LA REVOLTE ET LA GUERRE ARABES
Ceux qui, au Congo, prirent les premiers ombrage de l'altitude nouvelle de l'Etat, furent les trafiquants arabes de Zanzibar, établis sur le Tanganika, le Moero et le Lualaba, depuis 1870. Ils y faisaient surtout la rafle de l'ivoire, en même temps que la chasse à l'homme, pour les besoins de leurs transports, de leurs expéditions armées et de leurs plantations.
En 1883, Stanley se rendant aux Falls croisa une de leurs bandes dévastatrices qui avait poussé ses incursions jusqu'au comfhient du Lomami. Pour essayer d'enrayer, par une occupation effective, l'invasion qui s'annomçait, l'agent supérieur de l'Associatioin du Congo avait établi un poste aux Falls. Qhiinze mois plus tard, le 26 janvier 1S85, le capitaine Van Gèle y arrivait et trou-
Voit établi, à côté du poste eurdpéen, Tippo Tip, qui, quelques années auparavant, alorsqu'il était installé à Kasongo, avait été si hospitalier pour Stanley. La question arabe était posée pour l'Etat du Congo. La paix ne tarda pas à être troublée car de multiples intérêts étaient opposés. Le 28 août 188G, en l'absence de Tippoi Tip, la station gardée par deux européens fut attaquée et occupée par les hommes de Rachid, neveu du chef arabe. On sait à quel expédient eut recours alors le gouvernement de l'Etat pour conjurer le danger, qu'à ce moment, il ne lui était pas possible de combattre ouvertement. Tippo Tip, fut rencontré, en février 1887^, à Zanzibar, par Stanley, qui reçut l'expression de ses re grets, le nomma Vali des Falls et le ramena à soin i)oste, où le drapeau bleu fut relevé.
Cette première révolte fit entrevoir les difficultés que ne tarderaient pas à créer aux Européens les sultans arabes du Lualaba. Aussi l'Etat prit-il ses dispositions, en conséquence ; il créa deux camps retranchés, l'un à Basoko (1889), l'autre à Luzambo 1890', destinés, avant tout, à servir de bases aux oi)éralioiis fului'cs contre les Arabes.
Ceux-ci observèrent tout 'd'abord, une attitude
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pacifique, tout en développant leur occupation du pays, dans le Manycnia et le long du Comgo entre Kasongo et les Faits. Mais d'incessants incidents faisaient prévoir que la situation, pacifique ne se maintiendrait guère. Du reste, la voix pathétique du cardinal Lavigcrie avait enflammé les ardeurs du prosélytisme religieux et la Société anliesclavagiste, constituée à Bruxelles, avait envoyé sur le Tanganika des troupes commandées par les lieutenants Jacques et Descamps. Elles essayèrent sans grand succès, d'y contrecarrer les agissements de Rumaliza, sultan d'Ujiji. Dès ce momentj on put considérer la guerre comme déclarée.
L'expédition Van Kerckhoven, qui ruina les les opératio'us des traitants arabes dans l'Uele substituant son actio^n à la leur dans la récolte» de l'ivoire ; l'attaque victo'rieuse de Rumaliza contre les troupes du lieutenant Jacques, le 9 avril 1892 ; la révolte du chef nègre Gongo Lutete qui se déclara l'allié de Sefu, fils de Tippo-Tip et marcha contre Dhanis. en mai 1892; le massacre de l'expédilion coinimcrciale d'Hodistcr, par le sultan Nserera, de Riba Riba^ le 15 mai 1892, inaugurèrent une rude et longue campagne militaire, ferti'e en péripéties.
Le comhal de Goï Kapoka gagné sur Sefii et sur Munie Mohara, siillan de Nyangwe (9 janvier 1893) ; la prise de celle ville (4 mars 1893^ ; la révolte de Rachid, vali des Falls et sa repression par Challin, Toibback et Ponthier (marsjuin) ; la prise de Kasongo (22 avrils, la lulte contre Rumaliza, sultan d'Ujiji (novembre 1893, janvier 1891), la reddition de Kabambare et la captivité de. Rachid (25 janvier), sont les |)rincipaux faits de cette campagne mémorable (pii se prolongea pendant près de deux ans. Au point de vue militaire, elle fit le plus ^rand honneur au commandant en chef des fo'rcesde l'Etat, le jeune capitaine Dhanis et à ses principaux officiers, les lieutenants Ponthier, Lothaire, Doorme, Hambursin. de Wouters, Rom et Cassart, sans oublier le sergent De Bruyn qui s'y signala par un acte liéroïque.
La guerre avait pour longtemps plongé le pays dans la ruine et la désolatioin, mais l'inquiétante question arabe était réglée par la mort ou la fuite des chefs les plus influents. L'action de TEtat, (pii, jusciu'alors. avait élé arrèléc au Loniami et aux Falls, allait jxjiivoir s'éleiidrc au nor'd-csl vers le \il, où l'expédilioii Vaiikcrcklioven s'était élablie ; à l'est, dans le Manyeina justprà la rive
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(lu Tanganika ; au sud juscju'au Kalantfa où un posle avait été crée près de l'ancienne résidence de Msiri. Désormais, les points extrêmes de l'immense territoire délimité par l'acte de neutralité du ler août 1885, étaient occupés.
« UN PLUS GRAND CONGO « L'expédition Van Kerckhoven.
Mais on le sait. Léopold II était haiilé par des rêves de grandeur qur. en dépit de ressources insuffisantes, il songeait à réaliser, confiant en sa bonne étoile, coniptanl l)eaucoup sur la chance ([ui, dans son enlre|)iMse africaine, ne lui avait, certes, pas fait défaut. Son Ktat du (".ongo. si vaste, puisque sa superficie équivaut à quatrevingts fois celle du royaume de Belgique, lui ])arut. vu du château de Lnekcn un sur une carie au 8 ou au 10.()0(),()0()'', comme un Ihèâlre Irop mesquin. insuffisant p )ur .'acco.njjlissement o'uiu> couvre aussi gigantesque que celle de la mise en valeur de tout le centre amijlifié du continent africain, aux populations et aux richesses endormies.
