‹ Histoire politique du Congo BelgeChapitre 26 sur 110 · CHEZ LE NEGUS D'ETHIOPIE · texte numérisé non relu

CHEZ LE NEGUS D'ETHIOPIE

Tandis qu'au sud et à l'ouest s'inaugurait ainsi la marche vers Fashoda, à l'est, à la suite d'une intervention diplomatique, s'organisaient des missions qui devaient poursuivre le même but.

Le succès retentissant de sa lutte contre l'Italie venait de mettre subitement en relief Ménélik, négus d'Ethiopie. Les victoires d'Amba Alagi (septembre 1895) et d'Adua (l^i" mars 1896) avaient auréolé sa couronne et fait de lui, s'il faut en croire M. Ch. Roux, «l'arbitre de l'avenir du haut Nil».

Aussi, dans le courant de 1896, tandis que M. Lebon, ministre des colonies du cabinet Méline. donnait les derniers soins au départ du commandant Marchand, son collègue M. Hanotaux, mi-

nistre des affaires étrangères, songeail-il à envoyer au roi des rois d'Abyssinie une ambassade spéciale, ayant à sa tête M. Lagarde, gouverneur de la Côte des Somalis, pour le féliciter du rétablissement de la paix, à la suite du traité d'addis-Abeba (20 octobre 1896). Mais ce n'était là, bien entendu, qu'un prétexte, comme les diplomates en savent trouver à l'occasion. Le motif réel était d'assurer une aide à la mission Marchand : M. Lagarde devait chercher à obtenir une permission de libre passage pour une expédition française qui. par la voie de l'Est, se porterait à sa rencontre jusqu'au Nil. Cette mission fut confiée au capitaine Clochette, soutenu par une seconde expédition, ayant à sa tête le marquis de Bonchamps, ancien membre d'une <les expéditions belges au Katanga. M. Lagarde négocia, en outre, avec le ras Makonnen, représentant du négus, une action combinée de la France et de l'Ethiopie dans les parages du confluent du Sobat, en face de Fashoda, et poussa Ménélik à revendiquer, les armes à la main, «les frontières naturelles et traditionnelles» de l'Ethiopie, c'està-dire le Nil blanc dejjuis sa sortie du lac Albert. jusqu'à Karthum, au confluent du Nil Bleu. II

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semble toutefois ((uc le roi des rois ait beaucoup hésité à mettre le doigt dans cet engrenage.

Le 28 lévrier 1(S97, la mission du marquis de Fîoncliamps, ayant M. Michel |)our second, quitta Djil)uli pour Addis-Acîeba, où elle devait joindre la mission Cdochelte. La cour du Négus était alors le centre d'intrigues politiques de toutes sortes. Un Suisse, M. Ilg, un Français M. Chefneux, y jouissaient déjà d'une grande influence. Ce fut l'époque des entreprises d'une mission russe, d'une mission autrichienne et d'une mission anglaise, également de l'affaire du russe Léontieff et du prince Hemi d'Orléans, qui avaient reçu de Ménélick une concession dans des pays dénommés provinces cquatoriales^ avec mission d'y introduire son autorité impériale». Il fut question d'y envoyer une ambassade congolaise, qu'on voulut confier, d'abord, à un officier belge et pour laquelle on songea, ensuite, à un prôtre belge, alors à Rome et qui avait été confesseur du Négus. Mais, le projet demeura sans suite.

Ainsi, sans que rien eût transpiré, ni en France, ni en Belgique, sur leur but réel et commun, trois importantes expéditions militaires, en apparence étrangères l'une à l'auti'e, étaient enroule, à marches forcées, vers l'ancienne province

d'Emin-pacha. A travers les régions mystérieuses de l'Afrique centrale, toutes trois visaient un point unique : Fashoda. Elles se hâtaient autant qu'il était en leur pouvoir de le faire et que le leur permettaient les difficultés naturelles accumulées sur leur route, car du Nord s'avançait une quatrième expédition, redoutable rivale : l'armée anglo-soudanaise du sirdar Kitchener, qui allait tenter un nouvel effort pour arracher le Nil moyen aux mahdistes et rattacher à l'Egypte ses anciennes dépendances de l'Equateur. Elle était arrivée, le 22 septembre 1896, à Dongxjla, où elle s'était concentrée. Au début de l'année suivante elle n'avait pas encore atteint la cinquième cataracte du Nil.

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