'influence.

Toutes ces négociations furent poursuivies et toutes les dispoisitions furent prises, dans le plus profond secret. Pendant plus de dix-huit mois, rieii des combinaisons nouvelles et des mesures arrêtées, ne transpira.

L'avant-garde de l'expédition Vankerckhoiven, sous le commandement du lieutenant Ponthier, quitta le Stanley-Pool, au mois de décembre 1890. De Kimpokoi à Irebu, tout le pays qu'elle traversa comme un fléau, fut mis à contribution de vivres et d'hommes. Les villages qui résistèrent furent incendiés, leurs habitants décimés, les hommes valides emmenés à la chaîne.

Toutes les dispositions étant prises, le roi souverain signa le 21 septembre 1891, sous le contre-seing de M. Van Eetvelde, secrétaire d'Etat au département de l'Intérieur, le décret suivant:

« Les commissaires de districl de l'Aruwimi- Uele de rUbangi, les chefs d'expédilions du haut-

Ubangi prendront les mesures urgentes et nécessaires poui' conserver à la disposition de VEtat les fruits domaniaux, notamment l'ivoire et le caoutchouc » .

Cf. décret qui allait avoir sur les destinées de l'Etat philanthropique du Congo, les conséquences les plus désastreuses, demeura secret pendant près d'un an. Le Mouvement Géographique le révéla dans son numéro du 14 août 1892. Il ne fut jamais publié au Bulletin Officiel.

Les fonctionnaires de l'Etat, se conformant aux instructions envoyées par Bruxelles et transmises de Boma, par le vice-go'uverneur Wahis, qui avait remplacé le major Coquilhat décédé, rédigèrent alors des circulaires défendant aux indigènes de chasser l'éléphant, «à moins qu'ils n'apportassent à l'Etat l'ivoire récolté» (15 octobre 1891), d'exploiter la liane à cao'Utchouc, «à moins d'en remettre le produit à l'Etat» (8 mai 1892). Une décision du 14 février 1892 fit savoir aux commerçants qui achèteraient ces deux produits aux indigènes qu'ils «se rendraient coupables de recel et seraient dénoncés aux autorités judiciaires». Enfin, on inaugura le système des régioms réservées au seul trafic de l'Etat, en informant le commerce de ce que l'établissement de factoreries

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en amolli de Yakoiiia ('confliiciil de rUhan.LÇi fl (In Bomii') consliluail un dan^cM- public; et (fno, i)ar conscuiucnl. il élail intordil aux comincrçaiils de trafi([iier dans le bassin de rUole — où opérait l'oxpédilion Van Kcrckhovcn. L'niat du Congo violail brutalement l'esprit et la lettre de l'Acte général de la Conférence de Berlin. Le commerce privé r'^])résenté sur le haut fleuve par la Société Belge du Haut-Comgo» et par la société hollandaise de Botterdam, achevait d'installer à cette époqu»:^ des factoreries le long des rives du Congo, dans les bassins du Kasai. du Ruki, de la Mongala, de l'Itimbiri et du haut-lTbangi. Déjà, depuis près de deux ans, elles protestaient contre les agisisements des agents de l'Etat, contr.'iires aux droits et aux intérêts du commerce. Mais jusqu'alors, il semblait que ces mesures n'étaient que des yexations passagères, ne découlant l)as d'instructions formelles venues de Bruxelles. Lorsque la nouvelle de la situation que les circulaires créaient et des conflits qu'elles avaient ])rovo- (|ués, parvînt en Europe, les sociétés commerciales déçues dans leurs espérances, lésées dans leurs inlérêts, menacées dans leur existence même, protestèrent avec énergie auprès du secrétaire d'Etat du Congo, M. Van Eetvelde et auprès de M. Béer-

naert, ministre des Affaires Etrangères de Belgique. Le premier article de jjrotestation parut dans le Mouvement Géographique, organe du groupe <les sociétés belges, le 24 juillet 1892, sous la signature de l'auteur de ce livre, qui revendique l'honneur d'avoir été le premier, à prendre ])ubliquement la défense des indigènes et de la liberté du commerce menacés au Congo. Une polémique ardente se poursuivit pendant trois mois. Invoquant l'Acte de Berlin, MM. Laml)crmont et Banning se proinoncèrent contre l'orienlation nouvelle de l'Etat. M. Camille Janssen. gouverneur-général, préféra démissio^nner ])lutôt que d'ap])oser sa signature au bas de décrets qui allaient mettre des entraves à la liberté commerciale, organiser l'exploitatioa en régie par l'Etal du domaine privé et, co'uséquence fatale, instauré le travail forcé. Déjà MM. les adminis- (r:it( urs généraux Strauch et Van Neuss avaient quilté le service de l'Etat.

Néanmoins, celui-ci fort de l'avis de quelques avocats réussit à résister à la pression de i'ujiinio'U publique. Il maintint le principe de sa jHiJilique nouvelle, basée sur une interprétation abusive de la tliéorie des terres vacantes, mais ci'ut politique de donner un semblant de satisfaction

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