‹ Histoire politique du Congo BelgeChapitre 23 sur 110 · LE ROI LÉOPOLD ET LE PRÉSIDENT FÉLIX FAURE · texte numérisé non relu

LE ROI LÉOPOLD ET LE PRÉSIDENT FÉLIX FAURE

Huit mois après la signature de l'accoircl francocongolais, huit jours seulement après celle du Iraitc d'annexion du Coingo à la Belgique (9 janvier 1895), le Parlement français appela là la présidence de la République M. Félix Faure, ministre de la marine (17 janvier). C'était, pour le souverain du Congo la chance attendue.

Depuis plusieurs années, Léopold II entretenait avec le député du Havre des rapports amicaux. Au mois d'août 1892, au plus fort de la polémique soulevée par le changement d'orientation dans la politique écmnomifiiie du Congo, M. Faure avait été invité à passer quelques jours de villégiature au chalet roval d'Ostende. En cette

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circonslimce, le sciiverain fut heureux d'cnlendre que son liôlc partageait ses vues sur la ({uestion si co'ntroverscc des terres vacantes et des nionoipoles coinmercinux dans le bassin conventionnel du Congo. On coneoil. dès lors, ([u'il appiil avec une satisfaclion inarcjuée la nouvelle de son élévation iin])révue à la première niagis- Irature de son pays. Il voulut sans retard lui rendre sa visite, à l'Elysée. lui porter ses félicifalions. Dès le mods de mars il en fut question. Toutefois, elle fut différée jusqu'en septembre, après une cure que le roi fil à .\ix-les-Bains.

Avec celte habileté sympathique dont il avait à un si haut degré le secret. Léopold II ne négligea rien pour faire, en cette circoaistance, la conquête de la capitale française. Il visita le Cercle militaire. l'Union arlislique, le Jockey Club. 11 accei)la une invitation de la directio'n du Figaro, où il se rencointra avec des personnalités parisiennes. Il parut dans les théâtres : à la Comédie française, aux Folies-bergères, même à l'Opéra, où il écouta Loliciii/riii. 11 vil Versailles, les musées, la Bibliolhè([ue nationale, les Invalides, ainsi que queUpies magasins de la rue île la Paix. Il alla, sans façon, déjeuiu'r ou dîner dans les cabarets à la mode. Il parcourut pédeslr^ment les

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boulevards, en lisaul son journal. Dans chacun ses speechs, il déclara, enregistre le 7'emp.s, «resscnlir pour la nalioin française des sentiments de synipalliie doul son voyage officiel, à Paris, était la manifestation bien évidente». Il dut j)araîtrc au balcon de som hôtel et fut ovationné.

Il passa à Paris onze jomrs, au cours desquels il vit et revit, à maintes reprises, les principaux membres du cabinet Ribot et les réunit plusieurs fois à sa table, dalamment et avec opportunité, il ne tint pas rancune à M. lianolaux de certains discours prononcés à la Chambre et de la rigoureuse conventioin iniiposée à l'Etat du Congo, le 14 août 1894. Aussi, après de nombreux cntrelic'îis d'affaires avec l'honorable ministre des affaires étrangères, celui-ci voulut-il revoir encore !e roi, le malin même de som départ pour Bruxelles. Les relations entre le quai d'Orsay et le palais de Laeken étaient devenues tout à fait cordiales.

Rien n'a transpiré de ce qui s'est dit dans ces diverses entrevues, ni de l'entente qui aurait été conclue entre le cabinet français et le roi-souverain. Il n'y est fait aucune allusion, ni dans les documents dipjoim a tiques publiés, ni dans aucun des nombreux oiuvrages consacrés à la question

d'Egj'pte et à l'incident de h'ashuda. Mais toait décèle qu'un accord secret intervint comcernant les affaires du Nil, qu'une unité de vues ])résida à l'organisatioai, au départ et à la marche d'expéditions projetées, de part et d'autre, depuis de longs mois déjà, que les événements avaient seulement retardées et qui allaient eniin pouvoir se mettre en marche.

11 était urgent qu'une entente s'établît ; les journaux anglais publiaient devS articles alarmistes ; dans les discours des ministres de la reine, on commençiiit à voir poindre le projet d'une nouvelle action militaire de TAiigleterre contre la puissance madhiste.

Les annales de la Chambre des députés permettent de saisir Us traits caractéristiques du plan général qu'adopia le goaivernement français aussitôt qu'il en devina la pensée : il imjiortait que la France conservât à la question d'Egypte son caractère eurcipéen : qu'elle enîi)èchât. dans le bassin du fleuve, tout nouvel empiétement de la Grande-Bretagne ; qu elle i)rlt sans tarder position sur le Nil moyen abandonné par Emin, en 1889; qu'elle *y acquît des gages en vue du règlement prochain de la cpicstioiu de roccu])ation anglaise en Egypte.

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Quant au roi Lcoipold, il avcail rapidemenl démêlé tout ce qu'il pomvait y avoir d'avantageux pour lui dans le coinflit anglo-français qui s'annonçait, et, poiur aboutir, il eut de nouveau recours à sa poililique favorite. Apres avoir obtenu de l'Angleterre tout ce que raisomnablement il pouvait en attendre, il s'en détoiurna et alla, on souriant, à la France, calmée ])ar la convention du 14 août.

On comprend maintenant que, se passiomnant pour l'aventure niloitique qui s'annonçait et dont l'enjeu, dans sa pensée intime, était, ainsi qu'on va le voir, la conquête du pays des Pharaons, il ne se soit guère soiucié de réaliser le projet d'annexion à protpo'S duquel le cabinet de Burlet avait, quelques mois auparavant, obtenu son consentement. Il fallait qu'il échouât : la reprise, c'était le contrôle parlementaire belge, et, nécessairement, la ruine de la combinaison nilotique. N'était le ministre des affaires étrangères, le retrait eût été vite réglé ; mais le comte de Mérode se considérant comme moralement engagé devant le pays et devant les puissances à faire voter le projet de loi du 9 janvier 1895, résista. Au cours d'un conseil des ministres, présidé par le roi, le 24 ou le 25 mai, et où tout n'alla pas sans encom-

bre, le ministre mil son portefeuille à la disposition de Sa Majesté.

M. de Favereau le remplaça. Peu après le premier projet de loi d'anne.xion était retiré par M. de Smet de Naeyer, devenu chef du cabinet, el le règne des complaisances ministérielles fut ijiauguré, au plus grand dommage de la civilisation congolaise et du prestige de la couronne.

En même temps, à Bruxelles comme à Paris, on prenait les dispositions nécessaires pour l'organisation et le prompt départ des expéditions vers le Nil

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