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Déjà, en rcdigcaiil l'AcLc de iinilrnlilc, il avait, habilement et sans aiilrc forme de procès, reculé les frontières de son empire. Il s'était annexé le bas.sin méridional du Kasai, le Kalanga, l'Urua et le bassin du Ruzizi qui, par la conventiom avec l'Allemagne avaient été laissés en dehors des limiles reconnues à l'Association du.Congo. La superficie des lerriloires délimilés par la carie de r>iedericksen jointe à la convention de 1884, s'en était trouvée subitement accrue de près d'un tiers. Aucun gouvernement ne protesta. Lorsque, ])ien à regret, il dut se résoudre à abandomner l'Afrique orientale et la statioin de Karema, il avait cherché à obtenir du goaivernement allemand le bail d'une route allant du Tanganika au littoiral de l'Océan Indien, avec le port de Dar-el-Salam. Plus tard, il prit possessiom par décret (10 juin 1890), du bassin oriental du Kwango, revendiqué par le Portugal ; il dut céder devant les énergiques protestations de cette puissance, transigea et réussit à garder une partie de sa conquête ainsi faite en chambre.
Repoussé par l'Allemagne dans sa tentative d'acquérir un port sur la mer des Indes, il songea à trouver, vers l'est, un autre débouché, par le Shire et le Zambèze ; à cet effet, dans le
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courant de 1890, il enjoignit au lieutenant Paul Le Marinel, chef du poste de Lusamboi, d'occuper le Katanga, de poursuivre sa marche vers le sudest, de franchir hi frontière et de planter l'étendard de l'Etat à la rive du lac Nyassa. Qu'allait dire l'Angleterre? On y aviserait ensuite. L'essentiel était d'agir et d'occuper. Le manque de ressources ne permit pas à Le Marinel de mettre à exécution ces audacieuses instructions.
Mais le Nil, bien plus que le Zambèze, hypnotisait le Souverain de l'Etat du Congo. Combien sa conquête serait glorieuse !
Dès son adoilescence, alors qu'il n'était qu'héritier présomptif, le duc de Brabant fut intéressé et attiré par le Nil. En 1853, au lendemain de son mariage, il remoiiita une première fois le cours du fleuve, vit le Caire, Héliopolis, le barrage, ce qui restait de Memphis, la cité du Sérapeum et les incomparables merveilles des ruines de Karnac et de Loucjsor. Puis il s'en fut visiter les travaux du canal de Suez. Neuf ans plus lard, pris du désir de revoir l'Egypte et les anciennes cités qui avaient fait si vive impression sur son esprit épris de constructions fastueuses, il remonta une secoiide fois le Xil. revit ses temples fantastiques, les pylônes, les avenues de sphinx
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et de béliers, les i)alais écroulés des aiiLi({iies capitales des Pharaons ; il poussa jusqu'à Ii)samboul aux pieds de la secoaide cataracte de Wady Halfa. Au retour, en la coimpagiiie de M. de Lesseps, il fit une deuxième visite aux travaux du canal de Suez. Il revit celui-ci une troisième l'ois, en se rendant aux Indes, en 18G4. L'Egypte, par ses ruines imposantes et ses travaux i)ublics gigantesques, fournit des alimeuts de premier ordre à la passion des coiustructions géantes qui déjà l'animait et (pfil manifesta constamment par la suite.
Lorsque, vingt ans plus lard, à la veille de la Conférence de Berlin, les territoires convoités par l'Association du Congo confinèrent à ceux du haut Nil, Léopold II revit en imagination le père des fleuves dont, duc de Brabant, il avait suivi le cours majestueux, et il en subit la troaiblante fascination. Au lendemain de la révolte du madhi, il songea à Gordon pacha, ancien gouverneur du Soudan équalorial, pour aller rattacher le Bahr-el-Gazal à sazone (rinfluence. Le projet fut annoncé par Gordon lui-même à Stanley, qui était à Vivi, dans une lettre datée du 6 janvier 1884 et qui plongea l'explorateur dans la plus profonde stupéfactioai. «Projet louable, sans doute,
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(.'(•ril celui-ci au colo'uel Strauch, mais on ne me dil pas si nous allons abandonner le Congo et interrompre notre œuvre sur ce fleuve, pour aller opérer des incursions chez les marchands d'esclaves soudanais, dans le bassin du Nil». Ilomnib pratique avant tout, Stanley estimait (pic les difficultés à vaincre étaient suffisantes sur le Congo, sans (pi'on les compliquât encore de celles qui se seraient fatalement produites sur le Nil. Mais le futur souverain du Congo ne doutait de rien. Si le départ subit de Gordon pour Karthum fit al)an(lonner moimentanément le projet, il revint sur Tenu, quatre ans plus tard, lors de l'expédition au secoiurs d'Emin : Stanley fut chargé de propo'ser au pacha de continuer à gouverner sa province au nom de l'Etat Indépendant, avec le titre de gouverneur et un traitement de 37,500 francs. L'offre fut déclinée ; mais, à peine Emin eut-il abandonné l'Equato^ria, que Léopold Il se mit à combiner les moyens de s'annexer celle province en la faisant réoccuper, ainsi que nous l'avons dit, par une expédition à lui, celle du capitaine Van Kerckhoven.
La concentratioin de ses divers contingents se fit au poste de Djabir, en juin 1891. M. Milz, et plus tard M. Foulon gagnèrent à la cause de