UNE AMBASSADE AU SULTAN RABAH
A la même époque, les officiers de l'Etat établis dans le district de l'Ubangi, chez les sultans Bangaso et Rafai, reçurent également l'ordre de pouScSer leurs entreprises vers le nord et d'établir des relations amicales avec les sultans du Dar- Banda et du Baghirmi. Le commandant Hanolet commandait le district. Deux de ses adjoints, les lieulcnanls Nilis et de la Khétulle, partis de la résidence du sultan Rafai, franchirent la ligne de faîte Congo-Nil et firent flotter le drjyjeau congolais sur l'Ada, affluent occidental du Bahr-el- Arab, où un poiste fut établi, à Katuaka, en juin 1S93. De sa pointe hardie vers le nord, la mission rapporta un document auquel le roi attacha longtemps le plus grand prix : un traité comclu avec le sultan Hussein, concédant au souverain
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(lu Congo l'exploitation des mines de cuivre de Hofra en Xahas. les plus célèbres de l'Afrique soudanaise.
Quant au commandant Hanolet, il se mit à la tèlo d'une mission qui avait pour objet des négocialions particulièrement délicates: une entente, presque une alliance, avec le fameux sultan Rabah le Napoléon du désert comme on l'a appelé.
Ral)ali. fils d'une esclave soudanaise, était le frère de lait de Siber-bey. Lors du soailèvenient des mudirs kbartumiens du Hahr-el-Ciazal contre l'autorité de (iessi-Pacba. il coimballit celuici. Pendant la répression du sotulèvement. il réussit à s'écbapper et se jeta vers l'Ouest, dans la brousse, avec cpiatre cents fusils. Sa fortune date de ce moment. Il envabil le Dar Banda qu'il soumet à ses armes a]U"ès l'avoir ravagé ; il bat les Sakara. ajirès avoir dévasté leur ])ays ; puis, à la tête de ses bandes victorieuses, sans cesse grossissantes, il tombe sur le Dar Runga, d'abord M 8(S;}-1(S8 1\ sur le Bagbirnii ensuite, (ion! les villages furent soi'.iniis au pillage et finalement sur le Bornoiu. (pii fut coiupiis. Quinze années (k* succès ininterrompu avaient fait de l'ancien esclave, du clief de brigands du Babr-el-
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(w'izal, un empereur piiissanl, faisant payer tribut à vingt peuples soaimis h scn joug. Sultan et nialidi, il était devenu le ninîlre incontesté de tout le pays s'étendant au sud du Tchad, jusqu'au Bahr-el-(iazal. Son armée était coimposéc d'infan- Icrie armée de rcmington, de cavalerie et même d'artillerie venue de la Tripolitaine. l-^n 1893, il rêvait de nouvelles conquêtes dans la direction du Wadai et du Darfour.
C'est à cetle époque que le commandant Hanolet lui fut envoyé par le Somverain du Congo pour essayer de le gagner à ses entreprises dans le bassin du Bahr-el-Gazal, dont il était originaire. Hanolet remointa la vallée du Bili. Parti de Bangaso, il |)énétra dans la vallée supérieure du Cliari, établit un camp fortifié à Bêle, d'où il envoya des émissaires à Rabah et où, quelques mois plus tard, il reçut les siens. Rien n'a été publié sur cette négociation diplomatique ultrasecrcte.
De Bêle à Dongu, une chaîne interrotmpue de postes occupés par des garnisons bien armées et ayant de rarlillerie,])r()!ég:'ait maintenant la frontière nord de l'Etat du Coingo, et chaque mois apportait à celte organisation stratégique de nouveaux perfectionnements ; en effet, depuis trois
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aas. l'Elal consacrail la majciiiH' partie de ses ressources aux vastes projets que ^on souverain méililaii. de ce côte. En massant ainsi aux lignes de faîte Congo-Chari et Congo-Nil, des forces imposantes, en même temps qu'il envoj^ait des missioms d'amitié aux sultans du Nord, le Roi-Souverain espérait obtenir d'eux ce que Yan Kerckhoiven avait obtenu du sultan Semio : leur concours et l'a])piii de leurs hordes armées, poair se porter par les vallées du Bahr-Fertit, du Bahr-IIomr et finalement du Bahr-el-Gazal. gagner Meshra er Rek, d'abord, Fashoda ensuite, et occuper le Nil en avant du confluent du Soibat. Mais le puissant Rabah ne se laissa pas aussi facilement séduire et entraîner que les petits sultans nègres du sucl ; les avances et les promesses de l'Etat du Congo demeurèrent près de lui sans suite.
lp:s territoires pris a bail.
Sur ces entrefaites, les mahdistes opérèrent tout à coup un retonir offensif devant lequel les avantposlcs congolais du Bahr-el-Gazal battirent en retraite. L'Etat fut envahi. Mais la victoire remportée, le 23 décembre 1894, par le capitaine Francqui, à Egaru, délivra le pays de la présence de leurs bandes, qui se replièrent sur Redjaf. De fortes coilonnes armées, organisées chez Scmio et au camp de Boaigu, s'apprêtèrent aussitôt à prendre l'offensive et à marcher droit vers le nord, pour aller accuper respectivement Dcm Siber et Meshra et Rek. Des instructions inattendues arrivées d'Europe, arrêtèrent momentanémtnt le mouvement.
Réalisant un rêve déjà vieux de dix ans, l'Etat du CongOi avait donc pris pied dans l'ancienne
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province d'Emin-Pacha. Oubliant les termes de l'acte de neutralité et ceux de la conventioin signée, le 29 avril 1887, avec la France, qui fixaient sa limite septentrionale au 1^ parallèle nord, il n'avait pas hésité à faire franchir à ses olficiers la ligne de faîte Coingo-Nil et à installer quelques postes dans le Bahr-el-Gazal. Il avait voulu meltre ainsi ses comcurrents devant le fait accompli de la prise de possession et d'une certaine occupation. Il avait plus ou moins réussi. *Les Belges, écirt au début de 1894, M. Henri Dehérain, auront donc dans le règlement complet de la succession de l'Egypte, dans la province équaloriale, des titres à faire valoir (1).
Dès que les conséquences de celte fureur d'annexion», pour nous servir de l'expression ])iltoresquc de M. Robert de Caix, si singulière chez un Etat dont les ressoiurces étaient si peu proportion nées à l'immensité de son territoire, furent connues en Angleterre, le Forcign Offic-.' 13rolcsta ; les journaux poussèrent de hauts cris ; le Times alla jusqu'à traiter les Belges de flibustiers» >. De son côté, la France s'éleva vive-
(1) La siiccesbion de VEgypte dans les iironiucet! cqitatorinles. {Revue des Deux Mondes. Mai J894;.
LES TEHRITOIRKS PUIS A lîAIL. 117
me lit contre la vioilalion de la liniile du 4*= parallèle. Le souverain, repoussé par Paris, conliiiun à barrer militairement la route aux faibles avaiil-posles français du lîoinii. en même temps cpi'il ouvrit des négociations avec Londres.
1! i)ut se croire, enfin, le maître des destinées du Nil moyen, lorscpie, par une convention signée, le 12 mai 1894, la drandc-Brctagne, agissant comme lulrice de TEgypte, consentit à lui donner à bail, soit à lui-même à titre personnel, soit à l'Etat du Congo, le bassin du Balir-el-Gazal, le port de Mahagi sur le lac Albert et la rive gauche du Nil, depuis Wadelaï et Lado jusqu'à Fashoda .L'habile diplomatie anghiise instituait tout simplement l'Etat Indépen- (hml comme «tampon» entre le Congo français et le Nil. En même temps, les projets de Léopold II étaient amorcés du consentement et avec l'aide de l'Angleterre elle-même.
Seulement, en France, il entrait également dans le plan politique de quelques diplomates et de quelques colomiaux de se ménager une issue vers ce fleuve. Aussi la nouvelle de la comclusion du traité anglo-congolais tomba-t-elle, à Paris, comme un coup de foudre, soulevant dans les cercles politiques un violent émoi et les plus vives
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protestatioms. Le 30 mai, le cabinet Diipiiy, (jui avait M. Hanotaux pour ministre des colonies, prit le pouvoir et ce fut immédiatement, à la tribune nationale coimme dans la j)resse, un déchaînement d'opinioiii.
C'était jouer de malheur. Déjà, à la suite de linvasion mahdiste. tous les bénéfices politiques de rexpéditionVaii Kerckhoveii avaient été anéantis. Et maintenant que l'Angleterre consentait à laisser l'Etat du CongO' occuper le Bahr-el-liazal et le Nil jusqu'à 600 kilomètres de Khartum, la France se préparait à lui disputer le morceau ! On ne pouvait soinger à résister plus longtemps. 11 fallut traiter. Bon gré mal gré, une convention fut signée le 14 août 1894. Elle devait avodr pour conséquence d'arrêter au Bomu et à la ligne de faîte Congoi-Nil toute velléité d'occupation de l'Etat, qui n'était plus autorisé qu'à s'annexer l'enclave de Lado, limitée au nord par 5"30". à l'ouest par le 30^ parallèle. Après le beau rêve de la conquête du Somdan d'Emin, c'était une désillusionnante réalité.
Toutefois, il n'est pas douteux que le souverain ne donna si rapidement soin assentiment à ces dures conditions de paix, qu'avec l'espoir secret que des événements imprévus ne tarderaient pas
LES TERRITOIRES PRIS A RAIL. llÔ
à lui permettre d'oublier les termes de l'accoii'd que venait de lui imposer M. Hanoitaux.
Il y eut, à cette époque, pour lui et pour ses t)roiels d'expansion vers le Nil, une heure d'autant pins critique, que sa situation se compli- ((uail de difficultés budgétaires et d'un désaccord grave avec le cabinet belge, qui se refusait absolument à entrer dans ses combinaisons financières et ([ui, plutôt que d'y souscrire, allait jusqu'à parler d'annexion immédiate.
DIFFICULTES BUDGETAIRES.